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Cour d'appel de Paris (Illustration).
Crédit : Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Les victimes de Salim Berrada qualifient cette affaire de "MeToo avant l'heure". En 2016, un an avant la vague de témoignages de victimes de violences sexistes et sexuelles, une solidarité en ligne s'organise. Des dizaines de femmes, dont les posts sont relayés par des personnes proches du milieu de la mode, alertent sur les réseaux sociaux pour informer d'autres victimes potentielles du "violeur de Tinder".
Ce surnom, l'ex-photographe de mode le doit à "son mode opératoire extrêmement bien rodé", décrit Me Marjolaine Vignola, l'avocate de cinq victimes dans cette affaire. Il entre en contact avec des femmes sur les applications de rencontre ou les réseaux sociaux pour leur proposer un shooting photo. Lors du rendez-vous, les jeunes femmes boivent un verre qu'il leur a offert et disent être droguées, avant de subir des viols ou des agressions sexuelles.
Me Marjolaine Vignola découvre ce dossier parce qu'elle est sollicitée par la deuxième plaignante du dossier en 2016. Quatre autres femmes la contactent dans les mois qui suivent et elle finit par représenter cinq plaignantes. "C'est un homme qui chasse sur Internet (...) J'ai compris assez rapidement que ce n'était pas son premier fait d'armes et que ce n'était sans doute pas le dernier", déclare-t-elle. Au total, une vingtaine de femmes va ensuite déposer plainte.
L'avocate dénonce une enquête qui, dit-elle, "a difficilement démarré" puisqu'il a fallu attendre "quatre plaintes de femmes qui ne se connaissaient pas" pour que Salim Berrada soit placé en garde à vue. Après deux ans et demi passés en détention provisoire, il est libéré. Quand l'avocate apprend cette décision prise par la juge d'instruction en juin 2019, elle la trouve "impensable". "Je ne comprends pas comment on peut se dire qu'il ne va pas recommencer en sortant", explique-t-elle dans Les Voix du crime.
Le "violeur de Tinder" est alors placé sous contrôle judiciaire. Il ne peut plus exercer en tant que photographe, mais peut, en revanche, s'inscrire sur les applications de rencontre. "Une de mes clientes m'explique que sur son fil Instagram, elle a vu la photo de Salim Berrada apparaître avec un autre nom que le sien, mais avec la même photo que celle qu'il utilisait à l'époque des faits", se remémore l'avocate.
Après sept ans d'instruction, le procès en première instance du "violeur de Tinder" s'ouvre en mai 2024 devant la cour criminelle de Paris pour treize viols et quatre agressions sexuelles. Salim Berrada est condamné à 18 ans de réclusion criminelle et acquitté pour deux faits. Il interjette appel de cette décision.
À la suite de l'audience en appel à Créteil en septembre 2025, le "violeur de Tinder" est condamné à la peine maximale de 20 ans pour l'ensemble des faits. Après le verdict, Me Marjolaine Vignola affirme s'être sentie "soulagée parce que la justice a été rendue".
Au premier, comme au second procès, l'ex-photographe maintient une même stratégie : "ne rien reconnaître, dire que (ces femmes, NDLR) étaient consentantes et que si elles déposent plainte, c'est parce qu'elles sont déçues de ne pas avoir eu de relation romantique avec lui". L'homme ne reconnaît ni l'usage de l'alcool dans son mode opératoire, ni la soumission chimique qui n'était pas une circonstance aggravante des viols à l'époque de la commission des faits.
Me Marjolaine Vignola met aujourd'hui en cause la responsabilité de l'État dans cette affaire. Elle considère qu'il "n'y a pas eu d'investigation sérieuse et efficace sur la première plainte". "Si on l'avait interpellé à ce moment-là, il n'aurait pas violé la deuxième, la troisième et la quatrième plaignante", exprime-t-elle en rappelant que si les victimes portent plainte, c'est aussi pour "protéger les autres".
L'incompréhension et la déception de la justice, c'est pour moi la répétition de ce dossier
Maître Marjolaine Vignola, avocate de cinq victimes de Salim Berrada
Ses clientes ont ainsi, selon l'avocate, subi un préjudice en ayant été victimes de faits de viol par cet homme déjà visé par une plainte. "L'incompréhension et la déception de la justice, c'est pour moi la répétition de ce dossier", résume Me Marjolaine Vignola au micro du podcast Les Voix du crime.
"Pourquoi il n'est pas incarcéré, placé en garde à vue au début, lorsque les services de police ont ne serait-ce que la plainte de la première puis de la deuxième plaignante ? Pourquoi est-ce qu'il est relâché ? Pourquoi est-ce que l'instruction va tarder autant ? Pourquoi est-ce qu'il est acquitté pour deux faits ?", autant de questions restées sans réponse pour elle. L'avocate ajoute : "Entre la première et la quatrième plainte, il a violé dix femmes."
Après avoir travaillé sur ce dossier, Me Marjolaine Vignola déclare ne plus croire que la justice peut aider les femmes. L'avocate pense aussi à la perspective d'un troisième procès. Le "violeur de Tinder" est aujourd'hui à nouveau mis en examen pour des faits de viol sur au moins trois femmes.
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