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Des divergences "qui risquent de s'accentuer avec le temps" : sur la guerre en Iran, Donald Trump et Benjamin Netanyahu s'éloignent de plus en plus

Aussi bien sur le plan tactique que sur le plan stratégique, Donald Trump et Benjamin Netanyahu s'éloignent de plus en plus sur leurs objectifs pour la guerre en Iran.

Donald Trump et Benyamin Netanyahou (image d'illustration)

Crédit : Montage RTL/AFP

AFP - édité par Marine Langlois

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La relation entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu est de leur propre aveu au beau fixe. Mais plus la guerre en Iran dure et plus les intérêts du président américain et du Premier ministre israélien divergent, selon des experts. Tant sur le plan tactique, par exemple sur le choix des cibles, que sur le plan stratégique, à savoir le moment où chacun pourra crier victoire. 

Le président Trump, qui reconnaît des "différences" avec Benjamin Netanyahu, a marqué son désaccord jeudi 19 mars avec la frappe israélienne ayant visé le champ gazier de South Pars, en Iran. La République islamique a riposté en attaquant une raffinerie au Qatar, semant la zizanie sur les marchés financiers. "Je lui ai dit de ne pas faire ça, et il ne le fera plus", a-t-il affirmé à la Maison Blanche. 

Les deux dirigeants entretiennent une relation étroite, "extraordinaire" même à en croire Donald Trump. "Bibi", comme l'adoube le président américain, assure lui qu'il n'y a jamais eu deux dirigeants aussi à l'unisson que Trump et lui-même. Le dirigeant israélien a effectué pas moins de six déplacements à Washington depuis le retour au pouvoir du républicain, dont l'un quelques jours avant le début de la guerre déclenchée le 28 février. 

Des divergences "qui risquent de s'accentuer avec le temps"

Sur le plan tactique, les deux alliés historiques ont opéré une division claire des tâches : Israël se concentre sur le leadership iranien, ayant tué l'ayatollah Ali Khamenei au premier jour de la guerre et de nombreux autres hauts responsables, tandis que les États-Unis visent les installations militaires et de missiles. 

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Auditionnée jeudi devant une commission parlementaire, la cheffe des services du renseignement américain, Tulsi Gabbard, n'a pas dit autre chose. "Les objectifs fixés par le président diffèrent de ceux fixés par le gouvernement israélien", a-t-elle relevé. "Les opérations menées montrent clairement que le gouvernement israélien s'est attaché à neutraliser les dirigeants iraniens", tandis que les objectifs du président "sont de détruire la capacité de l'Iran à lancer des missiles balistiques, sa capacité de production de missiles balistiques, ainsi que sa marine et sa capacité à poser des mines", a-t-elle dit. 

Mais alors que le président Trump assure avoir "décimé" les capacités militaires de l'Iran, Israël a dit disposer encore de "milliers de cibles" à frapper en Iran, et promis de continuer à viser des responsables, dont le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei. C'est là que les deux visions peuvent entrer en collision. 

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"Israël et les États-Unis partagent un certain nombre d'objectifs communs, mais il existe des divergences, qui risquent d'ailleurs de s'accentuer avec le temps", a affirmé Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël sous Barack Obama. "Et je pense qu'il ne fait aucun doute qu'Israël souhaiterait poursuivre cette campagne et espère qu'elle aboutira à la chute du régime, pour des raisons tout à fait compréhensibles", a-t-il dit sur CNN. 

"Les Israéliens sont assez cohérents. Ils ne cachent pas que leur objectif est un changement de régime", renchérit Yossi Mekelberg, du cercle de réflexion Chatham House à Londres, alors que le président Trump souffle le chaud et le froid à cet égard. "Quand tout se passe à merveille, tout le monde est content (...). Si les choses commencent à vraiment mal tourner, et nous savons bien que Trump n'est pas du genre sentimental, alors les accusations vont fuser", dit-il à l'AFP.

Un guerre impopulaire chez les Américains

Le conflit a en tout cas franchi une étape en visant massivement des sites de production, en plus du stockage et du transport du pétrole et du gaz, entravant l'approvisionnement mondial. Sur le plan stratégique, Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont tous deux évoqué au début de la guerre un changement de régime en Iran, mais le président américain semble depuis s'en être éloigné. 

Cette guerre est impopulaire auprès de l'opinion publique américaine, y compris au sein d'une partie de la base électorale de Trump, et a entraîné une hausse des prix de l'essence pour les consommateurs ainsi que des turbulences sur les marchés à quelques mois des élections de mi-mandat en novembre. 

Trump entretient également des relations étroites avec les monarchies arabes du Golfe, alliées de longue date des États-Unis, qui servent de bases aux troupes américaines et de ce fait sont prises pour cibles par l'Iran. Selon Brian Katulis, du Middle East Institute à Washington, "il n'est pas inconcevable que Trump estime que le coût de cette guerre devient trop élevé et entrave sa politique intérieure". Encore faut-il qu'il "trace une porte de sortie honorable", ajoute l'expert.

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