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"Il tirait sa jouissance de la souffrance des autres" : cet avocat raconte comment sa cliente a vécu pendant huit ans sous l’emprise d'un compagnon tortionnaire

PODCAST - Pendant huit ans, Laëtitia a été victime d'un compagnon tortionnaire, qui lui faisait subir toutes sortes de sévices physiques et psychologiques. Dans cet épisode des Voix du crime, son avocat, Me Philippe-Henry Honegger, raconte comment elle est parvenue à sortir du silence, malgré l'emprise qu'il exerçait sur elle.

Philippe-Henry Honegger au procès de Guillaume Bucci, le 18 mai 2026

Crédit : MIGUEL MEDINA / AFP

Elle était sous emprise de son compagnon tortionnaire : l'avocat de Laëtitia raconte comment sa cliente a "vécu l'enfer" pendant huit ans

00:32:26

Marin Guillon Verne - édité par Marin Guillon Verne

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Au mois d’avril 2022, Laëtitia prend contact avec une amie de lycée sur Internet. La jeune femme de 38 ans habite Manosque, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Elle parvient à lui confier l’enfer qu’elle vit depuis 8 ans, avec son compagnon et tortionnaire Guillaume Bucci.


Celui qu’elle a rencontré sur un site de rencontres lui fait subir l’inimaginable : viols, prostitution forcée, torture, violences physiques et psychologiques… Elle estime aussi avoir été livrée à des centaines d’hommes.
Alertée, son amie se rend au commissariat le plus proche pour signaler la situation. Le calvaire de Laëtitia prend fin moins de 24 heures plus tard, grâce à l’intervention des forces de police. Guillaume Bucci est interpellé, et mis en examen pour actes de torture et de barbarie, et proxénétisme aggravé.

Sa crainte est que l'affaire n'aille pas jusqu'au bout, qu'elle ne soit reconnue comme victime

Me Philippe-Henry Honegger, à propos de Laëtitia

"Au moment où je la rencontre, elle est sous le choc de ce que l’on appelle le stress post-traumatique", confie Me Philippe-Henry Honegger, avocat de Laëtitia, au micro des Voix du crime. "Elle ne pleure pas, alors qu’elle me raconte des choses absolument terrifiantes. Sa crainte, alors, est que l’affaire n’aille pas jusqu’au bout, et qu’elle ne soit pas reconnue comme victime à la fin".

Heureusement, les preuves abondent et sont accablantes. Les échanges téléphoniques, conversations SMS, WhatsApp et Messenger, photos et vidéos qui constituent le dossier sont absolument terrifiants, et viennent appuyer le récit de la plaignante. "Ne vous inquiétez pas, le dossier est solide, il ne va pas s’en sortir", la rassure Me Honegger.

Une procédure pénale est ouverte, et donne lieu à une confrontation entre Laëtitia et son ex-compagnon. Me Honegger se souvient d’un homme qui "présente très bien", d’un directeur de banque qui "maîtrise parfaitement les codes de la société". "Mais quand on gratte un peu… On s’aperçoit que cette apparence ne peut pas tenir très longtemps", ajoute-t-il.

L'un des grands enjeux de ce procès était d'expliquer pourquoi on ne peut pas partir

Me Philippe-Henry Honegger, à propos de l'emprise qu'exerçait Guillaume Bucci sur Laëtitia

En effet, les expertises psychiatriques concluent que sa personnalité "est structurée autour du désir de souffrir", ou encore que "sa volonté de détruire autrui est quasiment le seul moteur de son existence". De son côté, Guillaume Bucci martèle que ces horreurs sont le résultat d’une discussion, d’un "jeu sadomasochiste" dont le seul et unique but était le plaisir de Laëtitia.

Son procès s’ouvre en mai 2026 devant la cour d’assises de Digne-les-Bains. Au terme d’une semaine où il n’aura cessé de nier les faits, il est condamné à 25 ans de réclusion criminelle. Comme pour le procès des viols de Mazan, des dizaines de femmes se rassemblent tous les jours devant le palais de justice pour soutenir Laëtitia.

"Cela a été très précieux pour elle", atteste son avocat. A ses yeux, la comparaison avec l’affaire Pelicot est compréhensible car les faits sont "hors du commun", même si les deux affaires restent "totalement différentes".

Celle de Laëtitia raconte une histoire d’emprise : "Du jour au lendemain, on tombe dans un piège qui conduit à vivre l’enfer", poursuit l’avocat. "La question qui s’est posée, c’est pourquoi en huit ans elle n’est pas partie ? Alors que pour moi l’un des grands enjeux de ce procès était justement d’expliquer pourquoi on ne peut pas partir", conclut-il.

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