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"Fahrenheit 11/9" : Michael Moore dénonce Donald Trump et tout le système américain

NOUS L'AVONS VU - Disponible en VOD depuis le 31 octobre, "Fahrenheit 11/9" est le dernier documentaire engagé signé Michael Moore, qui, cette fois, s'en prend à tout un système politico-médiatique responsable, selon lui, de l'élection de Donald Trump.

Michael Moore dans son dernier documentaire, "Fahrenheit 11/9", en VOD le 31 octobre
Michael Moore dans son dernier documentaire, "Fahrenheit 11/9", en VOD le 31 octobre Crédit : DR
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

"J'espère qu'il ne fera jamais un film sur moi". C'est ce que confiait Donald Trump en 1998 en parlant du documentariste américain Michael Moore. Il est pourtant l'objet principal de son nouveau film, Fahrenheit 11/9, en référence à la date de l'élection du 45e président des États-Unis, (14 ans après Fahrenheit 9/11disponible en VOD depuis le 31 octobre.

À l'approche des Midterms, ce documentaire politiquement engagé vise à déclencher une prise de conscience chez les citoyens américains en dénonçant la personnalité et les opinions du magnat de l'immobilier, et plus encore, tout le système américain qui a permis son arrivée à la Maison Blanche.

Donald Trump en prend de tous les côtés. Il est allègrement qualifié de "pervers narcissique" et largement comparé à Adolf Hitler, de part son racisme et son ascension au pouvoir. La relation qu'il entretient avec sa fille est abordée, également sa manière de traiter les médias et sa déclaration de candidature à la présidence qui n'était en réalité, d'après Michael Moore, qu'une provocation de plus, devenue réalité.

Ce fil rouge (orangé) revient tout au long des deux heures du film, entre de nombreux autres sujets comme la tuerie à Parkland en Floride et le mouvement de collégiens qui en a découlé ; la grève des professeurs de Virginie-Occidentaleles candidats démocrates des Midterms ; les soutiens de Donald Trump considérés comme des prédateurs sexuels ; une virulente critique du comportement des médias vis-à-vis de l'argent que leur a rapporté la victoire de l'actuel locataire du bureau ovale.

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Parmi tous ces sujets, nous avons retenu deux grands axes de dénonciation de ce nouveau documentaire - un peu fourre-tout - signé Michael Moore.

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FAHRENHEIT 11/9 Bande Annonce (2018) Michael Moore, Donald Trump Date :

Le scandale sanitaire de Flint

La France a peu entendu parler de ce scandale sanitaire mis sous les projecteurs de Michael Moore. La ville de Flint - majoritairement peuplée d'une population afro-américaine et latino-américaine - dans le Michigan a été victime d'une intoxication de l'eau au plomb qui a poussé Barack Obama à déclarer l'état d'urgence sanitaire en 2016.

Le réalisateur pointe un responsable : le gouverneur Rick Snyder, élu en 2010. Michael Moore souligne que c'est aussi un proche de Donald Trump. Ancien PDG, il a déclaré à ses électeurs vouloir diriger son État comme une entreprise. "Je suis au service des citoyens, ce sont mes clients", lâche-t-il dans une interview en 2012. Pour Michael Moore, il est un "aperçu" de ce qu'allait donner la présidence de Donald Trump à la tête des États-Unis.

Ce gouverneur a changé l'alimentation de la ville en eau, jusque-là approvisionnée par le lac Huron grâce à des pipelines publics. Le gouverneur a fait construire un nouveau pipeline - privé cette fois - et la ville est passée du lac à la rivière Flint.

L'eau des robinets est devenue marron après seulement quelques jours, et surtout, elle est contaminée au plomb. Des symptômes sont rapidement apparus chez les enfants de Flint, qui, selon une médecin interviewée dans le documentaire, ont tous ingéré du plomb et qui ajoute : "Il n'y a pas de seuil tolérable de plombémie dans le corps (..) et c'est irréversible". Cette eau a aussi abîmé les pièces automobiles de l’usine General Motors du coin. C'est donc le lac Huron qui a recommencé à l'alimenter, mais seulement l'usine, pas les habitants.

Les résultats des tests sanguins sur les enfants auraient été trafiqués par le gouvernement selon April Cook Hawkins, la gestionnaire des cas à Flint, qui témoigne à la caméra. "Si quelqu'un avait des taux élevés, le Département de la santé ne voulait pas que ça apparaisse", explique-t-il. Le secret a été gardé par le gouverneur et l'État pendant presque un an et demi. "C'est un acte délibéré" de la part de Rick Snyder, ajoute le shérif Robert Pickell, "c'est un acte criminel".

"Il n'y a plus de démocratie, c'est ce qu'on doit retenir de Flint", se désole la médecin. "Aucune organisation terroriste n'avait trouvé le moyen d'empoisonner tout une ville américaine. Il a fallu attendre le parti républicain du Michigan et son PDG de gouverneur pour que ça arrive", commente, à son tour, Michael Moore.

Douze personnes sont mortes de l'épidémie de la légionellose, contractée à cause de cette eau. Cinq personnes ont été inculpées pour homicide involontaire en juin 2017, dont le chef du département de la santé du Michigan, Nick Lyon. L'eau, quant à elle, est toujours contaminée, selon les habitants interrogés.

La défaite de la démocratie aux États-Unis

Derrière ses nombreux angles d'attaque, Michael Moore critique, au fond, le système américain dans son ensemble. C'est ce système qui a permis l'élection et l'impunité de Rick Snyder à Flint, qui a provoqué la défaite de Bernie Sanders à la primaire, et, bien sûr, l'arrivée de Donald Trump au pouvoir. 

Pour Michael Moore, les démocrates ne veulent pas vraiment gagner. Et quand ils gagnent, ils misent sur le compromis qui les fait, selon lui, gouverner comme des républicains. "Les vétérans ont essayé de modérer les candidats, de les garder au centre pour qu'ils ne fassent pas de vague. Autrement dit, de les faire perdre", analyse Michael Moore.

Mais surtout, selon lui, il n'y a pas vraiment de démocratie aux États-Unis. "On ne peut pas prétendre à la démocratie si celui qui obtient le plus de voix, ne gagne pas". C'est en effet ce qui est arrivé en 2016 pour Hillary Clinton qui devançait Donald Trump de près de 3 millions de suffrages, faisant de lui le cinquième candidat remportant une élection présidentielle sans avoir obtenu le plus grand nombre de voix. Il rappelle que 100 millions de citoyens américains n'ont pas voté, ils représentent ainsi "le plus grand parti du pays".

Pour Michael Moore, c'est une énorme perte de foi envers la classe politique qui serait à l'origine de ce détournement des bureaux de vote. "La pire chose qu'a faite Barack Obama, a été d'ouvrir la voie à Donald Trump", juge le réalisateur. Un avis illustré par la venue de l'ancien président à Flint, où il a goûté l'eau en déclarant qu'il n'y avait pas de crise, plusieurs mois après avoir déclaré l'état d'urgence sanitaire. Un geste qui a largement outré ses électeurs afro-américains.

"Sous le mandat de Barack Obama, on a enfermé plus de lanceurs d'alerte que sous les mandats de tous les autres présidents réunis. Il a utilisé des drones pour bombarder des civils. Et il a expulsé un nombre record d'immigrés et de réfugiés"au moins 2,4 millions de personnes raccompagnées à la frontière ou renvoyées dans leur pays.

Avec différents intervenants, Michael Moore alerte sur les risques d'une dérive fasciste aux États-Unis, qui passerait notamment par l'abstention des électeurs. L'un de ses interlocuteurs précise que dans ce pays, le régime "aspire à la démocratie", mais qu'elle n'est pas véritablement établie.

"Dans quelques mois, nous comprendrons que la démocratie dont on rêvait, n'existera jamais", prédit le réalisateur qui se demande, finalement, "pourquoi sauver cette Amérique ?".

Et de conclure : "L'Amérique que je veux sauver, est une Amérique qui n'a jamais existé (...) À croire qu'on a parfois besoin d'un Donald Trump pour nous faire comprendre que la chose à faire est de se débarrasser de tout ce système gangrené qui a conduit à Trump". Voilà le propos de fond de ce documentaire engagé, enrichissant mais quelque peu décousu et brouillon.

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