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"C'est le dossier d'une vie" : un meurtrier peut-il être trahi par l'ADN de ses parents ? Cet expert raconte comment il a résolu l'affaire Élodie Kulik

PODCAST - En 2002, le corps d'Élodie Kulik est retrouvé calciné dans une décharge. Pendant sept ans, l'enquête piétine malgré un ADN découvert sur la scène de crime. Le gendarme Emmanuel Pham-Hoai a permis de résoudre l'affaire grâce à la technique de recherche ADN par parentèle. Il raconte son travail dans "Les Voix du crime".

Le colonel de gendarmerie Emmanuel Pham-Hoai, auteur du livre "Les affaires criminelles au crible de l'ADN" publié chez Mareuil en 2026.

Crédit : Emmanuel Pham-Hoai

Le meurtrier a été trahi par l'ADN de son père : ce gendarme raconte comment il a résolu l'affaire Elodie Kulik grâce à une technique inédite en France

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Marie Zafimehy

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En 2009, le gendarme Emmanuel Pham-Hoai monte en Picardie où il a obtenu un poste de chef de division à la section de recherches d'Amiens. Au bout d'un an, il change de service et passe à la tête des homicides. C'est là qu'il hérite du "dossier d'une vie" : l'affaire Élodie Kulik.

Sept ans auparavant, cette jeune banquière de 24 ans a été retrouvée morte, calcinée, dans un champ le long d'une route départementale. L'autopsie révèle qu'elle a été violée, un ADN a été retrouvé. Malgré tout, l'affaire reste irrésolue. Emmanuel Pham-Hoai est chargé d'y apporter "un oeil neuf".

"Je vois tout d'abord que tous les actes d'enquête en 2002, au moment du viol et du meurtre d'Élodie Kulik, ont été réalisés de la meilleure des manières, raconte le gendarme et auteur du livre Les affaires criminelles au crible de l'ADN (Mareuil, 2026) dans Les Voix du crime. Il n'y a rien qui manque. Les enquêteurs n'ont juste pas réussi à trouver le bon suspect, alors que tout a été fait correctement."

La recherche de parentèle en 2010, elle n'est pas interdite, mais elle n'est pas autorisée

Emmanuel Pham-Hoai

Biologiste de formation, Emmanuel Pham-Hoai a l'idée de se concentrer sur la preuve qui a résisté au temps : l'ADN. "C'est un ADN qu'on qualifie de complet, parce qu'il comporte toutes les caractéristiques nécessaires pour être comparé à d'autres. Et également, il est inséré dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques - le FNAEG - où il ne correspond malheureusement à aucun individu fiché."

Il a alors l'idée d'une nouvelle technique : sachant que l'ADN d'un individu est composé de 50% d'ADN du père de cet individu et de 50% d'ADN de la mère de ce même individu, pourquoi ne pas tenter une comparaison de l'ADN retrouvé sur la scène de crime avec le FNAEG... seulement sur 50% de l'échantillon ? Cela permettrait d'identifier la mère ou le père du suspect, si ce dernier ou cette dernière a déjà été fichée au FNAEG.

Après une plongée dans la littérature scientifique, Emmanuel Pham-Hoai découvre que cette technique déjà appliquée aux États-Unis. "Quand je vois que scientifiquement c'est réalisable, la première chose que je fais, c'est que j'essaie de trouver un texte qui interdit ce type de recherche. Or, il n'y en a pas (...) la recherche de parentèle en 2010, elle n'est pas interdite, mais elle n'est pas autorisée." Il lui faut désormais l'approbation du ministère de la Justice, pour des questions éthiques. 

On dira que c'est une belle avancée

Emmanuel Pham-Hoai

L'autorisation tombe un an après. "J'aime pas utiliser le mot victoire parce que ça fait très compétition sportive. Alors que là, on dira que c'est une belle avancée", dit-il aujourd'hui. Il faut encore attendre plusieurs semaines pour obtenir les résultats de la comparaison. Puis les conclusions tombent : un ADN matche à 50%. C'est l'ADN du père du suspect.

L'homme accepte d'être prélevé pour un test de paternité, qui confirme le lien de parenté. Malheureusement son fils Grégory Wiart, principal suspect, est décédé. "C'est une douche froide, regrette Emmanuel Pham-Hoai. En fait, on a l'impression de se retrouver à nouveau à vivre la tragédie de la famille Kulik."

À la suite de cette avancée, Emmanuel Pham-Hoai est repéré et envoyé en formation aux États-Unis mais ses collègues continuent d'enquêter sur l'entourage de Grégory Wiart et identifient un deuxième suspect : Willy Bardon. Cet homme est définitivement condamné en 2021. Son pourvoi en cassation a été rejeté.

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