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Irak : les parents d'un jihadiste français condamné à mort dénoncent un procès sans preuve

DOCUMENT RTL - Les parents de Léonard Lopez, un jihadiste français condamné à mort en Irak, dénoncent un procès partial et injuste et réclament le rapatriement de leur fils.

Les jihadistes Salim Machou, Mustapha Merzoughi, Brahim Nejara, Kevin Gonot, Yassine Sakkam and Leonard Lopez, condamnés à la peine de mort en Irak.
Les jihadistes Salim Machou, Mustapha Merzoughi, Brahim Nejara, Kevin Gonot, Yassine Sakkam and Leonard Lopez, condamnés à la peine de mort en Irak.
Crédit : AFP
Irak : les parents d'un jihadiste français condamné à mort dénoncent un procès sans preuve
10:00
Nicolas Burnens

Ils mènent un combat peu populaire dans l'opinion française pour éviter à leur enfant, devenu jihadiste, l'application de la peine capitale. Les proches de l'un des 11 Français condamnés à mort en Irak, pour leur appartenance à l'organisation État Islamique, prend la parole pour la première fois.

Après une lente radicalisation, Léonard Lopez avait quitté la France avec sa femme et ses enfants pour rejoindre Daesh. Condamné en juin 2019 par le tribunal antiterroriste de Bagdad, il est détenu dans une prison de la capitale irakienne. Depuis 2019, 10 autres jihadistes français condamnés à mort attendent également leur exécution. 

C'est un couple de jeunes retraités qui reçoit les journalistes de RTL dans son appartement parisien. Depuis cinq ans, leur vie est rythmée par les reportages diffusés à la télévision, la visite des enquêteurs de la DGSI et les nouvelles de leur fils, emprisonné à Bagdad en Irak. Le téléphone sonne parfois dans le salon. Léonard appelle quelques minutes avec l'autorisation des gardiens de la prison

Une attente "insupportable"

"Les dernières nouvelles dates de janvier dernier, il est dans une cellule avec 20 autres détenus (...), avec des sorties dans la cour peu fréquentes. Il y a des violences de la part des gardiens : tous les prisonniers ont été passés à tabac. Ce qui le fait tenir, c'est d'avoir des nouvelles de ses enfants et de ses proches", explique son père Marc. 

Les parents reçoivent également, des lettres de leur enfant, grâce à la Croix-Rouge. Depuis deux ans, cet ancien membre de l'État Islamique attend son exécution par pendaison. Pour Suzanne, cette situation est insupportable. 

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"En tant que mère, quand il a rejoint Daesh, ça a été un choc. Et maintenant c'est un deuxième choc : savoir que son fils va être exécuté alors qu'on va fêter le 40e anniversaire de l'abolition de la peine de mort. Je me couche chaque soir en me disant : 'demain, peut-être mon fils ne sera plus, il a été exécuté'", redoute la mère de Léonard Lopez. 

C'est une douleur permanente

Le père de Léonard Lopez au micro de RTL, lundi 19 avril

En avril 2018, Léonard Lopez s'est rendu aux forces kurdes, en Syrie, avec sa famille. Sa femme et ses quatre enfants, détenus aujourd'hui dans un camp, attendent encore d'être rapatriés. Lui a été remis aux autorités irakiennes. Son père est persuadé que la France est à l'origine de son transfert.

"Mon fils, comme tous les autres accusés, n'a pas été en Irak mais en Syrie et l'Irak n'a jamais demandé de récupérer ces 11 prisonniers. (...) Le gouvernement français dit qu'il n'y a aucune preuve de son implication. (...) Quand la France permet que des Français soient livrés à un pays qui va les condamner à mort, ce n'est pas conforme à sa constitution et à ses valeurs. C'est une douleur permanente", poursuit le père du détenu. 

Les avocats de la famille ont fait appel de cette condamnation. Ils dénoncent une justice expéditive, un procès sans preuves, ni témoins et une peine de mort prononcée en quelques minutes. Aujourd'hui, la famille de Léonard Lopez demande donc son rapatriement en France pour y être jugé.

C'est en France que le problème doit être résolu

Le père de Léonard Lopez au micro de RTL, lundi 19 avril.

Son père, ne cherche pas à cacher le parcours de son fils. Il parle ouvertement de sa conversion à l'islam à l'âge de 18 ans, puis de sa lente radicalisation. Fiché S, il fréquente les milieux islamistes de France, fonde un important forum, longtemps considéré comme l’un des précurseurs du jihad médiatique. L'homme sera condamné à cinq ans d'emprisonnement dans ce dossier. A l'été 2015, il viole son contrôle judiciaire pour rejoindre Mossoul et le califat

"Si je vous disais : 'il n'a pas combattu', les gens qui nous écoutent vous diraient 'c'est son père, il veut le protéger', mais moi j'ai des convictions et j'ai aussi beaucoup d'interrogations. Tout cela doit être réservé à un procès : la beauté de l'état de droit c'est de juger les gens sur ce qu'ils ont fait et non sur ce qu'un groupe a fait. Ils ont été radicalisés en France : ce n'est pas une histoire irakienne, c'est une histoire française et c'est en France que le problème doit être résolu". 

Comprendre pour se reconstruire

Dans la famille Lopez, la religion n'a jamais tenu une place importante. Ouverts et tolérants, les parents, anciens éducateurs et sympathisants de gauche, ont vécu le départ de leur fils comme un traumatisme et un déchirement. Mais Suzanne n'a jamais rompu le lien avec son fils et n'abandonnera pas son combat.

"Les familles ont besoin de comprendre. Pourquoi le procès ne se déroule-t-il pas en France ? Cette vérité, on en a besoin pour pouvoir reconstruire notre famille. Et c'est aussi l'avenir de nos petits-enfants. C'est cela qui nous fait tenir aussi". 

Au moment de les quitter, les parents s'arrêtent devant une photo de Léonard, posée sur une commode de l'entrée. On le voit souriant, barbe taillée, couché sur l'herbe, entouré de ses enfants. Un dernier pique-nique, avec toute la famille, presque insouciant. C'était quelques jours avant son départ en Syrie.

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