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Birmanie : Total financerait-il la junte militaire via des comptes offshore ?

Selon "Le Monde", Total aurait recours à un "système" finançant la junte militaire birmane via des comptes offshore. Le groupe pétrolier affirme, lui, simplement s'acquitter de ses obligations auprès de l'Etat birman.

Mise en place du gazoduc reliant le champ gazier de Yadana à la frontière thaï, ici en novembre 1996
Mise en place du gazoduc reliant le champ gazier de Yadana à la frontière thaï, ici en novembre 1996
Crédit : MICHELE COOPER / AFP
Thomas Pierre

Présent en Birmanie depuis 1992, le géant français Total entend se maintenir dans le pays, malgré le putsch et la répression sanglante organisée par les généraux depuis le 1er février dernier. 

Début avril, dans une tribune, son PDG, Patrick Pouyanné, justifiait cette présence en ces termes : "une entreprise comme Total peut-elle décider de couper l'électricité de millions de personnes, et ce faisant le fonctionnement d'hôpitaux, de commerces, bref de la vie courante, avec les conséquences que cela implique?".

Plusieurs ONG pressent pourtant le groupe pétrolier de "cesser de financer la junte" à travers ses activités en Birmanie. Officiellement, Total aurait ainsi versé environ 230 millions de dollars aux autorités birmanes en 2019, puis environ 176 millions en 2020, sous forme de taxes et "droits à la production".  

Un montage financier complexe

Mais selon des révélations du Monde de ce mardi 4 mai, ce financement de la junte birmane serait également d'un tout autre ordre, se faisant par le biais de comptes offshore directement contrôlés par les militaires via une société : la Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE). Une compagnie nationale décrite comme un "véritable Etat dans l’Etat, qui échappe à tout contrôle et toute transparence". 

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Le quotidien français, qui a pu avoir accès à quelques 120.000 documents "ayant fuité de l’administration birmane peu après le coup d’Etat", affirme ainsi qu'un "montage financier" un peu particulier existerait autour du gazoduc sous-marin qui relie le gisement offshore de Yadana, exploité par Total, à la Thaïlande. Cette production offshore "fournit la moitié de l'électricité des près de 5 millions d'habitants de la ville de Rangoun", rappelait Patrick Pouyanné début avril, et "alimente l'ouest de la Thaïlande vers laquelle est exporté l'essentiel de ce gaz". 

En clair, la société propriétaire du pipeline : la Moattama Gas Transportation Company (MGTC), dont le géant français est le principal actionnaire (31%), réaliserait, selon ces documents, 98% de bénéfice net avant impôt. Une profitabilité étonnante et qui s'expliquerait en autres par la facturation onéreuse du transport à la compagnie exploitant, elle, le champ gazier. Les deux sociétés appartiennent pourtant aux mêmes propriétaires.. 

Un "schéma classique", pour Total

Pourquoi un tel procédé ? "Ce dispositif complexe permet de maximiser les profits versés aux actionnaires de MGTC… et de minimiser les taxes versées à l’Etat birman, grand perdant de ce système", explique le Monde. Or, qui retrouverait-on parmi les actionnaires de la MGTC, dont le siège se situe aux Bermudes ? La Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE), l'opaque compagnie nationale aux mains des généraux, et suspectée par les opposants au régime d'être une véritable "boîte noire" de la junte. 

De son côté, Total, qui assure qu'il s'agit ici d'un "schéma classique", dit simplement s’acquitter de ses obligations auprès de l’Etat birman. Tout a été "validé avec les autorités de l’époque et s’est poursuivi avec les gouvernements successifs jusqu’à ce jour", insiste encore le groupe pétrolier. 

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