1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Énergie : pourquoi le gazoduc russo-allemand Nord Stream 2 divise l'Europe
3 min de lecture

Énergie : pourquoi le gazoduc russo-allemand Nord Stream 2 divise l'Europe

ÉCLAIRAGE - Pour ses détracteurs, ce gazoduc devrait renforcer durablement la dépendance européenne aux hydrocarbures russes.

Un raccordement du gazoduc Nord Stream 2  dans la mer Baltique, en septembre 2021
Un raccordement du gazoduc Nord Stream 2 dans la mer Baltique, en septembre 2021
Crédit : Handout / Nord Stream 2 AG / AFP
Thomas Pierre & AFP

Le Kremlin a du savourer le moment. La Russie a annoncé la semaine passée l'achèvement du gazoduc Nord Stream 2, un tube gigantesque, long de 1.230 kilomètres, sous la mer Baltique rejoignant l'Allemagne. 

Malgré la sobriété du géant gazier Gazprom, l'annonce a tout d'un succès pour Moscou. Et pour cause. Les tensions diplomatiques engendrées par ce projet à 10 milliards d'euros ont un temps été si fortes que certains pensaient que ce colossal projet ne verrait jamais le jour. 

En cela, il constitue aussi une trahison des intérêts de l'Ukraine, un allié occidental face à Moscou. Vendredi, la présidence ukrainienne s'est empressée de proclamer que "l'Ukraine allait se battre contre ce projet politique russe jusqu'à son achèvement, après celui-ci et même après le commencement des livraisons". 

Un "projet géopolitique russe"

Pour ses détracteurs, en Europe comme aux Etats-Unis, le gazoduc devrait aussi renforcer durablement la dépendance européenne aux hydrocarbures russes. "Nous continuons à nous opposer à ce gazoduc en tant que projet géopolitique russe", a dit une porte-parole de la diplomatie américaine, Jalina Porter. De son côté, son homologue russe Maria Zakharova a salué "l'une des plus grands constructions énergétiques au monde". 

À lire aussi

Le Kremlin appelle d'ailleurs à sa mise en service "au plus vite". Selon Nord Stream 2, qui a diffusé des images montrant les tous derniers raccords, les premiers approvisionnements pourraient intervenir avant la fin de l'année. Le tube doit doubler les livraisons de gaz russe vers l'Allemagne et s'achève à un moment où les prix du gaz en Europe atteignent des records face à des stocks bas avant l'hiver.

L'UE sous pression

Il se heurte néanmoins à de nouvelles règles de l'UE sur le transport du gaz, contre lesquelles Gazprom a lancé des recours. Selon Dmitri Marintchenko, de l'agence de notation Fitch, Gazprom n'a pas augmenté dernièrement ses livraisons malgré cette forte demande européenne. Un moyen sans doute, estime-t-il, de faire pression et "montrer que l'Europe sera confrontée à un marché du gaz plus restreint sans Nord Stream 2."

Ce tube d'une capacité de 55 milliards de m3 de gaz suit le même trajet que son jumeau Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012. Pendant des années, le projet a opposé Washington et Berlin mais aussi les Européens entre eux, ainsi que la Russie et l'Ukraine. Finalement, un surprenant revirement de Washington, après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, a permis l'élaboration d'un compromis germano-américain pour clore le litige.

Une "arme géopolitique" pour Kiev

Un des aspects les plus controversés de Nord Stream 2 est qu'en contournant la voie de livraison traditionnelle via l'Ukraine, il va priver cette dernière d'environ un milliard d'euros par an de frais de transit. Le Bélarus, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque pourraient également perdre de l'argent. Kiev craint également que cela ne la rende plus vulnérable vis-à-vis de Moscou en lui ôtant un important levier d'influence.

Critiquée sur ce dossier, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné fin août en Ukraine que Berlin fera tout pour faire prolonger le contrat de transit russo-ukrainien expirant en 2024 et a soutenu que le gaz ne devait être utilisé par Moscou comme "une arme". Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a toutefois considéré Nord Stream 2 comme une "arme géopolitique dangereuse".

Berlin défend le projet

Exploité par Gazprom, le projet a été cofinancé par cinq groupes énergétiques européens (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper, Shell). L'Allemagne, son principal promoteur en Europe, le présente comme un gazoduc nécessaire pour accomplir sa transition énergétique et pérenniser les livraisons à toute l'Europe.

Washington le voit d'un mauvais oeil, considérant qu'il renforce les intérêts russes, alors que les Américains veulent aussi vendre aux Européens leur gaz de schiste. L'UE est elle divisée. La Pologne ou les pays Baltes s'inquiètent de voir les Européens plier devant les ambitions russes.

Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis avaient adopté en 2019 une loi imposant des sanctions contre les entreprises impliquées dans sa construction. Entamé en avril 2018, le chantier a, de ce fait, été interrompu en décembre 2019 alors qu'il ne restait que 150 kilomètres à poser, avant de reprendre un an plus tard.

Joe Biden a renoncé à le bloquer, estimant qu'il valait mieux miser sur l'alliance avec l'Allemagne, dont Washington souhaite s'assurer la coopération dans d'autres dossiers.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/