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Coronavirus au Japon : Avigan, masques et état d'urgence... La situation complète

ÉCLAIRAGE - Le Japon ne se confine toujours pas et 5.000 cas ont été détectés. Radiographie d'un bon élève.

Une femme portant un masque à Tokyo le 7 avril 2020
Une femme portant un masque à Tokyo le 7 avril 2020 Crédit : Behrouz MEHRI / AFP
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
et AFP

Face au Covid-19, le Japon faisait figure d'exemple pour les pays développés. Cerné au premier titre par sa proximité géographique avec la Chine et la Corée du Sud, sous le feu de projecteurs avec le paquebot Diamond Princess coincé dans le port de Yokohama pendant des semaines, le Japon s'en sortait étonnamment bien jusque-là.

Mais depuis la mise sous cloche d'une partie de l'Europe occidentale et l'arrivée du virus aux Etats-Unis, la pandémie fait vaciller même les systèmes les plus confiants. Jusqu'à l'arrivée du printemps, le Japon espérait encore que le monde jugulerait l'épidémie à temps pour que les Jeux olympiques de 2020 deviennent la grande fête de l'après-coronavirus. Les faits et les chiffres ont eu raison de cet optimisme. Plus de 5.000 cas d'infections ont été détectés dans le pays, un pays qui est loin de mener des tests à grande échelle sur sa population. 107 personnes sont décédées, auxquels s’ajoutent 11 passagers décédés du Diamond Princess.

Si le Japon ne pouvait plus accueillir un monde confiné, il semblerait que les Japonais connaissent à leur tour une hausse du nombre des contaminations. La culture japonaise qui applique la distanciation sociale et le port du masque depuis des décennies est-elle la clé ou un mirage ? Quelles sont les mesures mises en place par le gouvernement de Shinzo Abe pour répondre à la crise sanitaire et économique ?

Un état d'urgence très souple

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré mardi 7 avril 2020 l'état d'urgence pour un mois dans plusieurs régions où les cas de Covid-19 ont connu dernièrement une forte augmentation. Ce statut ne va pas pour autant entraîner un confinement imposé comme en France ou en Italie. Les autorités locales comptent toujours la bonne volonté des habitants pour respecter les consignes.

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Avant de déclarer officiellement l'état d'urgence, le Premier ministre a dû consulter un groupe de travail constitué d'experts médicaux et juridiques, qui a donné mardi son feu vert. Son périmètre ne concerne pour l'heure que 7 préfectures sur les 47 que compte le pays. Le but, comme en France, est d'éviter une surcharge des services hospitaliers.

Les préfectures concernées sont Tokyo et les régions limitrophes de Chiba, Kanagawa et Saitama, la préfecture d'Osaka et de sa voisine Hyogo ainsi que la préfecture de Fukuoka dans le sud du pays. Ces régions englobent plus de 50 millions de personnes, soit environ 40% de la population du pays.

Jusqu'ici, une seule autre région japonaise avait été concernée par un état d'urgence similaire, décidé par les autorités locales : l'île septentrionale de Hokkaido. Lancé fin février, le dispositif avait été levé au bout de trois semaines, un reflux significatif des cas ayant été constaté. 

Pas de contravention pour les promeneurs

Les gouverneurs peuvent désormais demander aux habitants de limiter leurs déplacements autant que possible ou demander aux commerces jugés non essentiels et attirant beaucoup de monde de baisser temporairement le rideau. Aucune interdiction générale ou système de contravention n'a été mis en place. Le Japon rechigne toujours à instaurer des mesures coercitives de ce genre, sans doute une leçon de l'histoire après la gouvernance militariste et nationaliste du début du XXe siècle. 

Les transports publics continent de fonctionner avec une fréquence réduite et la plupart des commerces et services essentiels comme les supérettes et les banques restent ouverts.

Les provinces concernées par l'état d'urgence pourront en revanche réquisitionner si besoin des bâtiments ou terrains afin d'y accueillir des unités de soins. Cela peut passer par imposer aux propriétaires la construction ou l'installation d'un hôpital de campagne, ou à des entreprises de libérer de la place pour accueillir des patients. Les gouverneurs peuvent fermer des bâtiments publics, comme des écoles et des musées. 

Les établissements scolaires sont d'ailleurs fermés à l'échelle nationale depuis février. La rentrée scolaire qui se déroule traditionnellement au printemps et non en septembre comme chez nous était très particulière. Les élèves étant parfois appelés à se rendre dans leur collège ou lycée le premier jour pour finalement être renvoyés chez eux une heure plus tard.

Le choc du télétravail

Si les habitudes professionnelles japonaises changent avec l'arrivée de nouvelles générations plus portées sur la notion d'équilibre entre bureau et loisirs, la pandémie pousse les entreprises à muter plus profondément. De nombreux habitants de Tokyo se sont déjà organisés en télétravail, ce qui a entraîné une baisse significative de la fréquentation des transports publics de la capitale, habituellement bondés.

Les appels de la gouverneure Yuriko Koike de Tokyo à éviter de sortir ces deux derniers week-ends ont largement vidé les rues de la capitale, qui vivait pourtant les derniers jours de la période de floraison des cerisiers, si importante pour les Japonais qui pique-niquent en nombre dans les parcs pendant le mois d'avril.

Avigan, la "chloroquine" japonaise

Le plan gouvernemental prévoit 2.500 milliards de yens pour aider les établissements de santé à gérer la hausse des cas de Covid-19 dans le pays, et pour financer le développement de médicaments contre le coronavirus.

Si les Français ont le Pr. Didier Raoult et la fameuse hydroxychloroquine qui pourraient aider les patients et provoquent un débat scientifique inédit dans le pays, les Japonais ont eu aussi leur molécule chouchou. Une molécule produite par un grand nom de l'industrie japonaise, plus connue pour ses appareils photos.

Le gouvernement a annoncé vouloir considérablement renforcer ses stocks du médicament antiviral Avigan, déjà commercialisé et fabriqué par le groupe japonais Fujifilm, pour être en mesure de traiter jusqu'à 2 millions de patients. Selon des études cliniques chinoises, Avigan (favipiravir) permettrait d'accélérer le temps de guérison de patients atteints du Covid-19. Fujifilm cherche à confirmer ces résultats, avec un essai clinique récemment lancé au Japon.

Où sont les masques ?

Les Japonais connaissent bien les masques chirurgicaux. Ils sont utilisés pour éviter de propager les grippes et autres rhumes depuis des décennies. Il s'agit d'un best-seller dans les petites pharmacies de quartier qui mélangent vitamines, cosmétiques et matériels médicaux sous leurs néons blancs. Comme en Corée du Sud, le masque était devenu un outil très pratique pour limiter les épidémies, mais aussi un accessoire de mode ou un outil bien pratique pour éviter de se maquiller voire améliorer la vie des introvertis qui pouvaient ainsi échapper à certaines petites conversations.

La culture plutôt collectiviste des Japonais les incitait depuis longtemps à faire attention au bien-être des autres et à ne pas gripper l'économie toute entière par un présentéisme mal placé ou des éternuements mal canalisés dans le métro. Mais comme partout dans le monde, le Japon manque de masques. La production était loin d'être "made in Japan" et la renationalisation de ces industries apparaît désormais comme une nécessité.

Le plan du gouvernement doit permettre la fabrication et la distribution de 15 millions de masques en avril. Les destinataires principaux seront les établissements de santé. Près de 130 millions de masques en tissu réutilisables doivent être fabriqués et envoyer aux personnes âgées et aux femmes enceintes en priorité. Les autorités souhaitent envoyer deux masques réutilisables par la Poste à chaque ménage. Une mesure qui coûtera 420 millions de dollars. Le gouvernement a aussi demandé à ce que 50.000 lits d'hôpitaux soient créés ou réservés pour traiter des cas sévères. La production d'appareils respiratoires et un usage plus important de la télémédecine vont être également encouragés.

Cicatriser le secteur touristique

Des mesures d'un montant total de 8.500 milliards de yens (72 milliards d'euros) ont été prévues pour relancer le tourisme et les loisirs, l'hôtellerie-restauration et les transports après la crise sanitaire. Des bons d'achat et des tarifs attractifs seront offerts pour orienter la consommation vers ces secteurs. Des animations seront également financées pour revitaliser des centres commerciaux. Des événements sportifs et culturels, ainsi que des campagnes pour promouvoir le retour de touristes étrangers au Japon figurent également à l'agenda.

Les frontières japonaises se sont fermées quelques jours après la mise sous cloche de pays comme la France ou l'Espagne. "À compter du 27 mars, le gouvernement japonais a mis en œuvre une interdiction totale d’entrer au Japon pour toute personne non japonaise ayant séjourné dans un pays européen, dont la France, dans les 14 jours précédant son arrivée. Cette interdiction d’entrer sur le territoire (qui s’ajoute aux suspensions de la validité des visas délivrés avant le 20 mars, suspensions de l’exemption des visas pour les courts séjours, auto-quarantaine pendant deux semaines au retour d’un nombre croissant de pays...) s’applique aussi aux Français résidents au Japon qui souhaiteraient y retourner après avoir séjourné dans un des pays visés par l’interdiction d’entrée dans les 14 jours précédant leur arrivée, note l'ambassade de France au Japon. Seuls les conjoints de citoyens japonais peuvent encore bénéficier d'un traitement spécial pour rejoindre leurs familles. 

Sauver l'économie

Le Japon a dégainé un plan d'aide d'un montant record de 108.000 milliards de yens (915 milliards d'euros) pour amortir le choc de la pandémie de coronavirus sur son économie, affectée également par l'état d'urgence déclaré pour plusieurs régions dont Tokyo.

Ce plan équivaut à 20% du PIB annuel du pays. La majeure partie des fonds (80.000 milliards de yens) a pour objectif de protéger les emplois et éviter la faillite à des petites et moyennes entreprises. Le gouvernement va renforcer des subventions publiques pour aider les entreprises à payer les salaires, les intérêts sur leurs emprunts et à éviter de licencier leurs effectifs.

Des institutions financières soutenues par l'Etat vont aussi offrir des prêts à taux zéro, et des primes allant jusqu'à 2 millions de yens (près de 16.900 euros) seront distribuées aux PME dont les ventes ont plongé d'au moins 50%. Des baisses d'impôt et d'autres compensations seront également disponibles pour les organisateurs d'événements dont les autorités ont demandé le report ou l'annulation.

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