2 min de lecture Terrorisme

Mort d'Adbemalek Droukdel : quelles conséquences pour Aqmi ?

La mort d'Abdelmalek Droukdel ne résout pas les violences dans la région où existent de nombreux autres groupes terroristes.

Christophe Pacaud RTL Petit Matin Week-end Christophe Pacaud
>
Mort du chef d'Aqmi : quelles conséquences ? Crédit Image : AFP PHOTO/ HO | Crédit Média : Jérôme Florin | Durée : | Date : La page de l'émission
Carpentier-795x530
Stéphane Carpentier et AFP

Le fondateur d’Al Qaïda au Maghreb islamique, Adbemalek Droukdal, a été éliminé par des militaires français dans le nord du Maroc, près de la frontière avec l’Algérie, son pays d’origine.
 
Âgé de 49 ans, Adbemalek Droukdel s’était spécialisé dans les explosifs et la prise d’otages mais son influence avait décliné ses dernières années. Ses successeurs risquent donc de se déchirer selon Jean-Pierre Filiu, professeur à Science Po Paris et spécialiste du djihadisme : "La mort de Droukdel va forcer les djihadistes au Sahel à une espèce d’épreuve de vérité (...). Ils avaient un chef qui était là sans être là, qui les commandait, qui était leur émir sans être vraiment leur émir. La question du pouvoir va se poser très crûment et en fait c’est peut-être ça le plus dangereux, c’est la surenchère entre les groupes, du fait de leur éclatement, de leur éparpillement, de leurs querelles de pouvoir et de leurs querelles de butin."

On ne résoudra pas les problèmes uniquement en coupant des têtes."

Denis Tull, spécialiste Afrique de l'Ouest à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire
Partager la citation

Plusieurs des proches collaborateurs d’Abdelmalek Droukdel ont également été neutralisés. Cette opération, selon l'armée américaine, est un "coup de pied dans la fourmilière" jihadiste, explique Denis Tull, spécialiste Afrique de l'Ouest à l'IRSEM (Institut de recherche stratégique de l'École militaire) à Paris.

Mais, pense-t-il "on ne résoudra pas les problèmes uniquement en coupant des têtes. C'est très bien de neutraliser certains leaders, ça va affaiblir les structures dans une certaine mesure mais on a vu sur d'autres terrains que la décapitation des chefs n'était jamais suffisante".

Abdelmalek Droukdel est loin d'être le seul leader jihadiste au Sahel : la région, endeuillée depuis 2012 par des violences qui ne cessent de s'aggraver, est la zone d'opérations de plusieurs groupes jihadistes.

Des violences persistent entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali

À lire aussi
Un soldat français de la force Barkhane au Sahel. opération Barkhane
Les infos de 8h - Terrorisme : des enfants soldats attaquent les militaires français au Sahel

Il y a le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM selon ses initiales en arabe), lié à Al-Qaïda, dont fait partie Aqmi. Cette alliance formée en 2017 réunit aussi d'autres groupes, parmi lesquels les principaux sont Ansar Dine, dirigé dans le nord du Mali par Iyad Ag Ghaly, et la katiba Macina, fondée dans le centre du pays par Amadou Koufa.

Dans la zone dite des "trois frontières" entre Niger, Burkina Faso et Mali, un autre groupe est très présent : l'État islamique au Grand Sahara (EIGS, affilié à l'EI), dirigé par Adnan Abou Walid Sahraoui. Depuis de nombreux mois, c'est dans cette région des trois frontières, dans le Centre malien et l'Est burkinabé que se concentrent les violences. "Sur le terrain, aujourd'hui, les groupes qui agissent le plus (ceux de Koufa et de Sahraoui, ndlr) ne sont pas sous la coupe de Droukdel", note Ibrahim Maïga, de l'Institut d'études de sécurité (ISS) à Bamako.

"La position insurrectionnelle va être maintenue par ces groupes-là, même si la mort de Droukdel leur montre que personne n'est à l'abri, que Barkhane peut frapper dans leurs rangs", ajoute-t-il. "C'est un beau résultat" mais "ça ne règle pas le problème du Sahel", résume un expert de l'antiterrorisme en France, sous couvert d'anonymat.

Car ces problèmes sont légion : attaques récurrentes souvent à dimension intercommunautaire - au moins 26 villageois ont encore été tués vendredi dans le centre du Mali -, problèmes politiques - soupçons de détournements de fonds au Niger, contestation grandissante du pouvoir au Mali -, et des accusations d'exactions contre les armées nationales qui se multiplient. "Tout cela risque peut-être d'éclipser cette mort", observe Ibrahim Maïga.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Terrorisme Al-Qaïda Maghreb
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants