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Coronavirus : ce qu'on sait et ce qu'on ignore encore sur l'épidémie

DÉCRYPTAGE - Pékin a indiqué mercredi 29 janvier que le bilan était désormais de 132 morts et 5.974 cas confirmés de contamination en Chine continentale.

Une jeune femme portant un masque chirurgical pour se protéger du coronavirus.
Une jeune femme portant un masque chirurgical pour se protéger du coronavirus. Crédit : Niklas HALLE'N / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Taux de mortalité, niveau de transmission entre humains, moment où un malade devient contagieux, période d'incubation... De nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer l'impact mondial de l'épidémie provoquée par ce nouveau coronavirus.

Mercredi 29 janvier, les autorités sanitaires ont indiqué que 26 décès supplémentaires dus au virus parti de Chine ont été enregistrés depuis la veille, portant le bilan à 132 morts et 5.974 cas confirmés de contamination en Chine continentale (hors Hong Kong).

Un chiffre qui dépasse désormais le nombre d'infections enregistré lors de l'épidémie de Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003. Le Sras avait fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale. Que connaît-on précisément de l'épidémie et que nous reste-t-il toujours à savoir ? 

Quel taux de mortalité?

Aucun patient n'est mort hors de Chine, alors qu'une soixantaine de malades ont été répertoriés dans une quinzaine d'autres pays, de l'Asie et l'Australie à l'Europe, l'Amérique du Nord et le Moyen-Orient.

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À ce stade, on ne peut connaître avec précision le taux de mortalité lié à ce nouveau coronavirus baptisé 2019-nCoV, puisqu'on ne sait pas combien de personnes sont réellement infectées.

Ce taux est "aujourd'hui clairement inférieur à 5%", a jugé mardi la ministre française de la Santé Agnès Buzyn. Et il baisse chaque jour, puisque proportionnellement, il y a plus de nouveaux cas confirmés que de décès. Le nouveau virus "est moins mortel que celui du Sras ou du Mers. Par contre, il a l'air plus contagieux", selon la ministre de la Santé.

Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus, vaste famille à laquelle appartient le nouveau virus: le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).

Quel niveau de contagion?

Différents experts ont tenté d'estimer le nombre de gens contaminés par une personne infectée. Appelé "taux de reproduction de base" (ou R0), ce paramètre est important pour cerner la dynamique d'une épidémie.

Plusieurs estimations vont de 1,4 à 3,8, ce qui est jugé modéré, explique à l'AFP David Fisman, professeur à l'université de Toronto. Mais des scientifiques chinois ont produit une estimation plus élevée, selon laquelle une personne pourrait en contaminer plus de 5 autres.

"Si cela se confirme, cela pourrait expliquer en partie la hausse rapide du nombre de cas" détectés en Chine, selon J. Stephen Morrison, du Centre pour les études stratégiques internationales (CSIS) à Washington. Cette hausse pourrait toutefois aussi venir du fait que "la capacité de détection s'est améliorée dans les hôpitaux chinois", a nuancé Agnès Buzyn.

À quel stade un patient est-il contagieux?

Cette question cruciale reste encore sans réponse. Dimanche, les autorités chinoises ont avancé que la contagion était possible avant même que des symptômes n'apparaissent (ce qui est le cas pour la grippe mais ne l'était pas pour le Sras).

Toutefois, cette hypothèse s'appuie sur l'observation de quelques cas et n'est pas confirmée avec certitude. "Il est urgent de mener des recherches sur cette question", insiste le Pr Mark Woolhouse de l'université d'Edimbourg (Ecosse).

"Notre principal espoir de contrôler l'épidémie est d'identifier rapidement les patients touchés et de les isoler pour éviter la contagion", rappelle-t-il. "Si la transmission du virus avant même l'apparition des symptômes se confirmait à large échelle, l'efficacité de telles mesures serait compromise".

Quel niveau de transmission entre humains?

L'essentiel des cas de contagion directe entre humains a été observé en Chine. Trois autres cas ont été rapportés au Vietnam, en Allemagne et au Japon. Le risque de telles transmissions est "très bas dans les pays développés", selon J. Stephen Morrison.

Cependant, si des cas étaient exportés "vers certains pays d'Afrique ou d'autres continents où les moyens de sécurité sanitaire sont limités, de gros foyers épidémiques pourraient alors éclater hors de Chine". "Cela pourrait être le prélude à une pandémie mondiale", ajoute J. Stephen Morrison, en précisant que pour l'heure, un tel scénario n'est que théorique.

Quelle période d'incubation?

C'est la durée entre l'infection par le virus et l'apparition des premiers symptômes. Les derniers éléments en date semblent montrer qu'elle pourrait être plus courte que ce qu'on pensait. L'OMS l'estimait lundi à deux à dix jours en moyenne. 

Mais pour certains cas, c'est plus rapide: sur 34 patients chinois étudiés par des chercheurs aux Pays-Bas, la moyenne de la période d'incubation était de 5,8 jours.Quant à un Vietnamien de 27 ans contaminé par son père revenu de Wuhan, les symptômes sont apparus en seulement trois jours, selon une lettre parue mardi dans la revue médicale américaine NEJM. 

C'est la fourchette haute de la période d'incubation, 14 jours, qu'a retenue la France pour fixer la durée de l'isolement auquel seront soumis ses ressortissants rapatriés de Wuhan.

Quels symptômes?

La maladie respiratoire provoquée par le nouveau coronavirus et le Sras ont des symptômes communs, selon l'observation des 41 premiers cas repérés en Chine. Tous ces patients avaient une pneumonie, la quasi-totalité avait de la fièvre, les trois quarts toussaient, plus de la moitié avait des difficultés respiratoires.

Mais "il y a d'importantes différences avec le Sras, comme l'absence de symptômes affectant les voies aériennes supérieures (nez qui coule, mal de gorge, éternuements)", analyse le Pr Bin Cao, auteur principal de ces travaux publiés dans The Lancet.

L'âge moyen des 41 patients est de 49 ans et moins d'un tiers souffrait de maladies chroniques (diabètes, problèmes cardiovasculaires...). Près d'un tiers a présenté une détresse respiratoire aiguë et six sont morts. Il n'existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes, dont la fièvre.

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