3 min de lecture Pédophilie

Affaire Matzneff : 3 questions pour comprendre les accusations visant l'écrivain

ÉCLAIRAGE - L'auteure Vanessa Springora raconte dans son livre "Le Consentement", comment Gabriel Matzneff a développé une emprise pédocriminelle sur elle alors qu'elle était adolescente.

Gabriel Matzneff en 2014 (illustration)
Gabriel Matzneff en 2014 (illustration) Crédit : Jacques DEMARTHON / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Le Consentement. C'est le titre du livre qui avant même sa publication prévue pour le jeudi 2 janvier agite le milieu littéraire français. L'éditrice et désormais auteure Vanessa Springora y raconte comment G. M., célèbre écrivain français, l'a séduite puis placée sous son emprise à la fin des années 1980. Elle avait 14 ans, il en avait 50.

Les initiales de ce ponte de la littérature française ne font que peu de doutes : il s'agit de Gabriel Matzneff, célèbre écrivain réputé pour ses comportements pédocriminels. Aujourd'hui âgée de 47 ans, Vanessa Springora, est devenue directrice de la maison d'édition Julliard.

Le Consentement est son premier livre. "J’ai toujours su que je ne pourrais me réapproprier cette histoire que par un livre, et pas autrement, raconte-t-elle à L'Obs. Parce que ses livres à lui, ceux où il racontait notre histoire, ont redoublé ma souffrance".

Qui est Gabriel Matzneff ?

Gabriel Matzneff, aujourd'hui âgé de 83 ans est un écrivain français d'origine russe. Lauréat de plusieurs grands prix littéraires tels que le prix Amic en 2009 ou le prix Renaudot en 2013, ses ouvrages sont considérés comme des chefs d'œuvre parmi les professionnels des milieux littéraire et intellectuel.

Tout au long de sa carrière, il n'a jamais caché les relations amoureuses et sexuelles qu'il entretenait avec des enfants et des adolescents, filles et garçons. À ces pratiques, aujourd'hui qualifiées de pédocriminelles, il dédie en 1974 un essai intitulé Les Moins de seize ans dans lequel il décrit des actes sexuels avec des enfants parfois aussi jeunes que onze ou douze ans.

Pourquoi l'affaire n'éclate-t-elle qu'aujourd'hui ?

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Dans les années 1970, Gabriel Matzneff jouit d'une large popularité au sein du milieu littéraire français. Dans une ère post-68, l'idée de "jouir sans entrave" inonde les discours et, en 1977, une tribune demandant que la pédophilie soit décriminalisée est signée par 69 personnalités dont Simone de Beauvoir, Patrice Chéreau et Catherine Millet. Comme le rapporte le Huffington Post, il s'avère que Gabriel Matzneff en est l'auteur.

Plus tard, Gabriel Matzneff est invité sur tous les plateaux et interviewé à tour de bras, sans jamais être inquiété pour les actes décrits dans ses livres. Séquence emblématique de cette omerta autour de ses comportements pédocriminels : une interview de l'auteur par Bernard Pivot dans l'émission Apostrophe en 1990. Celle-ci a largement été partagée sur les réseaux sociaux depuis l'annonce de la publication du livre de Vanessa Springora.

Après quelques échanges ponctués par des rires à la fois francs et embarrassés, l'écrivaine québecquoise Denise Bombardier s'indigne du tapis rouge déroulé à Gabriel Matzneff qu'elle juge "pitoyable". "M. Matzneff nous raconte qu'il sodomise des petites filles de quatorze ans, quinze ans", explique-t-elle. "Comment s'en sortent-elles ces petites filles après coup ?"

À l'époque, Denise Bombardier est pointée du doigt et même menacée comme le rappelle La Croix. "J’étais celle par laquelle le scandale arrivait, explique-t-elle dans son livre Une Vie sans peur et sans regret. J’avais rompu les règles. Je n’avais pas joué mon rôle d’écrivaine respectueuse du grand littérateur Gabriel Matzneff."

Quelles sont les réactions ?

Des propos qui valent encore à Denise Bombardier d'être la cible d'attaques. Comme celle de Josyane Sauvageau, ancienne journaliste au Monde des Livres. "Soutenir Denise Bombardier est la dernière chose qui me viendrait à l’esprit, a tweeté celle-ci le 23 décembre. J’ai toujours détesté ce qu’elle écrit et ce qu’elle dit et je ne change pas d’avis sur Matzneff parce que la chasse aux sorcières a commencé. Et lui sait écrire au moins. Bombardier quelle purge." 

Bernard Pivot s'est lui fendu d'un message sans excuses ni regrets. "Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature", a-t-il tweeté samedi.

Denise Bombardier a depuis apporté son soutien à Vanessa Springora, qualifiant Le Consentement auprès de l'AFP de livre "courageux" et "remarquable". Sans citer aucun nom, la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa a elle insisté : "Le supposé talent des pédocriminels et autres violeurs n’est JAMAIS une excuse. 'Tout le monde savait' pour l’écrivain..."

Libération, qui, à plusieurs reprises, a chanté les louanges de Gabriel Matzneff et fait la part belle aux intellectuels qui le défendaient, a publié lundi 30 décembre un édito aux allures de mea culpa. 

"Libération, enfant de Mai 68, professait à l’époque une culture libertaire dirigée contre les préjugés et les interdits de l’ancienne société", écrit Laurent Joffrin directeur de la rédaction du journal. "Ces plaidoyers portaient souvent sur des causes justes (...) Mais ils promouvaient parfois des excès fort condamnables, comme l’apologie intermittente de la pédophilie, que le journal a mis un certain temps à bannir."

En 2004, le journal dédiait encore un portrait élogieux à Gabriel Metzneff. Il y était décrit comme défiant la vieillesse notamment grâce à "ses plaisirs hors d'âge, souvent perspicaces et parfois misogynes".

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