3 min de lecture Justice

Carlos Ghosn : comment va se dérouler son audition au Liban par les juges français

L’ancien PDG de Renault-Nissan, installé au Liban depuis un an après son évasion rocambolesque du Japon, est également visé par deux enquêtes françaises. Les juges financiers de Paris et Nanterre l’entendront mi-janvier à Beyrouth pendant plusieurs jours.

Carlos Ghosn, le 8 janvier 2020 à Beyrouth
Carlos Ghosn, le 8 janvier 2020 à Beyrouth Crédit : JOSEPH EID / AFP
Thomas Prouteau édité par Léa Stassinet

Cette fois-ci, il ne se cachera pas dans une malle comme il y un an tout juste, le 29 décembre 2019. Carlos Ghosn, qui a accepté cet automne d’être entendu par les magistrats français en charge des deux enquêtes ouvertes contre lui à Paris et à Nanterre, répondra à leurs questions pendant quatre ou cinq jours la semaine du 18 janvier, selon des sources concordantes à RTL. Une audition en deux volets, qui aura lieu au Palais de justice de Beyrouth et qui pourrait lui valoir sa mise en examen.

Premier volet, le plus technique et le plus lourd pour l’ancien PDG de Renault-Nissan : l’enquête menée par le doyen des juges d’instruction de Nanterre, Serge Tournaire, ancien magistrat financier parisien notoirement connu pour avoir instruit les affaires Fillon ou Bygmalion. 

La justice soupçonne des abus de biens sociaux à des fins personnelles via RNBV, la filiale néerlandaise commune du groupe franco-japonais. À Beyrouth, le juge Tournaire va interroger pour la première fois Carlos Ghosn sur ces soupçons issus en grande partie d’un rapport d’audit commandé en 2019 par Renault au cabinet Mazars et qui estiment à 11 millions d’euros les possibles dépenses "non professionnelles" réglées par RNBV entre 2009 et 2018. 

Les soirées au château de Versailles dans le viseur

Dans le viseur des auditeurs : deux soirées désormais célèbres au château de Versailles en 2014 et en 2016, la première le jour des 60 ans Carlos Ghosn (officiellement, il célébrait les 15 ans de l’alliance franco-japonaise) la deuxième le jour de son mariage, soirées pour lesquelles Versailles, dont Renault est un mécène, lui a été prêté gratuitement. 

À lire aussi
procès
Les infos de 6h30 - Affaire Karachi : Édouard Balladur devant les juges 25 ans après les faits

Autres dépenses passées au crible : des invitations faites à des amis, privées donc, pour le festival de Cannes ou le Carnaval de Rio. Ou encore des dons à des établissement d’enseignement situés à Beyrouth, présentées comme du sponsoring classique. Et enfin de très nombreux voyages personnels effectués avec le jet de RNBV.  

Des contrats passés avec Dati et Bauer qui interrogent

Deuxième volet, cette fois-ci instruit à Paris pour "corruption active et passive" et "abus de bien social" à la suite d'une enquête ouverte en 2019 par le Parquet national financier : les deux contrats juteux passés par la filiale RNVB avec Rachida Dati et avec Alain Bauer, entre 2010 et 2012 pour la femme politique, et entre 2010 et 2016 pour le criminologue. "Des contrats qui sont douteux de par leur montant", avait alors affirmé à l’AFP l’avocat Jean-Pierre Baduel, conseil d’une actionnaire minoritaire de Renault qui a porté plainte. 

Rachida Dati a reconnu elle-même avoir touché 900.000 euros en tant qu’avocate durant ces trois années pour des missions de conseil auprès de RNVB dont elle affirme qu’il existe toutes les preuves. Entendue fin novembre à Paris, elle a été placée sous le statut de témoin assistée, ce qui signifie que les magistrats ne disposent pas à ce stade d’indices "graves et concordants" justifiant une mise en examen.

Alain Bauer, lui, n’a pas encore été entendu mais affirme également que son contrat, dont le montant précis n’est pas connu, correspond à des prestations parfaitement documentées. Trois juges ont été co-saisis du dossier. Selon une source judiciaire il n’est pas encore décidé si tous se déplaceront à Beyrouth pour interroger l’ancien patron de Renault-Nissan.

Dans le volet RNVB, Carlos Ghosn est convoqué en vue de sa possible mise en examen à l’issue de l’audition selon nos informations. Mais la question de la légalité d’une telle décision signifiée à l’étranger ne serait pas encore tranchée. Quelles que soient les réponses de l’ex-PDG et la décision du juge Tournaire, il ne devrait pas y avoir de conséquence pour la vie quotidienne de Carlos Ghosn à Beyrouth : la convention d’entraide judiciaire franco-libanaise validée en 2012 n’inclut en effet ni les extraditions ni les arrestations.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Carlos Ghosn Renault
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants