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"Les choses pourraient dégénérer" : la marche en hommage à Quentin Deranque autorisée samedi à Lyon inquiète les élus et les habitants

La marche d’hommage au militant identitaire Quentin Deranque, prévue samedi 21 février à Lyon, a été autorisée par la préfecture du Rhône. Alors que 2.000 à 3.000 personnes sont attendues, les autorités promettent un encadrement renforcé. Mais les élus et les habitants du 7ᵉ arrondissement redoutent des affrontements.

Des affiches d'extrême droite identitaires et royalistes, portant l'inscription « QUENTIN TUÉ PAR LA MILICE DE MELENCHON », sont collées sur un mur de la rue après la mort de Quentin Deranque

Crédit : AFP

Yasmine Boutaba & Raphaël Vantard & Amandine Bégot

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Le rassemblement en hommage au militant identitaire Quentin Deranque, prévu samedi à 15 heures place Jean Jaurès, à l’initiative d’Aliette Espieux, fondatrice du collectif Génération Pro-Vie, aura bien lieu. Invité de RTL Matin, ce vendredi 20 février, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé la décision. "Je suis garant de l’ordre public, je protège la liberté d’expression et donc je ne demande pas l’interdiction de cette marche. Elle sera encadrée, elle sera composée d’effectifs locaux, il y aura des renforts en nombre conséquent", a-t-il assuré. 

Le ministre a toutefois reconnu la présence attendue de militants radicaux : "J’ai des informations et il y aura des militants d’ultradroite que cela soit bien clair. Il y a aussi certains appels de militants d’ultragauche à venir éventuellement perturber la manif, mais nous les empêcherons bien évidemment."

Les forces de l’ordre "rayonneront en périphérie de ce cortège pour éviter tout trouble à l’ordre public", a-t-il précisé. Sur les 2.000 à 3.000 personnes attendues, au moins 600 personnes issues de groupuscules d’ultradroite et de mouvances néonazies ont été annoncées.

À Lyon, des élus inquiets malgré les assurances

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Marche en hommage à Quentin Deranque : "J'espère que le dispositif policier renforcé sera à la hauteur de l'enjeu", insiste le maire de Lyon Grégory Doucet

00:08:15

Invité de RTL Midi, ce vendredi, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a pris acte de la décision tout en exprimant ses réserves. "J’ai bien entendu les propos rassurants du ministre de l’Intérieur. Mais il n’empêche qu’aujourd’hui, à Lyon, l’inquiétude demeure", a-t-il exprimé.

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L’édile a dit craindre pour "la sécurité des Lyonnaises et des Lyonnais", mais aussi pour les biens et pour "l’image de la ville". "Je n’ai pas envie que Lyon devienne le terrain de jeu des gens qui ne savent exprimer leur opinion politique qu’au travers de la violence", a-t-il insisté.

S’il a affirmé mobiliser la police municipale et le système de vidéosurveillance en appui aux forces nationales, il redoute surtout "avant et après la manifestation". "Une fois la manifestation terminée et en présence de personnes dont la violence est l’habitude, il pourrait y avoir dans Lyon des débordements", a-t-il prévenu, appelant "à l’apaisement" et à "la vigilance".

La maire du 7ᵉ arrondissement, Fanny Dubot, a partagé les mêmes préoccupations auprès de France 3. L'élue a évoqué un contexte "potentiellement explosif" et une "atmosphère de tension politique". Et la crainte est perçue deux côtés. D'une part, au des groupuscules d'ultradroite attendus lors de cette marche. Dans l'une des affiches placardées dans le quartier, on peut lire un message préventif : "les personnes racisées ou musulmanes sont particulièrement visées. Restez chez-vous, restez en sécurité, soyez prêt à fermer vos commerces". De l'autre, des tracts appelant à "tenir tête aux racistes" ou à "l’autodéfense populaire" circulent dans le quartier, nourrissant la peur de contre-mobilisations. 

"L'atmosphère est lourde, on est inquiets" confie un habitant du quartier

Dans le 7ᵉ arrondissement, où le cortège d’un kilomètre doit défiler, l’angoisse des habitants est palpable. Au micro de M6, Romain a confié ce vendredi : "Malheureusement une certaine inquiétude, l’atmosphère est lourde, on est un peu inquiets parce que les choses pourraient éventuellement dégénérer." Avant de poursuivre : "on va s’adapter, on va éviter de sortir aux horaires de cette marche. On va voir si on quitte le quartier ou si l’on évite de sortir durant la marche."

Marie, mère de famille a expliqué, ce jeudi 19 février au micro de RTL "calculer" ses déplacements pour éviter le rassemblement : "Ça prend des proportions… C’est inquiétant cette violence." Un autre riverain assure qu’il restera chez lui "par crainte d’un débordement".

Une polémique politique persistante

Au-delà des questions de sécurité, la marche a suscité une vive controverse politique. Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a dénoncé sur X "une véritable démonstration fasciste" et une "menace pour les habitants", appelant à son interdiction ce vendredi 20 février.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a quant à lui recommandé aux cadres de son parti de ne pas s’y rendre, invoquant les risques d’affrontement et la volonté de la famille de ne pas politiser l’événement. Des propos sur lesquels Ségolène Royal a rebondi ce vendredi sur son compte Facebook : "ils savent que leurs manifestants vont s'y rendre. La récente marche pour Quentin Deranque a laissé une traînée de croix gammées sur les murs. Et le RN veut pouvoir dire qu’il n’y est pas associé". 

Les parents de Quentin Deranque, par la voix de leur avocat, Me Fabien Rajon, ont lancé dès ce jeudi 19 février un appel "au calme et à la retenue" et précisé qu’ils ne participeraient pas au rassemblement. Ils souhaitent que l’hommage à leur fils se fasse "de manière digne, calme et sans expression politique".

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