4 min de lecture

Affaire Bojarski : "J'ai été habituée à ne jamais poser de questions", confie la fille du "Cézanne de la fausse monnaie" sur RTL

PODCAST - "L'Heure du Crime" revient sur l'affaire Ceslaw Bojarski, le faussaire du siècle. En 1964, ce père de famille tranquille va être interpellé. Avec ses billets plus authentiques que les vrais, il affole les policiers et la Banque de France depuis quinze ans.

Photo reçue le 21 janvier 1964 des faux monnayeurs Ceslaw Bojarski et de ses complices, Alexis Chouvaloff et Antoine Dowgierd

Crédit : AFP

L'INTÉGRALE - Ceslaw Bojarski : le faussaire aux doigts d'or

00:42:40

L'INTÉGRALE - Ceslaw Bojarski : le faussaire aux doigts d'or

00:39:53

L'ENQUÊTE - Ceslaw Bojarski : comment cet homme seul a-t-il réussi à duper la Banque de France ?

00:14:47

Jean-Alphonse Richard - édité par Thomas Bernardon

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Samedi 9 novembre 1963, les policiers Lobst et Dumas, inspecteurs à l'OCRFM, l'Office central pour la répression du faux monnayage, se présentent au bureau de poste du 21 de la rue Turgot, 9ème arrondissement de Paris. Cinq jours auparavant, un client a acheté ici pour 1.000 francs (un peu plus de 150 euros) de bons du Trésor. Il a payé avec une liasse de billets de 100 francs. Le problème, c'est que ces billets, qui portent l'effigie du général Bonaparte, sont des faux. 

Le commissaire Emile Benhamou, patron de l'Office du faux monnayage, espère bien que l'individu qui écoule les faux Bonaparte va réapparaitre. Dans sa longue carrière, Benhamou a arrêté tous les faussaires qu'il recherchait. Pourtant, depuis plus de dix ans, une équipe de faux monnayeurs lui glisse entre les doigts. Une officine de génie qui a déjà sorti de saisissants billets de 1.000 francs dit "Minerve et Hercule" puis des coupures de 5.000 francs appelés "Terre et Mer". Pour le commissaire, c'est la même main qui est derrière ces séries de contrefaçons.

Un mois après l'alerte à la poste de la rue Turgot, le client qui avait donné de faux billets revient au même guichet. Pendant la vente, un postier note le numéro minéralogique de la voiture du suspect. Une Renault Caravelle au nom d'Alexis Chouvaloff. Ce dernier est placé sous surveillance. Il est en contact permanent avec son beau-frère, Antoine Dowgierd, directeur d'un bureau de traduction. Le 17 janvier 1964, les deux hommes sont interpellés. En garde à vue, Dowgierd explique qu'il achète les faux à 40% de leur valeur auprès d’un vieil ami comme lui d'origine polonaise : Ceslaw Bojarski. 

Une trappe invisible dans la cuisine

Samedi 18 janvier 1964, Ceslaw Bojarski pose menotté devant le photographe de l'identité judiciaire. La veille, les policiers l'ont interpellé devant sa maison moderne au numéro 33 de l'avenue de Sénart à Montgeron. Son épouse Suzanne et ses deux enfants ont été interloqués par cette arrestation manu militari. "C’était dur parce qu’il n'avait rien à me dire. J'avais été habituée à ne jamais poser de questions. Par respect pour son silence, on nous a appris à tout faire seul, côte à côte", raconte Anne, la fille de Ceslaw Bojarski, dans L'Heure du Crime, sur RTL.

À écouter aussi

A priori, Ceslaw Bojarski n'est pas le faussaire attendu. La perquisition ne donne rien. L'habitation, imaginée et construite par Bojarski lui-même, est fouillée de fond en comble, du grenier au garage. Un sas ingénieux, permettant d'accéder à la piscine extérieure, attire l'attention. Il est examiné sous toutes les coutures. Le jardin ne dissimule aucune cachette. Jusqu'à ce qu'un concours de circonstances, selon un récit de l'époque, change la donne. 


Un policier aurait renversé sa tasse de café sur le linoléum de la cuisine. Le liquide aurait disparu par un interstice. À cet endroit, une trappe quasiment invisible serait apparue dans le sol. Impossible de l'ouvrir manuellement, il faut actionner un mécanisme électrique. Au bout de quelques marches, on accède à une petite pièce de trois mètres carrés sur trois. Se cache ici l'atelier du faux monnayeur. Des machines et pléthore d'outils fabriqués par Bojarski en personne. On met la main sur 30 millions de Bonaparte encore frais. 

C’est le plus grand faussaire du XXe siècle. Il n’a pas été égalé.

Christian Porcheron, directeur de l'un des seuls musées du faux monnayage en France

Lundi 17 février 1964, Ceslaw Bojarski est extrait de sa cellule de Fresnes. Il a écrit au juge d'instruction pour demander une reconstitution. Il ne supporte pas que des spécialistes et des responsables de la Banque de France doutent de son travail. "Il a été piqué au vif", explique le Commissaire Damien Posé. Bojarski est ainsi amené dans la cave secrète du pavillon de Montgeron. Deux experts en fausse monnaie viennent assister à ces séances de fabrication. Le rapport est clair. Bojarski est parfaitement capable d'avoir mené seul la fabrication des 3872 billets saisis qu'ils ont pu expertiser. 

Lundi 9 mai 1966, Ceslaw Bojarski est devant la cour d'assises de la Seine, à Paris. À ses côtés, Antoine Dowgierd et Alexis Chouvaloff, les deux petites mains qui ont écoulé brièvement la dernière production, à savoir les Bonaparte. Le préjudice est chiffré à quelques 250 millions de francs. Ceslaw Bojarski est condamné à vingt ans de prison. Cinq ans pour Alexis Chouvaloff, aucune peine pour Dowgierd. 

Après treize ans de prison, Ceslaw Bojarski retrouve la liberté. En 1978, alors qu'il effectue une randonnée dans le Massif Central, une fuite d'eau oblige les pompiers à intervenir chez lui à Evry. Dans une cache murale, ils découvrent dix lingots d'or et 797 Louis d'Or. Un trésor saisi pour rembourser sa dette auprès de la banque de France. Le faussaire s'est éteint le 2 mai 2003 dans un petit village de l'Isère. "C’est le plus grand faussaire du XXe siècle. Il n’a pas été égalé", estime Christian Porcheron, directeur de l'un des seuls musées du faux monnayage en France.  

Les invités de "L'Heure du Crime"

- Commissaire Damien Posé, chef de l'Office central pour la répression du faux monnayage (OCRFM).
- Anne Bojarski, fille de Ceslaw Bojarski. 
- Christian Porcheron, directeur de l'un des seuls musées du faux monnayage en France.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info