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Les parents de la fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10 comparaissent devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits.
Crédit : Guillaume SOUVANT / AFP
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Pendant près de quatre décennies, son visage est resté un mystère et a hanté juges et enquêteurs. Les parents d'Inass Touloub, la fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée le 11 août 1987 au bord de l'autoroute A10, comparaissent à partir de lundi 2 novembre devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits.
Ce procès, qui doit durer jusqu'au 18 novembre, marque l'aboutissement de l'un des plus anciens cold cases français, objet de plusieurs livres et séries documentaires.
Sa mère de celle que l'on a surnommé "la petite martyre de l'A10" en raison des nombreuses traces de sévices découvertes sur son corps, doit être jugée pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner, tandis que le père sera jugé pour "complicité".
Au kilomètre 135 de l'autoroute A10, le corps avait été découvert derrière la barrière de sécurité, enroulé dans une couverture. L'enfant, portant une robe de chambre vichy, pouvait avoir entre trois et cinq ans.
Mais elle présente surtout une plaie des pieds à la tête, selon les mots du procureur, avec des ecchymoses, des brûlures de fer à repasser et des morsures un peu partout y compris sur ses joues. Les gendarmes jurent de "trouver qui avait fait ça".
À l'époque, il n'y a ni ADN ni de caméras de surveillance aux péages et personne ne paie par carte bancaire et comme nous sommes en août, en plein de départ pour les grandes vacances, il y a de toute façon 35.000 voitures présentes sur l'axe.
On se dit que quelqu'un a bien dû voir quelque chose, mais les appels à témoins dans tout le pays ne donnent rien. Les gendarmes s'intéressent alors aux enfants qui ne feraient pas la rentrée et 19.000 écoles sont alertées, du jamais vu. Ils comparent même ces listes avec celles de familles qui continueraient de toucher les allocations familiales. Rien : personne ne la réclame. Cet enfant semble avoir été un fantôme.
Reste que les juges qui se succédés n'ont pas baissé les bras, gardant la certitude qu'un jour la science finira par parler. Le corps de la petite est d'ailleurs exhumé, avant que l'ADN prélevé ne soit conservé.
Des années plus tard, deux profils génétiques sont identifiés : l'un prélevé sur le maillot de corps est celui de la mère de la petite, quand le deuxième sur la couverture appartient au père. Problème : on ne sait pas encore qui ils sont car leurs profils sont inconnus de la justice.
Il y a près de 10 ans, un homme se bagarre dans un restaurant. Condamné, il est inscrit au FNAEG, le fichier national automatisé des empreintes génétiques et pour la première fois, l'ADN matche avec la petite inconnue : il s'agit de son petit frère, qui avait trois ans quand elle est morte.
Six gendarmes vont travailler en secret pour surveiller et enquêter sur les parents d'Inass Touloub, jusqu'à leur interpellation en juin 2018. Âgés respectivement de 72 et 74 ans, les deux accusés risquent la perpétuité. "Cela fait 31 ans que j'attends votre venue", a dit le père aux gendarmes quand ils sont venus l'arrêter. Lui explique que sa femme a fait vivre un calvaire à la famille, entre cris et coups, notamment et surtout sur la victime.
Quand il a découvert le corps de la petite sur le canapé, il a voulu dénoncer sa femme mais il a "manqué de courage", dit-il. La mère de famille, qui minimise et ne reconnaît par exemple pas les morsures, a d'abord tout nié, puis a tenté d'expliquer son histoire : institutrice au Maroc, elle est devenue une femme au foyer malheureuse en France. Pour les experts psychologues et psychiatres, Inass était devenue son bouc émissaire. Pendant leur garde à vue, les parents n'ont pas reconnu être les auteurs des violences ayant entraîné la mort de leur fille, s'accusant mutuellement de violences conjugales.
Il a fallu pourtant attendre huit ans de plus avant la tenue du procès. Plusieurs recours des parents et du parquet de Blois contre l'ordonnance de mise en accusation du juge d'instruction ont retardé la procédure. En septembre 2024, la Cour de cassation a finalement ouvert la voie à un procès et validé les chefs d'accusation initiaux.
Les autres enfants de la famille vont venir témoigner. En 1987, Inass avait deux grandes sœurs de 6 et 9 ans. Un jour, elles avaient une sœur, le lendemain, elles n'en avaient plus. On ne leur a rien dit, rien répondu quand elles ont posé des questions. Les autres enfants, eux nés après Inass, ne savaient même pas que la petite fille avait existé.
À leurs côtés sur les bancs des parties civiles, la "famille d'adoption" d'Inass sera également présente : les habitants du petit village de Suèvres, entre Orléans et Tours, tout proche de l'autoroute. C'est là qu'elle a été enterrée et qu'elle repose encore. Pendant tout ce temps, ses habitants ont fleuri sa tombe comme si c'était leur enfant.
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