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États-Unis : Joe Biden peut-il vraiment limiter la prolifération d'armes ?

ÉCLAIRAGE - Joe Biden veut interdire les fusils d'assaut aux États-Unis après la tuerie de Boulder. Mais sa loi a peu de chances de passer, selon des spécialistes.

Joe Biden le 6 janvier 2021
Joe Biden le 6 janvier 2021
Crédit : JIM WATSON / AFP
Coline Daclin

C'est l'un des grands débats qui agitent les États-Unis depuis de nombreuses années. La prolifération d'armes divise le pays : faut-il la limiter, pour éviter les fréquentes tueries, ou laisser à chacun la liberté de posséder des armes, en accord avec la Constitution ? 

Le président Joe Biden souhaite au moins réguler le port d'armes. Il a réclamé mardi 23 mars l'interdiction des fusils d'assaut, après une nouvelle attaque dans le Colorado qui a fait 10 morts.

Cette demande n'est pas nouvelle de la part du démocrate. En 2013 déjà, alors qu'il était vice-président de Barack Obama, il avait conseillé aux Américains qui souhaitaient de défendre avec une arme d'acheter un fusil de chasse plutôt qu'un fusil d'assaut, rapporte Le Monde. En août 2019, pendant les primaires démocrates, il avait promis un programme de rachat de ces fusils pour "se débarrasser" de ces "armes de guerre", indique Le Figaro. Plus récemment, pour les trois ans de la tuerie du lycée de Parkland en Floride à la mi-février, il avait appelé le Congrès à agir pour limiter la circulation des armes à feu. Il demandait encore une fois une interdiction des fusils d'assaut, et d'imposer une vérification systématique des antécédents pour tout achat d'arme, selon BFMTV.

Une (trop) courte majorité au Parlement

Si la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, sont en faveur d'une régulation des armes à feu, convaincre les parlementaires américains de voter de telles lois paraît difficile. En effet, Joe Biden ne dispose que d'une courte majorité dans les deux chambres du Parlement, et les républicains restent en grande majorité opposés aux réformes sur le port d'armes.

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"Cette majorité étroite du camp démocrate décuple le pouvoir de certains élus républicains modérés ou démocrates centristes", explique à RTL.fr Marie-Christine Bonzom, politologue et journaliste spécialiste des États-Unis. Eux seuls pourraient donc faire basculer la balance. "Or, le sénateur démocrate Joe Manchin, désormais connu pour son vote clé au Parlement, s'est précipité pour annoncer qu'il ne soutiendrait pas le projet de loi de Joe Biden", poursuit-elle. 

D'autant qu'il ne suffit pas forcément d'avoir une majorité simple pour faire passer la loi. Au Sénat, il faut s'assurer d'avoir au moins 60 voix sur les 100 sièges pour ne pas avoir à faire face à l'obstruction parlementaire. Sans celles-ci, un opposant à la loi peut employer la technique du "filibuster" : parler sans interruption pour épuiser son auditoire. En vérité, la simple menace de l'utilisation de cette technique suffit souvent à bloquer les débats et empêcher le vote de la loi. 

Un droit inscrit dans la Constitution

"Même si on peut imaginer que la loi remporte une majorité avec la voix de Kamala Haaris, les Républicains ne laisseront pas le vote avoir lieu", analyse Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste de la société américaine. 

Selon un sondage Morning Consult/Politico du 10 mars dernier, jusqu'à 84% des Américains seraient en faveur d'une vérification des antécédents des personnes achetant une arme. Pourquoi alors une telle opposition des Républicains ? "Ils ont une vraie terreur, c'est que s'ils fléchissent sur ce sujet, la NRA [National Rifle Association, le principal lobby pro-armes, NDLR] lance une campagne contre eux pour les prochaines élections", soutient Nicole Bacharan.

Surtout, le droit des citoyens à porter des armes est inscrit dans la Constitution des États-Unis : c'est le deuxième amendement. "Le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé", indique-t-il. Pour mettre en place une législation véritablement contraignante sur le sujet, il faudrait donc peut-être en passer par une réforme constitutionnelle. "C'est une procédure longue, complexe, qui nécessite d'obtenir des majorités aux trois quarts dans les États... Autant dire que la perspective de réussite est quasi-nulle", assure Marie-Christine Bonzom.

Avant la fusillade du lundi 22 mars à Boulder dans le Colorado, la ville avait déjà décrété une interdiction sur les "armes de type fusil d'assaut" et les chargeurs à grande capacité. La mesure avait été prise après la tuerie de Parkland en 2018. Mais selon le journal Denver Post, un juge avait suspendu cette interdiction la semaine dernière.. 

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