3 min de lecture Turquie

Turquie : un an après le putsch, la division reste maîtresse autour d'Erdogan

ÉCLAIRAGE - La Turquie commémore ce samedi 15 juillet la tentative de coup d'État menée à l'encontre du président Recep Tayyip Erdogan, dont la riposte musclée a ébranlé un pays qui vit au rythme des purges.

Après la tentative de putsch du 15 juillet 2016, la Turquie s'était réveillée dans une ambiance surréaliste.
Après la tentative de putsch du 15 juillet 2016, la Turquie s'était réveillée dans une ambiance surréaliste. Crédit : Hussein Malla/AP/SIPA
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
et AFP

Ankara condamnée à vivre au rythme des purges ? La Turquie commémore, ce samedi 15 juillet, le premier anniversaire de la tentative de coup d'État contre le président Recep Tayyip Erdogan. Dans le même temps, la radiation de 7.000 militaires, policiers et membres de ministères annoncée ce 14 juillet 2017 laisse penser que les années se suivent et se ressemblent en Turquie. Trois cent soixante-cinq jours plus tôt, un putsch suivi d'une riposte musclée ébranlaient le pays. 

Pour marquer l'anniversaire du soulèvement qui a fait 249 morts, hors putschistes, une session parlementaire extraordinaire, un discours nocturne et un hommage aux "martyrs" ont été prévus par les dirigeants turcs. Ces commémorations donnent le sentiment que ce putsch appartient au passé, mais ses conséquences sont bel et bien prégnantes dans le quotidien des Turcs.

Que s'est-il passé le 15 juillet 2016 ?

À 2h32 du matin, heure d'Ankara, les putschistes bombardaient l'Assemblée nationale. Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, des avions de chasse, hélicoptères et autres chars détournés par des éléments séditieux de l'armée affirmant avoir pris le pouvoir semaient la mort et la terreur à Istanbul et Ankara. Recep Tayyip Erdogan contre-attaquait dans la foulée. À travers un écran de téléphone lors d'une interview en direct avec une chaîne de télévision, il exhortait ses partisans à descendre dans la rue. Des dizaines de milliers de personnes répondaient à son appel.

L'un des épisodes les plus marquants du contre-putsch s'est joué sur l'un des ponts qui enjambent le Bosphore, rebaptisé depuis le "pont des Martyrs du 15 juillet", où des putschistes ont tiré sur des civils. Leur reddition, au petit matin, symbolisera l'échec du coup de force. "Plus rien ne sera comme avant le 15 juillet", a déclaré Recep Tayyip Erdogan ce jeudi 13 juillet, lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes, qualifiant la tentative de putsch de "tournant" dans l'histoire de la Turquie.

Multiplication des purges

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Un an plus tard, Recep Tayyip Erdogan salue la déroute des militaires facétieux et revendique une victoire démocratique. Mais les purges lancées depuis cette date par les autorités ont suscité l'inquiétude des partenaires occidentaux d'Ankara et d'organisations de défense des droits de l'Homme. Accusant le prédicateur Fethullah Gülen, un ancien allié d'Erdogan qui vit en exil aux États-Unis, d'être derrière le putsch - ce que nie l'intéressé -, le régime turc traque inlassablement ses sympathisants depuis un an : 50.000 personnes ont été arrêtées, plus de 100.000 ont été limogées par vagues successives.

Des limogeages nécessaires, selon Erdogan

Depuis, de nombreuses purges ont bouleversé les institutions : 4.000 magistrats ont été radiés et l'armée turque, la deuxième de l'Otan, est affaiblie, avec le limogeage d'au moins 150 généraux. Le gouvernement turc affirme que de telles mesures d'exception, prises dans le cadre de l'état d'urgence en place depuis un an, sont nécessaires pour nettoyer l'État des éléments gülénistes qui l'ont méthodiquement infiltré pendant des décennies. Mais, dépassant le cadre des partisans présumés de Fethullah Gülen, cette traque a aussi touché les milieux prokurdes, dont les principaux dirigeants politiques ont été écroués, des journalistes critiques ou encore des ONG. Ces développements ont profondément polarisé la société entre pro et anti-Erdogan

Un paysage politique fracturé, un président renforcé

Alors que tous les partis politiques avaient fait vœu d'unité après le traumatisme du 15 juillet, un an après, le paysage politique est plus fracturé que jamais. Un mouvement de protestation pour défendre "la justice" conduit par le leader du principal parti d'opposition (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, est ainsi parvenu à mobiliser des centaines de milliers de mécontents.

Ce vendredi 14 juillet encore, plus de 7.000 militaires, policiers et employés de plusieurs ministères ont été radiés par décret-loi. Le même jour, Fethullah Gülen a de nouveau rejeté tout lien avec le "putsch abject" et a dénoncé une "chasse aux sorcières" contre ses partisans. Les opposants du président turc l'accusent de dérive autocratique depuis la tentative de coup d'État, la plus violente et spectaculaire forme de contestation contre Erdogan depuis qu'il a accédé au pouvoir en 2003. Plus puissant que jamais à la faveur d'une révision constitutionnelle controversée, le président turc balaie les critiques, dénonçant un "manque d'empathie" de l'Occident, avec lequel les relations se sont tendues. 

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