4 min de lecture

Renée Good, Alex Pretti... Comment Minneapolis est devenue le centre névralgique des tensions autour de la politique migratoire de Donald Trump

Déjà traumatisée en 2020 par la mort de George Floyd, la grande ville du Minnesota est devenue le nouvel épicentre de la contestation de l'ICE, la police de l'immigration. La colère gronde après les morts de Renée Good et Alex Pretti, à moins de trois semaines d'intervalle.

Un rassemblement en hommage à Alex Pretti, un infirmier de 37 ans tué par des agents fédéraux à Minneapolis (États-Unis), le 24 janvier 2026.

Crédit : ROBERTO SCHMIDT / AFP

Minneapolis : Obama et Clinton appellent les Américains à défendre leurs valeurs

00:02:16

Minneapolis : Romuald Sciora est l'invité de Jérôme Florin

00:06:41

AFP - édité par Jérémy Billault

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Le 23 janvier 2026, Alex Pretti, un infirmier américain de 37 ans, a été abattu par des agents fédéraux engagés dans des opérations anti-immigration à Minneapolis, dans le Minnesota. Trois semaines plus tôt, Renee Good, une mère de famille du même âge, avait été tuée dans la même ville, à un peu plus de 2 kilomètres de là, touchée par balles par des agents de l'ICE, police de l'immigration, au volant de sa voiture.

Depuis plusieurs semaines, la ville de Minneapolis, 400.000 habitants, terre démocrate connue pour son tissu associatif et sa diversité, est particulièrement ciblée par cette police fédérale et par les propos les plus véhéments de Donald Trump.

Dans les deux affaires, le président américain a directement mis en cause le "chaos" des élus démocrates de la ville et de l'État du Minnesota. Qualifiant le gouverneur démocrate Tim Walz, colistier de Kamala Harris en 2024, de "pathétique" et "faible", la Maison-Blanche l'a exhorté à coopérer avec les forces de l'ordre fédérales pour "dégager les immigrés illégaux violents et criminels".

Une affaire de corruption instrumentalisée par l'administration Trump

À l'origine de la montée de la violence de la police fédérale à Minneapolis se trouve notamment un scandale de corruption. Fin décembre, la droite américaine, administration Trump en tête, s'est saisie d'une vaste affaire de fraude aux aides publiques qui éclaboussait depuis plusieurs mois la très importante communauté somalienne du Minnesota, pour s'en prendre violemment à elle et durcir sa politique migratoire.

La vidéo d'un influenceur sur le sujet a enflammé les cercles conservateurs et déclenché une opération de contrôle de la police fédérale sur place, le vice-président JD Vance assurant que "ce qu'il se passe au Minnesota montre, à une échelle miniature, ce qu'est la fraude liée à l'immigration dans notre système".

Dans cette affaire de détournement de fonds publics aux ramifications multiples, plus de 300 millions de dollars ont été détournés par des suspects qui ont obtenu des subventions publiques pour distribuer des repas gratuits à des enfants, des repas jamais servis dans la plupart des cas. Des élus républicains et le procureur fédéral chargé du dossier accusent les autorités locales démocrates d'avoir, des années durant, fermé les yeux sur de nombreuses alertes, parce que l'affaire concernait la communauté somalienne du Minnesota, la plus importante du pays avec environ 80.000 membres.

À écouter

Minneapolis : Romuald Sciora est l'invité de Jérôme Florin

00:06:41

Si l'affaire a été rendue publique dès 2022, elle s'est emballée trois ans plus tard avec de nouvelles révélations. Le ministère de la sécurité intérieure a mené des opérations de police dans des sites de "fraude présumée" à Minneapolis et la ministre chargée des petites et moyennes entreprises, Kelly Loeffler, a gelé des financements vers le Minnesota, "le temps d'enquêter." Tom Emmer, élu de cet Etat du nord et ténor de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, a appelé à la "dénaturalisation et à l'expulsion de tous les Somaliens impliqués dans la fraude au Minnesota."

La communauté somalienne directement visée

Fin novembre, un média conservateur a affirmé que l'argent détourné dans le Minnesota finançait les shebab de Somalie, un groupe islamiste armé lié à Al-Qaïda - une accusation démentie depuis par le procureur chargé du dossier. Mais, sans attendre, Donald Trump avait accusé des "gangs somaliens de terroriser les habitants" du Minnesota et mis fin à un statut spécial qui protégeait les Somaliens de toute expulsion vers leur pays, "peut-être le pire pays et le plus corrompu sur terre" a martelé Donald Trump visant au passage Ilhan Omar, élue au Congrès et fervente démocrate d'origine somalienne.

Les raids menés par la police de l'immigration ont créé dès le mois de décembre "une ambiance dangereuse de chaos et d'instabilité",  selon le maire démocrate de Minneapolis Jacob Frey. "Trump transforme en boucs émissaires une infime partie de la population", s'est insurgée l'élue démocrate locale d'origine somalienne Zaynab Mohamed. "Ca n'a rien à voir avec la sécurité: ils veulent débarrasser le pays des gens comme moi".

À Minneapolis, la résistance s'organise

La tension provoquée par ces interventions est montée d'un cran début janvier à Minneapolis après la mort de Renée Good. Des groupes militants s'organisent et patrouillent dans la ville avec l'autorisation des autorités démocrates, des boucles WhatsApp qui ont surgi sur les téléphones pour avertir de l'arrivée dans les rues des policiers de l'ICE, des sifflets, des klaxons retentissent fréquemment à leur arrivée.

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey appelle le président américain à rétablir la paix, à mettre fin aux opérations de l'ICE. Après la mort de Renée Good, l'élu démocrate interpellait la police anti-immigration au cri de "Foutez le camp !" 

À écouter

"Il a riposté, il s'est défendu" : la Maison Blanche défend la police de l'immigration qui a abattu une femme à Minneapolis

00:01:12

En 2020, Minneapolis avait déjà été le théâtre de vastes mouvements de protestation, et de violences, après la mort de George Floyd, tué par un policier de la ville et dont la mort avait provoqué une vague d'indignation dans le monde entier.

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info