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Des cargos au large de Fujairah, ville des Emirats Arabes Unis, dans le détroit d'Ormuz.
Crédit : Giuseppe CACACE / AFP
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Le détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport du pétrole et du gaz, connaît un blocage inédit qui bouleverse le commerce maritime mondial. Cette situation sans précédent touche non seulement les exportations énergétiques, mais aussi de nombreux secteurs industriels, des cosmétiques à l'agroalimentaire, en passant par l'automobile et les produits pharmaceutiques. Les principaux armateurs internationaux ont immobilisé leurs navires, provoquant des retards de livraison et une hausse des coûts logistiques.
Cette route permet surtout les exportations de produits pétroliers et gaziers des pays du Golfe. Le détroit est un point de passage clé du commerce de pétrole. Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent. Mais l'accès au détroit d'Ormuz n'est pas primordial sur la grande route Asie-Europe, car le chemin se finit en cul-de-sac aux abords du Koweït, de l'Irak et de l'Iran, soulignent les analystes.
En revanche, le passage du détroit est essentiel pour les échanges régionaux puisqu'il permet aux marchandises d'arriver au port de Dubaï, Jebel Ali, 10e port mondial de conteneurs, et plaque tournante de redistribution pour plus d'une dizaine de pays de la région. A Jebel Ali, les porte-conteneurs sont déchargés sur des bateaux plus petits à destination de pays allant de l'Afrique de l'est à l'Inde, souligne Anne-Sophie Fribourg, vice-présidente de l'union TLF qui regroupe tous les commissionnaires de transport en France, c'est-à-dire les intermédiaires entre les exportateurs/importateurs et les armateurs.
Historiquement, le détroit n'avait jamais été totalement fermé à la circulation maritime. Même pendant la guerre du Golfe, "il n'y a jamais eu d'arrêt total des échanges" via le détroit d'Ormuz, soulignent plusieurs experts. Pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, il y a eu des attaques de pétroliers, mais le passage commercial a été maintenu, note Paul Tourret, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime français.
Le "gel" actuel du transit à Ormuz est "sans précédent", ajoute Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département recherches au centre d'Etudes stratégiques de la Marine, en France. Car depuis le début des frappes sur l'Iran, les plus grands armateurs, l'italo-suisse MSC, le danois Maersk, le français CMA CGM, l'allemand Hapag Lloyd et le chinois Cosco ont donné l'ordre à leurs bateaux de ne plus bouger et se mettre à l'abri.
Sur la carte Marine Traffic, où l'on peut suivre le parcours et l'avancée des bateaux à travers le monde, on discerne des "groupes de bateaux", surtout des pétroliers, à l'arrêt tout au nord près du Koweït, mais aussi près de Dubaï, ainsi que la présence de la flotte de commerce iranienne devant le port iranien de Bandar Abbas sur l'autre rive du détroit.
L’Allemagne exporte principalement des voitures, des machines et divers produits industriels via le détroit d’Ormuz. Depuis la France, ce sont surtout des céréales, des produits agricoles, des cosmétiques, ainsi que des articles de luxe et pharmaceutiques qui transitent par cette route. L’Italie envoie de l’agroalimentaire, du marbre et des céramiques, tandis que les Pays-Bas se distinguent par leurs exportations agroalimentaires, souligne Anne-Sophie Fribourg de TLF.
Dans le sens de l'exportation, outre les produits pétroliers et gaziers, dont sont issus les engrais et les plastiques, le Moyen-Orient compte pour 9% de la production mondiale d'aluminium primaire, dont la quasi-totalité est exportée, selon TD Commodities.
Plusieurs plateformes d'e-commerce ont prévenu leurs clients que les temps de livraison allaient se rallonger, de quelques jours chez Temu et Shein à une dizaine de jours chez Amazon, selon Bloomberg. Les prix du fret sont déjà en train d'augmenter, notamment en raison de surcoûts imposés par les armateurs pour les livraisons dans la région.
Pour la liaison Europe-Asie, les bateaux n'empruntent plus non plus le passage par la mer Rouge et le canal de Suez en raison de craintes liées à la reprise d'attaques de Houthis, alliés de l'Iran. Il faut compter une dizaine de jours de mer de plus en passant par le cap de Bonne Espérance, au bout de l'Afrique du Sud, et un surcoût d'environ 30%.
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