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"Faites gaffe à la mousse" : la mise en garde d'un serveur de bar de Crans-Montana, 6 ans avant l'incendie mortel

Six ans avant l’incendie qui a coûté la vie à 40 personnes dans le bar Le Constellation à Crans-Montana, un serveur alertait déjà sur les risques liés aux matériaux du plafond. Une vidéo exhumée par la RTS révèle que le danger était connu de longue date dans cet établissement très fréquenté de la station suisse, aujourd’hui au cœur d’une enquête pénale pour homicide par négligence.

Des personnes se rassemblent pour rendre hommage aux victimes de l'incendie qui a ravagé le bar Constellation dans la station de ski alpine de luxe de Crans-Montana le soir du Nouvel An, le 4 janvier 2026.

Crédit : MAXIME SCHMID / AFP

Yasmine Boutaba

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Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, un incendie meurtrier s’est déclaré dans le bar Le Constellation, établissement de nuit bondé situé au cœur de la station huppée de Crans-Montana, en Suisse. Le feu a provoqué un mouvement de panique dans un espace confiné, faisant au moins 40 morts, dont neuf Français, et 119 blessés. Un événement qualifié de "l'une des pires tragédies du pays" par le président de la Confédération suisse, alors qu'un employé du bar avait déjà mis en garde contre le risque d'incendie, quelques années plus tôt.

Dans une enquête révélée par le média suisse RTS ce lundi 5 janvier, un serveur du bar avait déjà mis en garde contre un risque majeur lors de la soirée du Nouvel An 2019-2020. Sur une vidéo vérifiée par ce média, on entend l’employé lancer à des clients : "Faites gaffe à la mousse". Il faisait référence aux protections phoniques installées au plafond du bar, à proximité immédiate des feux de Bengale fixés sur les bouteilles commandées pour le réveillon.

La scène, filmée à l’époque par une cliente, a refait surface après le drame du 1er janvier dernier. "On était très proche du plafond et c’est pour ça que le serveur a fait ce commentaire", a témoigne l’auteure de la vidéo auprès de la RTS. "En tant qu’adulte, il réalisait qu’il y avait peut-être un risque". 

Pourtant, le propriétaire du Constellation a affirmé le 2 janvier dernier auprès du média suisse Tgd que "tout était dans les normes". Une amie de Jacques Moretti, le propriétaire, avait appuyé la défense du couple en confirmant sur RTL qu'"Il y a eu trois contrôles en 10 ans".

Des inquiétudes exprimées dès la rénovation de 2015

En remontant l’histoire du bar, la RTS a mis en lumière des failles de sécurité connues depuis plusieurs années. Dès 2015, lors de la transformation du sous-sol en haut lieu des nuits de Crans-Montana par ses repreneurs français, des doutes avaient été exprimés sur la qualité des matériaux utilisés et le respect des normes incendie.

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Deux notables de la station ont confirmé avoir fait part de leurs craintes. "T’inquiète", leur aurait répondu le patron de l’établissement. L'ancien employé interrogé par la RTS a par ailleurs évoqué une ambiance très festive et des pratiques à risque assumées. "On montait sur les tables, sur les épaules, avec des bougies scintillantes. On portait souvent les bouteilles en l’air pour bien les montrer". Avant d’ajouter "Ça aurait aussi pu arriver que ce soit moi qui mette le feu au plafond".

Une issue de secours inutilisable et des sorties non conformes

L’unique porte de secours située au sous-sol du bar était inutilisable. Selon l'ex-employé interrogé, elle était condamnée et ne permettait pas d’évacuer les lieux. "Pour sortir les poubelles ou les verres, je devais toujours remonter. Je ne pouvais pas utiliser cette sortie-là" a-t-il expliqué. 

Cette porte débouchait en réalité sur des caves et la cage d’entrée de l’immeuble, sans offrir de véritable échappatoire. La seule issue depuis le sous-sol restait un escalier étroit et raide menant au rez-de-chaussée, puis une porte de terrasse couverte en plexiglas. Une porte qui, là encore, n’était pas aux normes : elle s’ouvrait vers l’intérieur, à l’inverse des prescriptions de sécurité destinées à éviter les phénomènes d’agglutinement en cas de panique. Un scénario qui s’est tragiquement matérialisé lors de la nuit de l’incendie.

Des responsabilités désormais au cœur d’une enquête pénale

Reste une question centrale : pourquoi ces failles n’ont-elles pas été détectées plus tôt par les autorités chargées de la protection incendie ? À ce stade, aucune réponse claire n’a été apportée par les autorités. 

Pour l'heure, une enquête pénale a été ouverte contre les deux gérants français du bar, accusés d’"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence". 

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