3 min de lecture Justice

Gérald Marie, ex-figure de l'agence Elite, visé par une enquête pour viols sur mineures

Une journaliste de la BBC et trois anciens mannequins accusent ce grand nom de la mode de '"viols" et d'"agressions sexuelles" commis entre 1980 et 1998.

Un casting de l'agence Elite (Illustration)
Un casting de l'agence Elite (Illustration) Crédit : LOIC VENANCE / AFP
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

Nouveau coup de massue sur le monde du mannequinat : après Jean-Luc Brunel, c'est au tour de l'ancien patron Europe de l'agence Elite d'être visé par la justice. Gérald Marie est en effet accusé par quatre femmes de viols. Confiée à la Brigade de protection des mineurs, l'enquête a été ouverte pour "viol et agression sexuelle ainsi que viol et agression sexuelle sur mineur", a indiqué le parquet. Elle vise des faits survenus entre 1980 et 1998 qui pourraient être prescrits.

Actuel directeur de l'agence Oui management, Gérald Marie fut le patron historique pour l'Europe d'Elite, la principale agence de mannequinat dans le monde, créée en 1971 à Paris par John Casablancas et Alain Kittler. Elle est célèbre dans le monde entier pour avoir employé des grands noms des podiums comme Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Cindy Crawford, mais aussi Linda Evangelista, un temps l'épouse de Gérald Marie.

Une "non-affaire"

Dans la plainte, l'ex-journaliste de la BBC Lisa Brinkworth affirme que dans la nuit du 5 au 6 octobre 1998, Gérald Marie, qu'elle a suivi dans un club milanais, l'a "chevauchée alors qu'elle était assise sur une chaise" et "a commencé à lui enfoncer son sexe dans le bas ventre". Cette rencontre a eu lieu alors qu'elle avait infiltré comme mannequin l'industrie de la mode pour enquêter sur "des comportements sexuels inappropriés de certains agents de mannequins". 

À la suite de sa diffusion qui avait fait scandale, Elite avait annoncé la démission de deux dirigeants mis en cause, dont Gérald Marie, puis les avait rétablis quelques jours après en portant plainte en diffamation contre la BBC et le journaliste vedette du programme, Donal MacIntyre. Interrogé pendant le scandale en 1999 dans l'émission Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, Gérald Marie avait balayé une "non-affaire".

Des faits prescrits ?

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Ces faits paraissent prescrits, mais Maître Anne-Claire Lejeune, l'avocate de l'ex-journaliste, a rappelé l'existence d'un accord passé à l'époque entre la BBC et Elite, à la suite de la plainte en diffamation, dans lequel Lisa Brinkworth se serait interdit de parler de son agression. Cela "doit permettre la suspension du délai de prescription", a argumenté Maître Lejeune auprès de l'Agence France-Presse.

La plainte de la journaliste ne vient pas seule. Dans des signalements, trois ex-mannequins accusent Gérald Marie de "viols" à Paris. L'Américaine Jill Dodd évoque ainsi un viol qui serait produit en 1980, l'année de ses 19 ans ; une autre Américaine, Carre Sutton, dénonce "d'innombrables" viols en 1986, alors qu'elle était âgée de 17 ans ; et la Suédoise Ebba Karlsson, née en 1969, dénonce elle un viol qui se serait produit en 1990. Ces derniers faits sont prescrits.

Un "soulagement pour les victimes"

"C'est une première étape encourageante et un soulagement pour les victimes", a estimé Maître Lejeune, "cette enquête permettra, je l'espère, à d'autres d’avoir le courage de prendre la parole". La justice n'hésite plus à lancer des investigations sur des faits apparemment prescrits, pour qu'il n'y ait "pas de victimes oubliées" expliquait en février le procureur de Paris, Rémy Heitz, après un appel à témoins concernant l'écrivain Gabriel Matzneff, pédophile revendiqué.

Le monde de la mode en France a déjà été éclaboussé en 2019 par l'enquête américaine visant le financier Jeffrey Epstein, mort en juillet 2019 alors qu'il était accusé d'abus sexuels sur des dizaines de mineures. Une enquête a été ouverte en France et un appel à témoins lancé. 

Au cœur de celle-ci, le Français Jean-Luc Brunel, fondateur des agences de mannequins Karin Models et MC2 Model Management, accusé de "viols" et d'"agressions sexuelles" et plus généralement d'avoir "rabattu" pour Jeffrey Epstein aux États-Unis des jeunes filles de milieux modestes en leur faisant miroiter une carrière de mannequin.

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