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"Une maison des horreurs", des faits remontant à 2021, "un homme à femmes"... Ce que l'on sait sur les accusations de violences sexuelles contre Julio Iglesias

Le chanteur espagnol est visé par une plainte déposée début janvier. Deux anciennes employées racontent des agressions presque quotidiennes, une ambiance sexualisée et un système organisé autour des désirs du chanteur dans ses résidences de République dominicaine et des Bahamas.

Julio Iglesias reçoit un prix en Espagne, en décembre 2011.

Crédit : Javier SORIANO / AFP

"Il faisait ce qu'il voulait de nous" : les plaignantes qui accusent Julio Iglesias d'agressions sexuelles et de viols s'expriment

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AFP & Aurélie Chamerois & Chloé Berry

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Une icône musicale est rattrapée par de graves accusations. Julio Iglesias, l'une des stars espagnoles les plus connues au monde, est accusé de viols et d'agressions sexuelles par deux de ses anciennes employées. Le chanteur est visé par une plainte pour "traite d'être humain", "travail forcé" et délits "sexuels", ont précisé ce mercredi 14 janvier 2026 deux associations accompagnant les plaignantes.

Le chanteur de charme de 82 ans "aurait agressé et harcelé sexuellement" deux anciennes employées, Laura et Rebeca (des prénoms d'emprunt, NDLR), alors âgées de 22 et 28 ans. Il "leur aurait interdit de sortir de la maison où elles travaillaient et leur aurait imposé des journées de travail allant jusqu'à 16 heures par jour, sans jours de repos et sans contrat", ont expliqué dans deux communiqués similaires Women's Link Worldwide et Amnesty International.

La plainte déposée le 5 janvier par les deux femmes auprès de la justice espagnole relève notamment des faits "susceptibles de constituer un délit de traite d'êtres humains en vue d'imposer le travail forcé et la servitude", "d'atteintes à la liberté et à l'intégrité sexuelles telles que le harcèlement sexuel", ainsi qu'un délit de coups et blessures et des atteintes aux droits du travail". 

Des faits qui remontent à 2021

Cette employée de maison et cette physiothérapeute racontent avoir été contraintes à des relations sexuelles avec Iglesias. Elles décrivent des pénétrations, des gifles et des violences physiques et verbales dans une longue enquête publiée par la télévision américaine Univision et le média en ligne espagnol elDiario.es ce mardi 13 janvier 2026. Les faits se seraient déroulés entre janvier et octobre 2021, dans ses résidences de République dominicaine et des Bahamas.  


Les deux femmes y assurent notamment avoir été victimes d'agressions sexuelles et de harcèlement sexuel de la part du chanteur de charme qui, selon elles, abusait de son pouvoir auprès d'employées souvent jeunes et en situation de précarité. L'une d'entre elles décrit aux deux médias aussi des faits pouvant être qualifiés de viols. 

Les agressions sexuelles et viols dénoncés

Une fois embauchée, Rebeca a commencé à recevoir des consignes étranges pour une employée de maison : interdiction d'avoir de petit ami, masser les pieds du chanteur, se baigner avec lui… jusqu'à ce qu'on lui demande une première fois de se rendre dans la chambre de Julio Iglesias le soir. À partir de là, il l'"utilisait presque toutes les nuits", confie-t-elle aux médias espagnols, ajoutant que ces agressions survenaient "presque toujours" avec la participation d'un autre employé.

Un jour où il était malade, il lui a demandé de lui faire une fellation presque toute la nuit, car cela "le calmait". "Quand je m’arrêtais ou que je m’endormais, il me tirait la tête en arrière", se rappelle-t-elle.

De son côté, Laura affirme que Julio Iglesias l'a embrassée sur la bouche et lui a touché les seins contre son gré. "Nous étions sur la plage, il s'est approché de moi et m'a touché les tétons", se souvient l'ancienne employée. 

Selon elDiario.es et Univision, ces deux témoignages concordent avec d'autres récits que des journalistes ont pu consulter. Par ailleurs, leurs déclarations ont été corroborées par de nombreuses preuves documentaires, telles que des photographies, des relevés d'appels, des messages WhatsApp, des visas, des rapports médicaux et d'autres documents, fait savoir elDiaro.es.

"La maison des horreurs"

Pendant trois ans, elDiario.es et Univision Noticias ont mené une enquête, interrogeant quinze anciens employés de Julio Iglesias, parmi lesquels du personnel domestique et d'autres professionnels spécialisés ayant travaillé à différentes périodes entre la fin des années 1990 et 2023 dans les résidences du chanteur.

Ces entretiens confirment l'isolement de ces femmes, des conflits au travail, ainsi qu'une atmosphère tendue engendrée par le "tempérament instable" de Julio Iglesias. Alors que le cadre de travail avait tout pour être paradisiaque, selon Rebeca, "cette maison devrait s'appeler la maison des horreurs, car c'était un endroit horrible". 

Les témoignages des anciennes employées pointent un système de sélection du personnel débutant par des annonces sur les réseaux sociaux proposant des emplois domestiques avec logement, ciblant des jeunes femmes entre 25 et 35 ans. La personne chargée du recrutement, qui était la responsable du personnel domestique, a demandé des photos de leur visage et de leur corps entier lors du premier échange d’informations. 

Peu après leur arrivée, selon Laura et Rebeca, Julio Iglesias les a soumises à des questions intimes, comme "aimez-vous les plans à trois ?" ou "avez-vous subi une augmentation mammaire ?".

"Il faisait ce qu'il voulait de nous"

"Je me sentais comme un objet, comme une esclave. C'était comme de l'esclavage moderne. Il me prenait par surprise, il me disait 'viens, approche-toi' et je lui disais 's'il vous plaît, non, non, non, monsieur, je ne veux pas'", se rappelle l'une des plaignantes, qui a pris la parole dans les médias espagnols ce mercredi. "Toutes les conversations étaient autour du sexe, c'était des conversations très gênantes."

La jeune femme raconte que, dans ses journées de travail qui pouvaient durer 16 heures, l'interprète de Vous les femmes contrôlait ses conversations téléphoniques et tous ses déplacements. "On ne pouvait pas sortir toute seule de la villa, jamais. On nous conduisait quelque part, on nous disait à telle heure on vient vous chercher. Il imposait tout, il ne demandait rien. Nous n'étions personne pour lui, il faisait ce qu'il voulait de nous."

Dans le rôle de seconds couteaux, les supérieurs hiérarchiques insistaient afin que les plaignantes cèdent aux lourdes avances de Julio Iglesias. L'une des deux femmes identifiées comme responsables a refusé de répondre aux questions détaillées, mais a qualifié ces allégations de "mensonges".

Une emprise de laquelle Rebeca a tenté de se défaire en tentant de démissionner à plusieurs reprises. Julio ou ses superviseurs l'ont rattrapé par le col à plusieurs reprises. Au bout de 10 mois, elle parvient à quitter la maison de l’horreur, avant d’entamer une thérapie de 6 mois.

Des accusations qui font réagir en Espagne

En Espagne, où Julio Iglesias était jusqu'à la révélation de ces accusations une figure respectée, l'affaire a suscité de vives réactions. Ces accusations "font peur, elles sont terrifiantes", a jugé sur RTVE ce mercredi la ministre du Travail, Yolanda Díaz. 

Chef de file du Parti populaire (droite), Alberto Nuñez Feijóo s'était vanté en 2024 dans Vanity Fair de parler "tous les mois" avec Julio Iglesias, un "grand Espagnol" qui lui "donnait des conseils". Mercredi, il s'est dit sur la chaîne Telecinco "comme la majorité des Espagnols, très, très, très surpris", évoquant des "accusations très graves". 

L'ancien manager de l'icône musicale, Fernán Martínez, a, lui, décrit mercredi sur Telecinco un homme "très câlin", qui aime "le contact physique", tout en assurant "ne l'avoir jamais vu adopter ce type de comportement agressif". 

"Un homme à femmes" qui aurait mobilisé ses avocats

Le chanteur n'a pas encore réagi aux plaintes déposées, mais son entourage a pris sa défense dans elDiaro.es ce mercredi, assurant qu'il a toujours été un "homme à femmes" mais qu'ils n'y a jamais eu de relation "ayant quoi que ce soit à voir avec un abus". Il est précisé par ailleurs que le chanteur "dispose de moyens colossaux" et qu'il se battra devant les tribunaux si l’affaire se poursuit. Julio Iglesias aurait d'ailleurs d'ores et déjà mobilisé ses avocats. 

On apprend également que Julio Iglesias et son équipe comptent "garder un silence absolu", mais le chanteur serait "plus inquiet que les autres fois".

Archétype quasi caricatural du "Latin lover", célèbre dans le monde entier, Julio Iglesias a accumulé disques d'or et fortune, revendiquant des milliers de conquêtes féminines en 50 ans. Une image aujourd'hui fissurée.

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