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Financement libyen : pourquoi Claude Guéant est-il mis en examen ?

ÉCLAIRAGE - Proche entre les proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a été à son tour mis en examen dans l'enquête sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

Nicolas Sarkozy et Claude Guéant en 2011 à Bormes-les-Mimosas
Nicolas Sarkozy et Claude Guéant en 2011 à Bormes-les-Mimosas
Crédit : GERARD JULIEN / AFP
Paul Turban & AFP

Ce mercredi 2 décembre, Claude Guéant a été mis en examen pour "associations de malfaiteurs" dans l'affaire de soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Cette charge s'ajoute à d'autres accusations déjà imputées à Claude Guéant dans cette affaire

Claude Guéant a-t-il été l'artisan d'un "pacte de corruption" entre le régime libyen du dictateur Mouammar Kadhafi et l'équipe du ministre de l'Intérieur, candidat à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy ? C'est la question que se posent les enquêteurs et la justice. 

De cette affaire, les magistrats s'interrogent sur un virement reçu par Claude Guéant en mars 2008, une fois Nicolas Sarkozy élu. D'abord mis en examen pour "faux" et "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée", les charges sont aggravées en 2018, notamment pour "corruption". 

Une vente de tableaux suspecte

Selon l'accusé, cette somme vient de la vente de deux tableaux, des marines d'un peinte flamand, à un avocat d'affaires malaisien, Siva Rajendram, pour financer l'achat d'un appartement. Certains experts estiment que les tableaux ont été surévalués. 

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L'argent proviendrait donc, selon les enquêteurs, de fonds libyens, via les hommes d'affaires Alexandre Djouhri et Khalid Bugshan, autres mis en examen. Le banquier à la manœuvre, Wahib Nacer, est alors en contact étroit avec Alexandre Djouhri et Bachir Saleh, l'argentier du régime libyen. 

Derrière la vente, les juges soupçonnent que Claude Guéant a été rétribué pour une possible intervention auprès d'EADS (devenu Airbus) en faveur d'Alexandre Djouhri, qui réclamait le paiement d'une commission sur une vente d'avions. Pour les juges, ce dernier a surtout joué l'intermédiaire entre Claude Guéant et Bachir Saleh, possible canal d'un financement occulte de la campagne. 

Quels liens avec Alexandre Djourhi ?

L'année 2009, le fonds souverain libyen (LAP) que gère Bachir Saleh acquiert pour 10 millions d'euros - un prix surévalué - une villa à Mougins (Alpes-Maritimes). Alexandre Djouhri est soupçonné d'en avoir été le véritable propriétaire derrière un montage. Le lien avec la campagne deux ans plus tôt n'est pas établie, mais conforte la thèse de relations troubles avec la Libye. 

"On fabrique de toute pièce de prétendues contreparties à de prétendus financements", avait tonné Claude Guéant chez les juges en 2018. Son RIB a été retrouvé par les policiers chez Alexandre Djouhri en Suisse. Les magistrats accusent aussi le haut fonctionnaire d'avoir aidé Alexandre Djouhri à exfiltrer Bachir Saleh de France en 2012, alors qu'il était visé par une notice rouge d'Interpol, y voyant là encore un renvoi d'ascenseur qui a permis la fuite d'un témoin-clef. 

Des contacts étroites avec Ziad Takieddine

L'enquête établit ensuite ses contacts étroits, avant la présidentielle, avec l'homme d'affaires Ziad Takieddine, concurrent d'Alexandre Djouhri dans les cercles libyens. "Ziad Takieddine est quelqu'un qui est extrêmement entreprenant", se défend Claude Guéant sur BFMTV en novembre, évoquant "une sensibilité" ou des "contacts utiles". 

Fin 2016, Ziad Takieddine est mis en examen après avoir affirmé sur Mediapart avoir convoyé 5 millions d'euros en 2006 et 2007 dans des valises remises à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, pour le financement de la campagne, un coup d'accélérateur dans l'enquête. 

Mais l'intermédiaire fait volte-face en novembre dernier : l'argent aurait été remis en 2005 à Claude Guéant, qui dément une nouvelle fois, non pour la campagne 2007 mais pour financer la formation de personnels libyens. 

Un piège de Takieddine ?

La mise en cause de Claude Guéant s'appuie aussi sur sa rencontre secrète en septembre 2005 en Libye avec Abdallah al-Senoussi, ex-chef des services secrets de Kadhafi, condamné en France pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989 qui avait fait 170 morts. 

Les juges soupçonnent ce rendez-vous avec le beau-frère du Guide, organisé par Ziad Takieddine, de faire partie du plan pour "obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement" de la campagne, en échange de "contreparties diplomatiques" et "économiques", mais aussi "juridiques" via une "promesse de levée du mandat d'arrêt" visant Abdallah al-Senoussi. 

Pour la défense, Claude Guéant est tombé dans un "piège" tendu par Ziad Takieddine, tout comme Brice Hortefeux, intime de Nicolas Sarkozy, peu après. Dans l'année qui suit, Takieddine reçoit au minimum six millions d'euros libyens sur ses comptes, destinés en tout ou partie, selon l'accusation, au camp Sarkozy qui soutient à l'inverse que Takieddine a escroqué les Libyens et gardé l'argent pour lui. 

Des fortes sommes de cash dans la campagne

Dans l'esprit des juges, Claude Guéant, aurait donc organisé lors de la campagne 2007 l'utilisation du cash reçu de Ziad Takieddine. Selon les investigations, Claude Guéant loue alors un grand coffre, dont il assure qu'il sert à entreposer des discours du candidat, sans convaincre les enquêteurs. Les investigations ont déterminé qu'au moins 30.000 à 35.000 euros ont circulé en liquide au QG du candidat. 

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