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Elon Musk, l'improbable allié des journalistes pour collecter les images des violences en Iran

Face à la censure sévère du régime iranien, le réseau de communication par satellite d'Elon Musk, Starlink, semble être le seul encore capable de fournir des images des scènes sanglantes dans le pays, en proie à d'importantes manifestations.

Des Iraniens se rassemblent tout en bloquant une rue lors d'une manifestation à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026.

Crédit : MAHSA / Middle East Images / Middle East Images via AFP

La guerre des images en Iran

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La guerre des images en Iran

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William Galibert - édité par Ennio Aparicio-Szkudlarek

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C'est une bataille entre un régime qui veut éteindre la lumière et son peuple qui essaye à tout prix de la garder allumée. Sur RTL ce matin, un témoin iranien s'est exprimé : "Si Internet était rétabli, vous sauriez l'ampleur de ce qui se passe, vous verriez le nombre de morts". 

Ce témoin, appelé Reda pour protéger son anonymat, a contourné la censure du régime. Il est l'illustration de la bataille menée par les médias du monde entier pour authentifier les fragments d'informations venant d'Iran.


L'une des clés en ce moment s'appelle Starlink, le système de satellites privés lancé par Elon Musk, qui fournit un accès Internet direct sur place. Pas besoin du réseau iranien, déjà rabougri et désormais totalement coupé. Avec Starlink, une petite antenne suffit et le signal part directement vers le monde extérieur. 

C'est comme ça que RTL a pu communiquer avec Reda. Une opération risquée, sous la menace des autorités iraniennes qui tentent de tracer et de localiser ces communications qui s'effectuent par satellite. 

S'il vous plaît, assurez-vous de dire clairement qu'ils tuent des gens avec des munitions réelles !

Témoignage d'un iranien auprès du quotidien britannique Le Guardian

Dans Le Guardian, un autre Iranien témoigne, lui aussi via satellite, et explique pourquoi il prend ces risques, en implorant ses interlocuteurs : "S'il vous plaît, assurez-vous de dire clairement qu'ils tuent des gens avec des munitions réelles ! Continuez à couvrir la situation ! Nous avons besoin d'aide ! Des snipers ont été postés derrière la zone de Tajrish", un quartier huppé de Téhéran, dit-il.

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Un autre témoin explique à la BBC avoir vu "des tirs à balles réelles en pleine tête et en plein cœur". Si manifester est risquer sa vie, oser le raconter l'est également. La chaîne BBC Persian, basée à Londres, a vérifié que 70 corps ont été apportés dans un hôpital de la ville de Rashid, au nord du pays. Elle a aussi authentifié des affrontements entre manifestants et forces de sécurité à Mashhad, la deuxième ville locale. 

De son côté, le New York Times a confirmé la véracité d'une autre vidéo montrant des dizaines de corps alignés dans des housses mortuaires noires à 
Kahrizak, dans la banlieue de Téhéran. 

Google Earth, météo, bâtiments... La course aux indices

La clé de cette récolte d'information, c'est la géolocalisation. Chaque image, bâtiment, rue, même les minarets et les carrefours, sont examinés. On compare avec les données satellites comme via l'application Google Earth, des photos anciennes ou encore avec des cartes pour ancrer la scène dans un lieu réel. 

On n'hésite pas à s'aider de la chronologie, la lumière, la météo de ce jour-là ou d'autres vidéos qui peuvent montrer la même scène sous un autre angle. On vérifie que les sons, les cris et les tirs coïncident exactement. Ce travail est aussi effectué en France par l'AFP.

Si une balle est tirée et que quelque chose lui arrive, ne venez pas vous plaindre.

Propos d'un présentateur de la télévision d'Etat iranienne, dimanche 11 janvier

Voilà pourquoi des agents en civil s'en prennent spécifiquement à ceux qui brandissent leur téléphone dans les manifestations. Dimanche 11 janvier, un présentateur de la télévision d'État a demandé aux parents d'empêcher leurs enfants de sortir dans les rues : "S'il se passe quelque chose, si quelqu'un est blessé, si une balle est tirée et que quelque chose lui arrive, ne venez pas vous plaindre".

Les témoignages et les vidéos arrivent en décalage, au compte-gouttes, mais arrivent tout de même. Et la bataille continue entre ceux qui veulent cacher et ceux qui vont montrer.

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