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Comment la Russie s'assure-t-elle le contrôle de l'Arctique ?

ÉCLAIRAGE - Pour assurer sa suprématie dans la région, la Russie y fait désormais voguer une flotte de brise-glaces nucléaires. Moscou espère naviguer à l'année dans l'Arctique d'ici 2030.

Le brise-glace nucléaire russe "50 ans de la Victoire" au pôle Nord, le 18 août 2021
Le brise-glace nucléaire russe "50 ans de la Victoire" au pôle Nord, le 18 août 2021
Crédit : Ekaterina ANISIMOVA / AFP
Thomas Pierre & AFP

Vladimir Poutine entend bien étendre son emprise sur l'Arctique. Cette région fragilisée par le réchauffement représente, vue de Moscou, une abondante réserve de matières premières et d'opportunités commerciales. La Russie a donc fait de l'exploitation de ce territoire, riche en pétrole, gaz et minerais, une priorité stratégique.

L'Arctique est ainsi devenue la tête de pont pour les exportations russes de gaz naturel liquéfié (GNL) produit sur la péninsule de Yamal par le russe Novatek et le français Total. "La zone arctique a un potentiel énorme. En terme de ressources, on parle de 15 milliards de tonnes de pétrole et cent mille milliards de m3 de gaz. Assez pour des dizaines voire des centaines d'années", soulignait en septembre le vice-Premier ministre, Alexandre Novak.

L'autre enjeu du contrôle de l'Arctique, c'est la route maritime du nord. Cette voie navigable, moitié moins longue que celle du Canal de Suez, doit simplifier la livraison d'hydrocarbures à l'Asie du Sud-Est en reliant les océans Atlantique, Pacifique et Arctique. Jadis empruntable uniquement en été, elle devient chaque jour un peu plus praticable avec la fonte de la banquise

Une flotte de brise-glaces nucléaires

Pour y assurer sa suprématie, Moscou y fait donc sillonner une flotte de brise-glaces nucléaires. "Un tiers de notre territoire se situe au-delà du cercle polaire", constate Dmitri Loboussov, le capitaine du navire "50 let Pobedy" (50 ans de la Victoire). "Par conséquent, nos ancêtres maîtrisaient déjà la navigation en eaux gelées. Et nous continuons, avec succès", poursuit l'officier en charge du brise-glace. 

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Cette flotte, sous la houlette du géant de l'énergie atomique Rosatom, est unique au monde car "seule la Russie a une telle route, où ces brise-glaces sont en demande", note Sergueï Kondratiev, expert auprès du think tank indépendant Institute for Energy and Finance. Lorsqu'en mars 2021, le Canal de Suez a été bloqué plusieurs jours à cause d'un porte-containers échoué, Moscou en a profité pour marteler que sa voie arctique n'est plus un rêve lointain, mais une réalité en plein développement.

Rosatom doit ainsi porter dans les cinq prochaines années de cinq à neuf le nombre de ses brise-glaces nucléaires. L'objectif: atteindre un trafic arctique de 80 millions de tonnes de marchandises par an d'ici 2024 et 160 millions en 2035, contre quelque 33 millions en 2020. On reste encore loin du milliard de tonnes transitant par Suez tous les ans.

Poutine ne veut "exclure personne" de l'Arctique

La navigation arctique à l'année est prévue pour 2030. Et pas seulement pour les Russes.
Rosatom note que l'armateur danois Maersk et le chinois Cosco empruntent déjà la route du nord. Le président Poutine a lui "salué l'intérêt" des acteurs étrangers pour cette voie maritime et assuré début septembre ne "vouloir en exclure personne". Le groupe nucléaire russe évalue le coût du développement de cette route commerciale à 735 milliards de roubles (8,5 milliards d'euros) jusqu'en 2024, dont 274 milliards injectés par l'Etat.

Les associations environnementales dénoncent elles cette course aux hydrocarbures, à l'origine de plusieurs catastrophes écologiques, et la présence accrue de réacteurs atomiques flottant dans l'Arctique. "Bien entendu, les projets de développement dans un écosystème aussi fragile comportent des risques et les infrastructures doivent contribuer à les atténuer", reconnaît Rosatom, soulignant que la propulsion nucléaire est plus propre que les carburants classiques.

"Cependant, avec des opportunités économiques aussi importantes pour les populations locales que pour l'économie mondiale, il sera difficile de ne pas tirer parti de ces réserves", ne cache derrière pas le groupe.

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