2 min de lecture Hautes-Alpes

INFO RTL - Gap : un chirurgien accusé d'avoir utilisé une centaine de patients comme cobayes

Un médecin, spécialiste du dos, est soupçonné d'avoir expérimenté une nouvelle technique en dehors de tout cadre légal. Ce dernier injectait un ciment dans les disques de la colonne vertébrale de ses patients.

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"Je suis reconnu comme travailleur handicapé à 80%", témoigne Bruno Chevalier Crédit Image : FRED DUFOUR / AFP | Crédit Média : Serge Pueyo / RTL | Durée : | Date :
Serge Pueyo édité par Eléanor Douet

Le procureur de Gap (Hautes-Alpes) vient de saisir l'Office Central de Lutte contre les Atteintes à l'Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) à la suite des graves accusations lancées par un chirurgien de l’hôpital de Gap à l'encontre d'un de ses confrères à qui il reproche d'avoir utilisé une centaine de patients comme "des cobayes" pour expérimenter une technique chirurgicale non validée en France.

Début 2018, alors qu'il est chef du service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l’hôpital de Gap, le Docteur Raouf Hammami, 52 ans, dit avoir découvert que le docteur Gilles N. "a joué à l'apprenti sorcier avec une centaine de patients souffrant de problèmes de dos".

"Je suis tombé sur une étude menée entre 2015 et 2017 par ce collègue chirurgien, spécialiste du rachis, qui a expérimenté sur 87 patients une nouvelle technique, 'la cimentoplastie discale', en dehors de tout cadre légal. En France, on peut injecter du ciment ( en fait une sorte de résine) dans des vertèbres fragilisées pour les renforcer. Or le docteur N. a lui injecté ce ciment directement dans les disques de la colonne. Il peut y avoir des fuites de ciment et des complications au niveau des nerfs, des artères. Avec un risque vital en cas d’hémorragie", estime le docteur Hammami.

Des conclusions accablantes

Ce dernier alerte donc le directeur de l’hôpital, l'Agence Régionale de Santé (ARS), le Conseil de l'ordre mais aussi le procureur. Pour "faute grave délibérée" et "mise en danger de la vie d'autrui".

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L'ARS demande une expertise à deux professeurs de médecine de Nancy. Leurs conclusions sont accablantes : "Il apparaît que le Docteur N. a utilisé une technique non conforme aux données de la science chirurgicale au moment des faits. Le Docteur N. aurait dû demander l'avis d'un comité d'éthique ou d'un CPP (Comité de Protection des Personnes)". Et d'ajouter : "Conformément à la loi du 4 mars 2002, le docteur N. aurait dû pour chaque patient expliquer à ceux-ci de façon claire, intelligible et loyale, l'aspect dit 'novateur' de la technique qu'il devait utiliser".

La Société Française de Chirurgie Rachidienne a elle aussi conclu "qu'en l'état actuel des connaissances, la technique de la Cimentoplastie Discale devait être considérée comme non validée en France". 

J'ai été reconnu comme travailleur handicapé à 80%.

Bruno Chevalier, patient du docteur Gilles N.
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Au total, c'est une centaine de patients qui aurait "expérimenté" cette technique, à leur insu. Le docteur Gilles N. n'a pas souhaité répondre aux questions de RTL. "Mon client considère que la technique de la cimentoplastie discale n'était pas innovante, qu'elle a été utilisée par d'autres confrères, notamment à l'étranger, mais aussi présentée dans des congrès médicaux", explique son avocat, Maitre Alexis Chabert.

Bruno Chevalier, un chauffeur de car 53 ans, a été opéré en juillet 2016 par le docteur Gilles N. pour un affaissement de la colonne. "Depuis l'opération, j'ai beaucoup de douleurs. J'ai du mal à marcher. J'ai même été reconnu comme travailleur handicapé à 80%. J'ai dû être réopéré pour que l'on me retire le ciment qui a débordé. Mais aujourd'hui, il en reste encore. J'ai été pris pour un cobaye par le Docteur N. qui ne m'a jamais dit qu'il allait utiliser sur moi une nouvelle technique".

Autre aspect étonnant de ce dossier : alors que le docteur N. continue d'exercer, le lanceur d'alerte, le docteur Hammami, est lui suspendu. "On veut me faire taire, m'éliminer, car cette affaire risque d'éclabousser beaucoup de monde. Mais j'irai jusqu'au bout", explique-t-il.

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