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Affaire Grégory : 4 rebondissements qui ont rythmé l'enquête

PODCAST - Dans "Les Voix du Crime", le journaliste de fait-divers Michel Mary revient sur l'affaire Grégory qui tient la France en haleine depuis 36 ans.

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10. Affaire Grégory : de la découverte du corps au meurtre de Bernard Laroche (1/2) Crédit Image : FREDERICK FLORIN / AFP | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date : La page du podcast
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"J'ai vraiment des souvenirs noirs." Dans Les Voix du Crime, le journaliste Michel Mary qui a couvert l'affaire Grégory dès ses débuts en 1984 revient sur le mystère que 36 ans n'ont pas suffi à élucider. Il y livre ses sentiments sur l'enquête et sa gestion, et se souvient des moments-clés de ce fais divers qui retient la France entière en haleine.

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, 4 ans, est retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne, une rivière des Vosges, quelques heures après l'alerte de sa disparition. Très vite, les enquêteurs s'aperçoivent que ses parents, Christine et Jean-Marie, ainsi que plusieurs membres de sa famille sont les cibles de corbeaux. Lettres, coups de téléphone... "J'ai presque envie de dire que c'est une activité locale", explique Michel Mary dans Les Voix du Crime.

1. Le revirement de Murielle Bolle

Très vite, les soupçons se tournent vers Bernard Laroche. Ce dernier est au moins suspecté d'avoir enlevé le petit garçon à bord de sa Peugeot 305 verte. Mis en examen, il est incarcéré. "On pense à ce moment là que l'histoire est réglée", se souvient Michel Mary. Pourtant, un rebondissement vient tout chambouler : après avoir témoigné contre lui, Murielle Bolle, belle-sœur de Bernard Laroche, se rétracte.

"Dans sa première audition, elle est extrêmement précise, explique Michel Mary. Elle dit que ce soir, ce jour là, elle sortait de l'école. Elle était sur le point de prendre son autobus, que Bernard Laroche était en voiture avec sa 305 verte qui l'a hélé et qu'il ui a proposé de la raccompagner." Puis, chemin faisant, ils se sont arrêtés non loin de la maison des Villemin. "Bernard Laroche, s'est absenté quelques minutes, poursuit Michel Mary. Il est revenu avec un enfant qui correspond en tout point à Grégory. Il est monté dans la voiture. Ils ont roulé encore un peu et Bernard Laroche s'est arrêté à nouveau. Il est parti avec l'enfant. Il s'est absenté plusieurs longues minutes et il est revenu seul."

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Après ce premier témoignage à la gendarmerie, Murielle Bolle est renvoyée chez elle. "Sauf qu'entre temps, se souvient Michel Mary, elle ne tiendra plus les mêmes propos parce qu'elle a très vraisemblablement été reprise en main par sa famille." Les médias parleront même de la râclée que l'adolescente a reçu de la part de ses proches, ce qu'elle démentira par la suite.

2. Le meurtre de Bernard Laroche

A la suite de la rétractation de Murielle Bolle, Bernard Laroche est relâché sous contrôle judiciaire. Pour Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, c'est impossible. Quelques jours après, il prend son fusil à pompe et se rend chez les Laroche. Là, le 29 mars 1985, il tire à deux reprises sur celui qu'il tient pour coupable de la mort de son enfant. 

"C'était assez prévisible, risque Michel Mary, parce que Bernard Laroche avait été remis en liberté alors qu'il était toujours inculpé du meurtre de Grégory, qu'on ne donne aucune explication à cette remise en liberté. On le désigne comme le tueur de l'enfant et puis, d'un seul coup, on le laisse partir !"

Au même moment, les soupçons se déplacent sur Christine Villemin. La mère de Grégory fait l'objet de rumeurs sur les bords de la Vologne. "Et là, je pense que ça a fait beaucoup dans la tête de Jean-Marie, confie Michel Mary. Entre la remise en liberté du meurtrier de son enfant qu'il a désigné comme tel, et les suspicions qui commençaient à arriver sur son épouse, il a, comme on dit vulgairement pété les plombs et il a pris son arme." 

3. L'inculpation de Christine Villemin

Le 5 juin 1985, les soupçons portés sur Christine Villemin se concrétisent. La mère de Grégory est inculpée et écrouée. Le journal Le Nouveau Détective, pour lequel travaille Michel Mary, ne croit pas à sa culpabilité. Son collègue Jean-Paul Pradier écrit même que "c'est mathématiquement impossible". "Jean-Paul Pradier était un excellent journaliste, se souvient Michel Mary. Il refaisait les parcours chronométrés. Il rentrait de partout, il connaissait tout le monde. Il a fait un travail remarquable sur cette affaire."

Michel Mary ne comprend toujours pas aujourd'hui comment Christine Villemin a pu être soupçonnée du meurtre de son fils. "Je ne voyais pas le mobile de Christine, je ne voyais pas pourquoi elle aurait tué son enfant, s'étonne-t-il. Elle s'entendait bien avec Jean-Marie. Elle était amoureuse. Ce n'était peut être pas forcément parfait, parfait, parfait. Mais elle n'avait aucun mobile." 

Finalement Christine Villemin est innocentée en février 1993. Quelques mois plus tard, son mari, comparaît devant la Cour d'Assise de Dijon pour le meurtre de Bernard Laroche. Il a écopé de 5 ans de prison ferme dont un avec sursis.

4. La réouverture de l'enquête

La cour d'appel de Dijon, saisie par les époux Villemin, rouvre l'enquête pour une nouvelle recherche d'ADN. Le 24 avril 2013, le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney, présente les derniers résultats, non concluants. Le dossier n'est pas clos, dit-il, mais d'un point de vue scientifique, "l'espoir" de trouver le coupable "s'éloigne".

L'affaire est ensuite relancée par des incohérences dans la chronologie des faits, révélées par le logiciel d'analyse criminelle Anacrim. Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, soupçonnés à leur tour d'être les "corbeaux", sont mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivie de mort".

Mais ces trois mises en examen seront annulées en mai 2018 pour des raisons de procédure. Et le 16 janvier 2020, la cour d'appel de Paris invalide la garde à vue de novembre 1984 de Murielle Bolle. Elle maintient toutefois au dossier ses déclarations faites auparavant devant les gendarmes, puis devant le juge Lambert, lorsqu'elle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé l'enfant.

Enfin à la mi-décembre 2020, un rapport de stylométrie - technique qui permet d'identifier l'auteur d'un texte d'après son style d'écriture - "incrimine un suspect".

Le 27 janvier 2021, la Cour d'appel de Dijon accepte "la quasi-totalité" des demandes de nouvelles expertises génétiques formulées par les époux Villemin, notamment en recherche d'ADN de parentèle (comparer une empreinte génétique avec d'autres susceptibles d'être issues de la même parenté).

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