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3 min de lecture
Friedrich Merz
Crédit : RALF HIRSCHBERGER / AFP
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"Tout vient à point à qui sait attendre." Ce vieux dicton pourrait être le mantra du gouvernement de Friedrich Merz. Au pouvoir depuis mai 2025, le chancelier conservateur est passé à l'offensive après une année d'hésitation. Refonte du système de santé, baisse massive de la fiscalité et allongement du temps de travail : Berlin engage un traitement de choc afin de relancer une machine économique grippée tout en redressant des comptes publics dans le rouge.
Il faut dire que l’Allemagne n'avait plus le choix. Entre la concurrence chinoise qui asphyxie ses exportations et un vieillissement démographique qui pèse sur sa productivité, la première puissance d’Europe s'était enlisée dans la récession.
Mais outre-Rhin, on sait regarder la réalité en face quand l'urgence l'impose. C’est la grande force de nos voisins. Au début des années 2000, Gerhard Schröder (SPD) avait imposé les très douloureuses réformes du marché du travail (les lois Hartz), au prix de son avenir politique. Vingt ans plus tard, le parallèle est évident. Bien qu'impopulaire et talonné par l’AfD, Friedrich Merz choisit lui aussi la voie des réformes impopulaires mais jugées vitales. Il fait ce que les Français n'ont jamais fait en 50 ans et que nous ne ferons sans doute jamais si on ne nous y oblige pas.
Le premier pilier de ce big bang concerne les retraites. Les conservateurs de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD envisagent de repousser l’âge légal de départ au-delà de 67 ans (la borne actuelle). Pour compenser, le gouvernement mise sur une accélération de la capitalisation, un mécanisme déjà bien ancré dans la culture allemande, contrairement à la France.
Deuxième axe : la fiscalité. Le plan prévoit un coup de pouce de 10 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les bas revenus et les classes moyennes. Pour financer l'effort, les plus riches seront mis à contribution avec une hausse de la fiscalité dès 280.000 euros de revenus annuels.
Enfin, la santé. La ministre Nina Warken (CDU) a acté un plan d'économies drastique de 16 milliards d’euros pour équilibrer l'assurance maladie. Personne n'est épargné : déremboursements, indexation des cotisations sur les recettes et création d'une taxe sur les produits sucrés.
Face à cette thérapie de choc, le contraste avec l'Hexagone est saisissant. Dans la zone euro, la rigueur allemande sert de bouclier à la monnaie unique. Une solidité financière qui permet paradoxalement à la France de différer ses propres réformes sans risquer une crise immédiate sur les marchés.
Ce diagnostic repose aussi sur les chiffres. La croissance allemande reste fragile, comme celle de la France, avec 0,5 % annoncé dans les deux pays. Mais les écarts budgétaires sont nets. Le déficit allemand est donné à 3,7 % contre 5,1 % pour la France.
Surtout, la dette allemande représente 65 % du PIB, contre 118 % pour la France. C’est là que la comparaison devient la plus lourde de conséquences : l’Allemagne conserve des marges de manœuvre budgétaires, la France beaucoup moins.
La question n’est plus de savoir si la France doit imiter l'Allemagne : la réponse est oui. La vraie interrogation est politique : quel dirigeant aura le courage d'imposer de tels sacrifices ?
Et si ce courage manque à Paris, qui finira par nous y contraindre ? Ni le FMI, ni la BCE ne semblent aujourd'hui en mesure de dicter leur loi à la deuxième économie de la zone euro. Pourtant, la plupart de nos voisins européens ont déjà fait leurs devoirs ces dernières années.
La formule de Valérie Pécresse lors de la présidentielle 2022, "la France crame la caisse", n'a pas pris une ride. Derrière le slogan, la réalité est dramatique : à force de vivre au-dessus de ses moyens, le pays est en train de léguer une facture colossale aux générations futures. L'Allemagne, elle, a choisi de solder ses comptes avant qu'il ne soit trop tard.
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