En Direct
4 min de lecture
Une manifestation contre la vie chère à Téhéran en Iran, le 29 décembre 2025.
Crédit : HANDOUT / FARS NEWS AGENCY / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
Il était le Guide suprême de l'Iran depuis 1989. La mort d'Ali Khamenei, 86 ans, tué dans des frappes israélo-américaines, a pu donner l’impression d'un basculement historique. Pourtant le régime des mollahs n’est pas tombé, maintenu en place par les Gardiens de la Révolution. "Soyez courageux, soyez héroïques et reprenez le pouvoir", a lancé Donald Trump aux Iraniens, lundi 2 mars.
Si l’opposition iranienne existe bel et bien, elle se heurte à des obstacles considérables qui rendent le renversement de la République islamique compliqué. Comme le souligne Mariam Pirzadeh, rédactrice en chef de France 24, invitée sur RTL lundi 2 mars, "l’opposition iranienne est en prison pour beaucoup". Les personnalités susceptibles d’incarner une alternative politique ont été neutralisées par le pouvoir ou ont quitté le pays.
Elle cite notamment la prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, "en cellule d’isolement actuellement, en très mauvaise santé". Dans ces conditions, structurer un mouvement national cohérent relève presque de l’impossible.
L'opposition iranienne souffre de l’absence d’organisation. "Il n’y a pas de structure", insiste Mariam Pirzadeh sur RTL. Les soulèvements surgissent de manière spontanée, souvent pour des raisons économiques avant de se transformer en contestation politique. Mais ces mobilisations ne débouchent pas sur une direction unifiée.
Ce mouvement fait face à une répression violente et armée, tandis que les manifestants sont "à mains nues", "ils n'ont pas d’armes les Iraniens" rappelle-t-elle. Khamenei "a donné l’ordre de leur tirer dessus avec des armes de guerre. Il a donné l’ordre de leur tirer dessus avec des kalachnikovs et des douchkas", ajoute-t-elle. Face à un appareil sécuritaire militarisé, la contestation civile est clairement désavantagée.
La peur constitue un autre frein majeur. Même après la mort du Guide suprême iranien, "ceux qui sont sortis spontanément le soir de sa mort, aujourd’hui se cachent parce qu’ils ont peur d’être arrêtés. Ils n’ont pas le droit de pouvoir montrer leur joie". Les services de renseignement, explique-t-elle, sont disséminés au cœur même des quartiers résidentiels : "Ils se noient dans les quartiers résidentiels". Cette omniprésence entretient un climat de surveillance permanente qui décourage l’organisation clandestine.
Le régime même affaibli demeure bien en place. "Ça reste un régime qui est théocratique et militaire. Les gardiens de la révolution sont extrêmement puissants", explique la journaliste franco-iranienne. Il repose sur une architecture solide "s’il faut entraîner l’Iran dans le chaos pour rester au pouvoir, ils le feront", prévient-elle.
L'opposition doit également composer avec la partie de la population qui soutient toujours la République islamique. "Il y a une partie, une minorité, très infime minorité des Iraniens qui soutiennent encore ce régime (…) on estime que c’est 10% de la population iranienne", explique-t-elle.
Cette minorité comprend des convaincus idéologiques, des bénéficiaires du système et des personnes contraintes d’y participer. Ce noyau dur, même réduit, suffit à fournir au régime une base mobilisable. En témoignent les images de rassemblements organisés en hommage au Guide suprême après l’annonce de sa mort.
La question de l’alternative politique reste ouverte. Des figures en exil comme Reza Pahlavi évoquent une transition et un référendum sur la nature du futur régime. Mais la journaliste Mariam Pirzadeh rappelle que la monarchie menée par le dernier Shah (le père de Reza Pahlavi) était elle-même autoritaire et que la révolution de 1979 "n'est pas arrivée de nulle part".
Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), établi à Paris depuis 1981, se présente également comme une alternative politique transitoire et a même proclamé un gouvernement provisoire samedi. Composé 456 membres, ce conseil assure représenter la pluralité de l’Iran, avec toutes ses minorités. Celles-là même qui ont été réprimées pendant le règne du dernier Shah d'Iran.
Interviewé par 20 minutes, l'un de ses membres, Afchine Alavi, estime que "Pahlavi n’est pas un fédérateur, c’est un facteur de division". "Il y a les unités de résistance constituées des moudjahiddines du peuple (démocrates musulmans favorables à un état laïc), elles ont la capacité à contrer le régime. Il y a aussi au sein des communautés qui composent l’Iran (kurde, baloutche, etc.) des groupes organisés", assure-t-il.
"Il est illusoire de penser que, sous les frappes, la population va se soulever alors qu’un de ses soucis est de se préserver des bombardements, de tenter de secourir les civils touchés", précise-t-il également.
La difficulté majeure de l’opposition iranienne ne réside pas dans l’absence de volonté populaire. "Il y a une envie commune de voir, évidemment, ce régime tomber", affirme Mariam Pirzadeh. Mais entre aspiration et prise de pouvoir, l’écart est immense. Sans structure, sans leadership libre, face à un appareil sécuritaire prêt à tout, la résistance iranienne demeure profondément entravée.
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte