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"Projet Pegasus" : 3 questions pour comprendre l'affaire de cyberespionnage

DÉCRYPTAGE - Une trentaine de journalistes et de médias français ont été espionnés par les services de renseignements marocains via un logiciel espion israélien, baptisé Pegasus, selon un vaste enquête publiée lundi par plusieurs médias internationaux.

Illustration d'un smartphone devant la siège de NSO, entreprise ayant développé le logiciel "Pegasus", à Herzliya, près de Tel Aviv.
Illustration d'un smartphone devant la siège de NSO, entreprise ayant développé le logiciel "Pegasus", à Herzliya, près de Tel Aviv.
Crédit : JACK GUEZ / AFP
Thomas Pierre & Christophe Decroix

Un véritable répertoire téléphonique mondial. Des militants, dirigeants, journalistes ou opposants de toute la planète ont été espionnés via un logiciel israélien, baptisé "Pegasus", élaboré par l'entreprise NSO Group, selon une enquête publiée dimanche par dix-sept médias internationaux, dont Le Monde, The Guardian ou The Washington Post.

Le travail de ce consortium se fonde sur une liste obtenue par le réseau basé en France Forbidden Stories et l'ONG Amnesty International. Pas moins de 50.000 numéros de téléphones feraient ainsi, depuis 2016, l'objet d'une surveillance potentielle. 

Au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprise, seraient notamment visés. D'autres noms de personnalités figurant sur la liste, qui comprend notamment un chef d'Etat et deux chefs de gouvernement européens, devraient être divulgués dans les prochains jours.

Comment fonctionne-t-il ?

Le principe de ce logiciel espion : infiltrer un smartphone pour en récupérer les messages, photos, contacts et même écouter les appels de son propriétaire. 

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Créé officiellement pour traquer les terroristes et les criminels, Pegasus servirait en fait à traquer les opposants mais aussi à écouter des chefs de gouvernement ou d'entreprises dans des dizaines de pays, en écoutant les conversations mais aussi en aspirant toutes les données des téléphones, y compris les conversations sécurisées comme WhatsApp. 


Le réseau social avait d'ailleurs déposé plainte dès 2019 contre NSO, l'accusant d'avoir fourni la technologie pour infecter les smartphones d'une centaine de journalistes, défenseurs de droits humains et autres membres de la société civile dont différents pays dont l'Inde. 

Qui est concerné ?

En France, ce sont avant tout des journalistes de Mediapart, du Monde, du Canard Enchainé ou de l'ancien correspondant de l'AFP au Maroc qui a écrit des livres critiques sur le Roi Mohamed VI, qui sont concernés, mais aussi des diplomates, des hauts fonctionnaires, des élus, des sportifs, des prêtres ou des imams, des youtubeurs et des avocats. 

Le site d'information français Mediapart a annoncé lundi le dépôt d'une plainte à Paris. "Les numéros des téléphones portables de Lénaïg Bredoux et d'Edwy Plenel (cofondateur du site) figurent parmi les dix mille que les services secrets du Maroc ont ciblés en utilisant le logiciel espion fourni par la société israélienne NSO", a confirmé Mediapart dans un article publié lundi.

Amnesty International avait déjà dénoncé en 2020 l'infection du téléphone du journaliste marocain Omar Radi par ce logiciel espion. Dans son article, Mediapart explique, détails à l'appui, comment cet espionnage de téléphones a coïncidé avec "la répression du journalisme indépendant au Maroc", et notamment à l'encontre du journaliste d'investigation. 


Sur cette liste figure également le numéro du journaliste mexicain Cecilio Pineda Birto, abattu en mars 2017, ainsi que ceux de correspondants étrangers de plusieurs médias dont le Wall Street Journal, CNN, France 24, Mediapart, El Pais, ou l'AFP. 

Comment a procédé l'enquête ?

Pour parvenir à ces révélations, les journalistes du "Projet Pegasus" ont rencontré une partie des détenteurs des numéros ciblés et récupéré 67 téléphones qui ont subi une expertise technique dans un laboratoire d'Amnesty. Elle a confirmé une infection ou une tentative d'infection par le logiciel espion de NSO pour 37 appareils, dont 10 situés en Inde. 

Deux des téléphones appartiennent à des femmes proches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d'agents venus d'Arabie saoudite, selon les résultats de l'enquête. Pour les 30 autres, les résultats ne sont pas probants, souvent car les propriétaires des numéros ont changé de téléphone.

"Il y a une forte corrélation temporelle entre le moment où les numéros sont apparus sur la liste et leur mise sous surveillance", précise le Washington Post. Cette analyse s'ajoute à une étude, menée en 2020, par le Citizen Lab de l'université de Toronto, qui avait confirmé la présence de Pegasus dans les téléphones de dizaines d'employés de la chaîne Al-Jazeera du Qatar.

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