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COP26 : pourquoi l'Inde peine-t-elle à renoncer au charbon ?

ÉCLAIRAGE - Alors même que New Delhi, capitale la plus polluée au monde, est souvent plongée dans un brouillard toxique, l'Inde a mené la charge pour affaiblir les engagements contre le charbon lors du sommet de la COP26, privilégiant sa croissance économique au détriment de l'avenir de la planète.

Une autoroute à New Dehli, en Inde
Une autoroute à New Dehli, en Inde
Crédit : Sajjad HUSSAIN / AFP
Pollution en Inde : New Delhi ordonne la fermeture des écoles pour une semaine
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Caroline Dietrich & Thomas Pierre & AFP

L'Inde est est accusée par certains d'avoir fait échouer la COP26 sur ses exigences liées au charbon. La capitale New Delhi vient d'ordonner la fermeture des écoles pour une semaine, en raison d'un nuage de pollution. En cause des millions de pétards utilisés lors d'une récente fête hindoue. La fumée dégagée par des feux agricoles, mais aussi la pollution constante dans cette ville aux 20 millions d'habitants.

Cette terrible pollution atmosphérique empoisonne les habitants de la capitale depuis plusieurs jours. Comme chaque année à la même période, ils suffoquent dans un épais brouillard toxique. Les enfants sont particulièrement vulnérables et les parents comme Shelly Khanna, démunis face à la situation : "Je suis venu diner avec mon bébé mais d’habitude, je la sors à peine. Je préfère la garder à l’intérieur et je lui mets déjà un masque alors qu’elle n’est encore qu’une toute petite".
 
Le gouvernement de New Delhi, capitale la plus polluée au monde, a donc décidé de fermer les écoles pour une semaine. Elles venaient pourtant tout juste de rouvrir après avoir été fermées en raison de la pandémie de coronavirus. Smita Sharma est mère de deux enfants : "Avec cette pollution, les enfants sont encore une fois condamnés à rester en intérieur, après la vague de coronavirus, nous espérions, nous avions commencé à renvoyer nos enfants au parc et jouer aux balançoires, et maintenant à cause de cette pollution tout le monde est à nouveau renvoyer à l’intérieur."

Une dépendance économique

L’air est tellement pollué que la Cour Suprême a même suggéré d’imposer un confinement à New Delhi. Pour autant lors du sommet de la COP26, l'Inde aura mené la charge pour affaiblir les engagements contre le charbon privilégiant sa croissance économique. Le troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre s'est en effet entendu avec la Chine pour atténuer la formulation sur les énergies fossiles lors de la conférence de Glasgow, obligeant les participants à un compromis : l'accord sur le climat engage à une "réduction" au lieu d'une "sortie" du charbon.

Les raisons de cette résistance indienne à une lutte plus ambitieuse contre les carburants polluants sont à chercher du côté de son besoin d'énergie bon marché, pour alimenter une économie en expansion et sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. "Nous avons une grande population qui n'a toujours pas atteint un niveau de vie minimum de base", explique Samrat Sengupta, spécialiste du changement climatique au Centre pour la Science et l'Environnement, basé à New Delhi.

70% de l'électricité indienne

La consommation de charbon a presque doublé lors des dix dernières années et cette énergie produit 70% de l'électricité indienne. Le gouvernement n'a durci qu'à reculons les réglementations pour les usines de charbon et a encore annoncé l'an dernier une série de ventes aux enchères de mines pour stimuler la production nationale.

Certes, le Premier ministre Narendra Modi s'est engagé à sortir son pays du charbon, mais il a précisé devant les délégués à Glasgow que l'Inde ne vise la neutralité carbone que pour 2070, soit dix ans après la Chine et 20 ans après les autres grands émetteurs de CO2. Sans actes forts et rapides, les experts craignent une augmentation des émissions de l'Inde dans les prochaines années, sapant les efforts mondiaux pour endiguer le réchauffement climatique et ses conséquences catastrophiques.

L'Inde en première ligne

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"L'Inde est extrêmement vulnérable au changement climatique, avec un risque accru de perturbation des systèmes de mousson, de pluies diluviennes ainsi que de chaleurs extrêmes", avertit Matthew England, climatologue de l'Université de Nouvelle-Galles-du-Sud. 

Les conséquences de l'addiction de l'Inde aux énergies fossiles sont déjà bien visibles, avec un brouillard gris épais enveloppant New Delhi et ses 20 millions d'habitants chaque année en hiver. Ce brouillard toxique cause des millions de morts en Inde chaque année et une récente étude a estimé que la pollution de l'air réduit de neuf ans l'espérance de vie de 40% des Indiens. 

Une aide des Occidentaux ?

Le pays manque de capacité en haute technologie pour répondre à la demande de panneaux solaires, et doit se reposer sur les importations onéreuses de leurs composants. La tentative de favoriser la production intérieure de technologie solaire en augmentant les taxes à l'importation a eu pour conséquence de faire grimper le coût des énergies renouvelables.

L'Inde réclame depuis longtemps que les pollueurs historiques, tels que les États-Unis et l'Europe, fournissent l'expertise technique et le financement nécessaires à la lutte contre le changement climatique. Les pays en développement "ont droit à une utilisation responsable des énergies fossiles", a répété samedi le ministre de l'Environnement. 

Bhupender Yadav a estimé que les pays portant une faible part de la responsabilité historique dans le changement climatique ne devraient pas être tenus aux mêmes normes que les plus grands émetteurs par habitant. "Dans une telle situation, comment peut-on espérer que les pays en développement promettent d'abandonner le charbon et les subventions aux énergies fossiles ?", a-t-il demandé.

Une position qui irrite

Le texte atténué de la COP26 a été adopté avec une grande réticence par les autres pays, impatients de conclure l'accord après deux semaines de négociations marathon. L'argument indien a irrité d'autres pays en développement, dont les îles du Pacifique en première ligne du risque de hausse du niveau des mers. Le procureur général des Fidji, Aiyaz Sayed-Khaiyum, a exprimé "non seulement notre étonnement, mais aussi notre immense déception quant à la manière dont cela a été introduit".

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