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Lesotho : la Première dame a-t-elle assassiné la précédente épouse de son mari ?

La femme du Premier ministre du royaume Africain du Lesotho est soupçonnée du meurtre de la précédente épouse de son mari. Un scandale qui a contraint le dirigeant âgé de 80 ans à la démission.

Le Premier ministre du Lesotho Thomas Thabane et sa nouvelle épouse Maesaiah, le 16 juin 2017.
Le Premier ministre du Lesotho Thomas Thabane et sa nouvelle épouse Maesaiah, le 16 juin 2017. Crédit : SAMSON MOTIKOE / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

L'affaire est digne d'une série télévisée. Elle en comprend tous les ingrédients : assassinat au sommet de l'Etat, divorce houleux, l'épouse du Premier ministre inculpée. Il s'agit pourtant de la réalité au Lesotho. Depuis 2017, ce petit royaume africain aux montagnes majestueuses et aux pistes de ski est le théâtre d'une haletante intrigue politique et de mœurs impliquant des protagonistes de haut-rangs. 

Mariée au chef de l'Etat (qui est le Premier ministre dans ce pays, ndlr) Thomas Thabane, 80 ans, Maesaiah Thabane est accusée du meurtre de la précédente épouse de son mari, rappelle The Economist. Le 14 juin 2017, Lipolelo Thabane, âgée de 58 ans, est assassinée alors qu'elle rentre chez elle en voiture dans la capitale Maseru. 

Un crime qui intervient deux jours seulement avant la prestation de serment de Thomas Thabane au poste de Premier ministre. Le couple est alors en instance de divorce précise BBC Afrique. Deux mois plus tard, le tout nouveau chef de l'Etat épouse Maesaiah, aujourd'hui âgée de 43 ans.

Inculpée du meurtre de sa rivale

Pendant deux ans, l'enquête policière piétine quand, coup de théâtre en janvier 2020, la police convoque la Première dame. Elle est introuvable et un mandat d'arrêt est lancé. À la suite d'un accord entre son avocat et la police, Maesaiah Thabane se présente finalement aux autorités le 4 février dernier et est inculpée du meurtre de Lipolelo Thabane.

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La Première dame est libérée après une nuit au commissariat, en échange d'une caution de 1.000 loti (61 euros ou 67 dollars), provoquant l'incompréhension de la population. La victoire du parti de Thomas Thabane aux législatives de 2017, la Convention de tous les Basothos (ABC), avait suscité un espoir de stabilité dans un pays à l'histoire politique chaotique, marquée par des coups d'Etat militaires. 

"C'est comme un roman, sauf que c'est vrai"

Comble du désenchantement, en janvier, le Premier ministre a lui-même été interrogé. Le chef de la police a fait état d'un appel téléphonique suspicieux localisé sur le lieu du crime et passé depuis le téléphone portable de Thomas Thabane.

"Notre pays n'est jamais tombé si bas, avec le deuxième personnage de l'Etat lié au crime", estime Nqosa Mahao, numéro 2 du parti ABC en proie à des divisions. "L'image du pays en prend un coup. En tant que nation, nous sommes traumatisés." "C'est comme un roman, sauf que c'est vrai", ajoute-t-il, jugeant "toxique" le climat politique dans le pays.

Démission du Premier ministre

La faction de son parti a exigé la démission du Premier ministre, qui a accepté, invoquant son âge avancé. Thomas Thabane n'a cependant pas encore donné de date pour son départ. Au cours de la dernière décennie, aucun Premier ministre n'a fini son mandat de cinq ans au Lesotho.

Le principal parti d'opposition, le Congrès démocratique, acquiesce. "L'état de droit dans ce pays s'est effondré", juge son dirigeant Mathibeli Mokhothu. Cette affaire "nous fait honte, il est notre Premier ministre, il est le visage du pays". "Nous sommes mécontents et l'instabilité atteint un niveau jamais constaté auparavant", ajoute Mathibeli Mokhothu, réclamant aussi la démission de Thomas Thabane.

Le parti ABC doit encore s'entendre sur le nom d'un successeur pour succéder à Thomas Thabane. Dans les rues, la population est fatiguée par ce scandale. "Nous ne savons pas ce qui se passe dans notre pays", s'indigne une fonctionnaire de 38 ans, Dineo, qui préfère taire son nom de famille. "On élit des gens et ils ne cessent de nous décevoir. C'est la goutte qui fait déborder le vase. (...) Je ne voterai plus".

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