3 min de lecture Justice

Hauts-de-Seine : un couple jugé pour avoir exploité un Burundais pendant 10 ans

Un ex-ministre du Burundi et son épouse sont soupçonnés d'avoir exploité un homme à leur domicile en région parisienne. "J'ai été réduit en esclavage", affirme ce dernier.

Le tribunal de grande instance de Nanterre (illustration).
Le tribunal de grande instance de Nanterre (illustration). Crédit : DURAND FLORENCE/SIPA
Léa Stassinet
Léa Stassinet
et AFP

Aujourd'hui, Methode Sindayigaya, 39 ans, se décrit comme un homme "libéré". Cet ancien cultivateur au Burundi a témoigné lundi 9 septembre à Nanterre, lors du procès du couple pour lequel il a "travaillé" pendant 10 ans, et qu'il accuse de l'avoir exploité. 

"Je suis devant la justice parce que pendant 10 ans, j'ai été réduit en esclavage", affirme-t-il à la barre. Le calvaire qu'il décrit a pris fin en juillet 2018, lorsqu'un ouvrier qui vient réparer des fenêtres dans une demeure cossue de Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine) aperçoit un homme "amaigri", "sale", en train de nettoyer le sol et en parle à sa supérieure. Quelques jours plus tard, Methode Sindayigaya retrouvera, dit-il, sa liberté. 

Il explique s'être vu proposer, en 2008, un travail au domicile d'un couple aisé dans la capitale, Bujumbura. Il accepte ensuite d'accompagner la famille en France : venu au départ pour trois mois, il y restera plus d'une décennie. 

Des humiliations quotidiennes

"Je commençais le travail le matin à 6h et je me couchais à 1h", décrit-il. Lessive, repassage, cuisine, ménage, jardinage, il prend aussi soin d'un des fils du couple, qui souffre de handicap, dit-il. Cet homme décrit des humiliations quotidiennes. "Avant de terminer une tâche ils me donnaient une autre tâche à faire et quand je leur disais que c'était difficile, compliqué, ils me disaient qu'ils allaient appeler la police". 

À lire aussi
Illustration Téhéran Iran
Iran : la demande de libération des chercheurs français renvoyée devant la justice

Il raconte qu'il dormait dans la buanderie de la villa, au sous-sol, près d'une chaudière sentant le gazoil, se lavait "au robinet, avec un seau", mangeait ce qu'il restait "quand ils avaient fini". "Pourquoi n'avez-vous pas quitté la maison ?", demande la présidente. "Où est-ce que j'allais aller ? Je n'avais pas de passeport, et j'avais toujours peur de la police", répond celui qui a obtenu depuis le statut de réfugié politique pour lui et sa famille.

L'homme qui l'employait n'est autre que l'ancien procureur, ministre de la Justice puis de l'Économie au Burundi, Gabriel Mpozagara, qui a rejoint la France en 1979 avant de travailler à l'Unesco. Aujourd'hui âgé de 77 ans, il comparaît notamment pour "soumission à un travail forcé" et à des "conditions de travail et d'hébergement contraires à la dignité". 

Ses ex-employeurs contestent les faits reprochés

Droit à la barre en costume et cravate rouge, il conteste point par point. "Methode vivait dans les mêmes conditions que nous, il mangeait comme nous". L'ancien ministre assure n'avoir jamais pris le passeport de son employé et que c'est ce dernier qui l'avait égaré. Selon lui, il ne voulait pas quitter la France. "J'ai été victime de mon désir de protéger Methode. Si j'avais été cynique, si je lui avais dit : 'M. Sindayigaya, prenez vos cliques et vos claques', je ne serais pas là aujourd'hui". 

"Je faisais le ménage même, je cuisinais moi-même", se défend aussi son épouse Candide Mpozagara, 74 ans. "Il peut inventer ce qu'il veut", dit-elle, "il était libre comme l'air". 

"Ce n'est pas un employé de maison ou même un domestique comme au XVIIe siècle, c'est le serf de la maison et l'esclave à tout faire !", s'indigne la procureure, en requérant 3 ans de prison dont deux avec sursis. Nathalie Foy poursuit et décrit un homme "sous emprise", qui ne pesait que "44 kilos" au moment où il a été retrouvé et n'a été payé que quelques milliers d'euros en 10 ans. "Quelle cruauté il faut avoir, quelle inhumanité il faut développer pour exploiter à ce point quelqu'un", dit-elle, estimant que le prévenu, du fait de ses "positions éminentes", ne pouvait ignorer la loi. 

"Il y a des faiblesses, des doutes, des contradictions, des manques de preuve dans ce dossier", réplique l'avocate de la défense, Me Dominique Naveau-Duschesne. 

Le couple déjà jugé pour des faits similaires

En 2007, le couple avait déjà comparu dans ce même tribunal, à Nanterre : ils avaient été condamnés, puis relaxés en appel, dans un dossier similaire, qui concernait deux jeunes nièces venues du Burundi. Ces dernières ont plaidé leur cause auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) qui a condamné la France en octobre 2012 pour avoir failli dans sa lutte contre le travail forcé. En 2013, le parlement français a introduit dans le code pénal le travail forcé, la réduction en servitude et la réduction en esclavage. 

Dans cette affaire, la décision du tribunal sera rendue le 21 octobre. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Hauts-de-Seine Maltraitance
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants