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Le camp Kigonze, pour les déplacés ayant fui les conflits dans la province d'Ituri, en République démocratique du Congo.
Crédit : Glody MURHABAZI / AFP
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La crainte d'une contamination massive. Alors que la République démocratique du Congo (RDC) est actuellement en proie à une importante épidémie d'Ebola, qui a déjà fait 246 morts, des millions de déplacés craignent une arrivée du virus dans les camps de fortune dans lesquels ils se sont réfugiés.
Car la province d'Ituri, épicentre de l'épidémie, est également déchirée par des conflits armés. L'est de la RDC "est désormais confronté à un choc catastrophique entre maladie et conflit", l'épidémie "prenant de vitesse la riposte" sanitaire dans l'Ituri, a alerté mercredi le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui doit se rendre à Bunia, capitale de la province, ce vendredi 29 mai.
Plus de 25.000 déplacés occupent le camp de Kigonze, construit en 2018. Pour l'heure, aucun cas d'Ebola n'y a été recensé, mais les conditions de vie dans le camp font craindre le pire. "Si Ebola arrive, nous serons exterminés car on est entassés", s'alarme auprès de l'AFP Dorcas Mapenzi, une déplacée du camp de Kigonze. "Nous, les déplacés ici, on n'a pas d'hygiène, nos enfants jouent à côté des toilettes sales et font même leurs besoins par terre au milieu des bâches qui nous servent de maison."
Déborah Nzale, veuve et mère de famille qui vit également dans ce camp, explique vivre avec neuf personnes dans un petit abri de 3m². "Avec ces conditions, comment allons-nous nous protéger contre cette maladie, alors qu'on nous parle de la distanciation pour lutter contre Ebola?" déplore-t-elle. "Si une seule personne est contaminée ici dans ce camp, tout le monde va mourir."
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D'autant qu'il n'existe à ce jour aucun vaccin contre le variant Bundibugyo, qui sévit actuellement en RDC, et dont le taux de létalité peut atteindre 50%. Les déplacés de Kigonze n'ont reçu aucun matériel de protection à ce stade. Si des dizaines de tonnes de matériel ont bien été envoyées en RDC et des équipes de l'OMS déployées, les moyens peinent à atteindre cette zone mal desservie et en proie à des groupes armés.
Kigonze n'est pourtant qu'un exemple de camp dans lequel une contamination pourrait avoir des conséquences dramatiques : l'Ituri compte près de 61 sites de déplacés, hébergeant plus de 970.000 personnes, selon le gouverneur de la province, le lieutenant général Johnny Luboya Nkashama, qui a demandé jeudi "le déploiement, le plus rapidement possible, du matériel ainsi que du personnel soignant qualifié et spécialisé".
Samedi dernier, les autorités congolaises ont annoncé suspendre les vols vers et depuis Bunia, les déplacements étant "un facteur de risque important" pour la propagation du virus. Seuls les vols humanitaires sont autorisés à atterrir dans la capitale de l'Ituri. Le patron de l'OMS doit justement s'y rendre ce samedi, et se veut optimiste : "Même si la situation est complexe, je pense qu'on peut arrêter cette chose", a-t-il déclaré.
À ce stade, l'épidémie a déjà fait 246 morts et la RDC a enregistré 1.000 cas suspects. Ces 50 dernières années, Ebola a tué plus de 15.000 personnes en Afrique. En RDC, l'épidémie la plus contagieuse avait fait près de 2.300 morts et 3.500 malades entre 2018 et 2020.
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