1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Irak : le lent retour de la communauté chrétienne à Qaraqosh
4 min de lecture

Irak : le lent retour de la communauté chrétienne à Qaraqosh

REPORTAGE - Le pape François débute son séjour en Irak ce vendredi 5 mars. Il doit notamment se rendre à Qaraqosh, ville chrétienne où la moitié des habitants sont revenus après le passage meurtrier de Daesh.

La vie reprend peu à peu son cours dans la ville chrétienne de Qaraqosh, en Irak, où le Pape est attendu vendredi 5 mars. (illustration)
La vie reprend peu à peu son cours dans la ville chrétienne de Qaraqosh, en Irak, où le Pape est attendu vendredi 5 mars. (illustration)
Crédit : Zaid AL-OBEIDI / AFP
Irak : le lent retour de la communauté chrétienne à Qaraqosh
09:08
Émilie Baujard
Emilie Baujard
Journaliste

Le Pape François est attendu en Irak ce vendredi 5 mars pour une visite historique. Le souverain pontife va rester trois jours dans le pays pour aller à la rencontre des Irakiens et notamment des chrétiens d'Irak. À la chute de Sadam Hussein en 2003, ils étaient un million, ils ne seraient plus qu'entre 300.000 et 400.000 désormais. Dans la principale ville chrétienne, Qaraqosh, les habitants reviennent petit à petit, après avoir fui les jihadistes de l'État islamique en 2014.

Le 6 août 2014, alors que Daesh est aux portes de la ville, les 50.000 habitants désertent en quelques heures. "On n'a pas pris grand chose, juste deux couvertures pour mon petit-fils qui n'avait que 3 semaines, de l'eau, quelques vêtements, on est monté dans la voiture et on est parti", raconte Nidam. Six ans plus tard, l'homme est fier d'être revenu et de montrer sa maison juste à côté d'une église au toit rouge. Comme lui, 25.000 personnes se sont réinstallées. "Nos églises, notre communauté et ma maison sont ici, c'est pour ça que je suis revenu", poursuit-il.

De son retour en 2017, Nidam se souvient qu'"on pouvait encore entendre les tirs au loin de Daesh qui battait en retraite". "Franchement, on avait très peur, la ville était angoissante. C'était un sentiment étrange, mais on est resté et on a bien fait", raconte-t-il. En quelques années, Qaraqosh a repris vie. Les commerces ont rouvert, les enfants ont repris le chemin de l'école, mais 43% de la ville reste encore à reconstruire.

Accepter de recommencer à zéro en revenant

Dans les rues, à côté des maisons fraichement repeintes, il y a aussi toutes celles aux murs noirs et aux vitres cassées, comme celle du frère de Nidam, qui lui a décidé de partir vivre à l'étranger. "Quand on est arrivé, les maisons et les églises étaient détruites, beaucoup de choses avaient disparu. Au début, ça a été très dur à accepter, il a donc fallu se ressaisir et repartir de zéro", explique-t-il.

À lire aussi

Pour se réinstaller, les habitants n'ont reçu aucune aide du gouvernement irakien. Cependant, des organisations étrangères financent des programmes de reconstruction. Elles aident aussi certaines familles à remettre leur maison en état. Grâce à ces programmes, Ala a pu revenir en 2018 avec sa famille. Ce père de 40 ans explique qu'après l'euphorie du retour, il a fallu faire face à la réalité : pas de travail, peu d'argent et beaucoup de tristesse.

"On ne se sent pas à l'aise. Notre vie ici dépend beaucoup du gouvernement irakien. S'il est instable, alors notre situation va l'être aussi. Pour être honnête avec vous, j'ai peur qu'on soit encore obligé de partir, de tout abandonner, et que cela se fasse encore dans la précipitation. Nous, on veut juste avoir l'assurance qu'on peut rester ici et y construire notre avenir, qu'on puisse de nouveau vivre en harmonie avec nos voisins musulmans", affirme-t-il.

Mossoul en cours de reconstruction

À Mossoul, la deuxième ville du pays, des chantiers d'ampleur sont également en cours. L'Unesco finance un vaste projet de reconstruction des mosquées et des églises détruites par Daesh. Les ingénieurs chrétiens et musulmans travaillent ensemble pour faire renaître ces édifices centenaires, avec l'espoir que les chrétiens reviennent. Aujourd'hui, seules quelques dizaines de familles se sont réinstallées à Mossoul. Elles étaient plus de 2.000 avant l'arrivée de l'État islamique

Pour ceux qui ne sont pas rentrés, les situations sont très différentes. Certains sont partis à l'étranger, d'autres vivent ailleurs en Irak et beaucoup ont aussi trouvé refuge au Kurdistan irakien tout proche, notamment dans sa capitale, Erbil. Les plus chanceux ont pu commencer une nouvelle vie et ont prévu d'y rester, mais pour d'autres, la situation est beaucoup plus précaire.

Balsam, par exemple, vit dans un petit appartement d'une pièce avec son mari et ses deux enfants. Cette mère de famille originaire d'un village chrétien près de Mossoul a vu tous ses proches partir au Canada les uns après les autres. "Mon mari et moi espérons juste pouvoir quitter l'Irak. Nos enfants n'ont aucun espoir ni avenir ici et surtout je ne pense pas que la situation sécuritaire va s'améliorer donc je préfère partir", raconte-t-elle. Sans argent et sans travail, la famille a finalement décidé de faire une demande pour émigrer au Canada. Cependant, avec le coronavirus, tous les dossiers sont en attente.

Le Pape très attendu par la communauté chrétienne

Malgré toutes ces difficultés, les chrétiens d'Irak sont unanimes concernant la venue du Pape : il est la lueur d'espoir qui leur manquait. Le souverain pontife ira apporter son soutien aux habitants de Qaraqosh, un symbole très important pour Ala. "C'est plus q'un message de paix. Nous sommes extrêmement content de cette venue. Il vient nous voir, nous, ici, ça montre que nous ne sommes pas laissés de côté, qu'on compte, que des gens pensent à nous", dit-il.

"Notre religion a sa place ici. Nous sommes une communauté et tout ça est très important pour nous", poursuit Ala. Le père de famille espère maintenant des actions concrètes de la part du gouvernement irakien pour pouvoir être rassuré quant à son avenir et sa sécurité en Irak.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/