3 min de lecture Syrie

Syrie : 104 femmes et enfants de jihadistes auraient été rendus à Daesh par les Kurdes

Les autorités kurdes auraient passé des accords avec des membres de l'organisation terroriste pour faire des échanges de prisonniers. 104 femmes et enfants auraient été rendus à l'État islamique.

Un soldat de la force arabo-kurde soutenue par les États-Unis près de Raqqa en novembre 2016
Un soldat de la force arabo-kurde soutenue par les États-Unis près de Raqqa en novembre 2016 Crédit : DELIL SOULEIMAN / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
et Thomas Prouteau

C'est une menace qui plane depuis des mois. D'après une grande ONG, des échanges de prisonniers entre les Kurdes de Syrie et l'État islamique (EI) - combattants contre femmes jihadistes - s'opèrent depuis quelques temps. L'avocat Martin Pradel a annoncé qu'on lui avait en effet confirmé 104 cas de libération de femmes et enfants de jihadistes, rendus à l'organisation terroriste. 

Contacté par RTL, le quai d'Orsay confie de pas avoir de confirmation de telles pratiques, mais reconnait des rumeurs à ce sujet, tout en soulignant les "excellentes relations" qu'il entretient avec les forces kurdes. Le 15 juin 2018, le quotidien britannique The Telegraph affirme que des "jihadistes de France et d'Allemagne ont été rendus à l'EI par les Kurdes", relève ainsi le journaliste spécialisé Wassim Nasr. 

L'avocat Martin Pradel, avec plusieurs confrères, alerte pourtant le gouvernement depuis le début de l'année du risque de confier les ressortissants français aux mains des Kurdes de Syrie, qui n'ont pas d'État, ni de justice, reconnu par la France. 

Si le représentant des Kurdes de Syrie assure à RTL qu'aucun échange n'est prévu pour les Françaises jihadistes, qu'il est hors de question de les rendre à Daesh, les avocats et les familles ne lui font pas confiance et selon Martin Pradel, on ne connait pas le détail des nationalités de ces femmes et enfants de retour dans les rangs de l'EI. D'autant que l'article du Telegraph vient contredire cette affirmation. 

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Cette mère est donc très inquiète du sort qui pourrait être réservé à sa fille et son petit-fils. "J'ai eu des messages et elle m'a dit que ça faisait quelques temps que les Kurdes échangeaient des prisonnières et les rendaient à l'État islamique, raconte-t-elle au micro de RTL. Elle m'a dit 'je ne veux absolument pas retourner là-bas, je ne veux pas être échangée'."


"Je suis inquiète, sa vie est en danger, mon petit-fils n'a pas à subir cette situation, poursuit-elle. Ma fille a fait une faute, elle le reconnaît, d'être partie là-bas. Son souhait c'est de revenir en France, de se présenter à la justice française, c'est pour ça que nous demandons de l'aide à la France pour la sortir de là".

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"J'ai eu des messages et elle m'a dit que ça faisait quelques temps que les Kurdes échangeaient des prisonnières et les rendaient à l'État islamique", raconte une mère française dont la fille est partie en Syrie Crédit Image : RTL | Crédit Média : Thomas Prouteau | Durée : | Date :

Dans une série de messages publiés sur Twitter, l'avocat engagé rappelle qu'il était "clair qu’aucun processus de justice n’est possible en l’absence d’ordre constitutionnel établi, de juges, d’avocats", et que, surtout, "en laissant totalement tomber les Kurdes de Syrie, (...) la France a rompu sa promesse de soutien politique, financier, militaire." 

Le 20 janvier dernier, l'armée turque a lancé une offensive à Afrine dans le nord de la Syrie. Pourtant alliés à l'Occident dans la lutte contre Daesh, les YPG (la branche syrienne du PKK) n'ont pas été soutenus par la coalition, au contraire. Emmanuel Macron les avait même qualifiés de "potentiels terroristes".

En avril dernier, les Kurdes menaçaient déjà la France de libérer certains de leurs prisonniers, évoquant le coût pour les nourrir et s'en occuper. "L’Europe ne nous a pas aidés à Afrine, pourquoi on continuerait à s’occuper de vos prisonniers de Daesh ? On en a capturé des milliers et personne ne nous a soutenus", menaçait ainsi Mizkeen Ahmad, une influente conseillère politique au sein de l’administration kurde.

Marti Pradel regrette alors : "La France avait une opportunité immense : celle de faire revenir les jihadistes français capturés, pour les juger, et les contrôler directement en les enfermant s’ils s’avéraient être dangereux", et appelle encore une fois le gouvernement à "tout entreprendre pour faire revenir les Français" et rappelle qu'il y a "aussi des innocents à sauver". Près de 60 jihadistes français adultes sont actuellement détenus en Syrie.

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