4 min de lecture Attentats à Bruxelles

Attentats à Bruxelles : qu'est-ce que le TATP, dit "la mère de Satan" ?

ÉCLAIRAGE - Les kamikazes des attentats de Bruxelles et ceux de Paris se sont fait sauter avec cet explosif.

L'intérieur de la rame de métro après l'explosion à Maelbeek à Bruxelles mardi 22 mars 2016
L'intérieur de la rame de métro après l'explosion à Maelbeek à Bruxelles mardi 22 mars 2016 Crédit : Capture d'écran RTL BE
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
et AFP

C'est la poudre blanche préférée des kamikazes. Après les attentats à Bruxelles, "quinze kilos d'explosif de type TATP" ont été retrouvés à Shaerbeek, dans l'appartement de l'un des terroristes qui se sont fait sauter mardi 22 mars dans l'aéroport de Zaventem puis à la station de métro Maelbeek. Les attaques terroristes ont par ailleurs été revendiquées par Daesh, dans la journée.

Le TATP est connu sous plusieurs appellations. Scientifiquement, on peut y référer par les termes peroxyde d'acétone ou triacetone triperoxide, en anglais. Mais dans le milieu jihadistes, on le connait mieux sous le nom morbide de "mère de Satan". 

Ce n'est pas la première fois que les enquêteurs tombent nez à nez avec cette sorte d'explosifs. Des traces de TATP avaient déjà été retrouvées après les attentats à Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier ou encore à Londres en 2005. Il faut dire qu'il présente plusieurs avantages pour les jihadistes, à commencer par sa composition.

Des ingrédients faciles à trouver

Découvert à la fin du 19e siècle par un chimiste allemand, le peroxyde d'acétone peut facilement se fabriquer de manière artisanale avec des ingrédients que l'on trouve dans le commerce. Pas besoin d'aller chercher bien loin pour constituer la base de l'engin explosif. De l'acétone, de l'eau oxygénée et un acide - sulfurique, chlorhydrique ou nitrique - suffisent à la composition du TATP. 

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Ce sont d'ailleurs des éléments qui ont été retrouvés dans l'appartement bruxellois. Précisément "150 litres d'acétone, 30 litres d'eau oxygénée, des détonateurs, une valise remplie de clous et de vis", selon le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw, mais aussi des bacs en plastique et des ventilateurs qui servent à la préparation.

Une fabrication plus complexe

Si les ingrédients sont simples, tout se complexifie avec la recette. Les mesures et les doses doivent être extrêmement précises, on ne s'improvise pas artificier d'explosifs. C'est d'ailleurs ce qu'assure un ancien officier du Génie, spécialiste des explosifs, à l'AFP : "Contrairement à ce qu'on dit parfois, regarder un tutoriel sur internet ne suffit pas. Il faut quand même que quelqu'un vous ait montré une fois". 

Seulement, comme l'ont montré différents documents, Daesh ne semble pas manquer de main-d'oeuvre compétente pour assurer ce rôle. "Des instructeurs, les gars de Daesh n'en manquent pas, en Syrie et en Irak. Puis ça se diffuse de cours pratique en cours pratique. Quand on vous a montré, vous pouvez effectivement le faire dans votre cuisine", ajoute l'officier.

Indétectable mais volatil

Le TATP est donc une arme privilégiée. Sa composante très volatile le rend indétectable mais c'est aussi une faiblesse. Il est compliqué de dompter réellement la détonation, d'autant que contrairement à d'autres explosifs plus classiques où l'on a besoin d'un inflammateur, il nécessite seulement un simple contact électrique pour être déclenché. Une qualité à la fois pratique mais difficilement contrôlable. 

"Une pile de neuf volts peut suffire pour déclencher l'explosion", résume le Huffington Post. La troisième charge d'explosifs, "la plus importante", retrouvée à l'aéroport n'a d'ailleurs pas explosé, ce que les enquêteurs traduisent par une raté du troisième assaillants de l'aéroport, toujours recherché.

Un résultat efficace

Malgré ce défaut, ce qui séduit sûrement les terroristes, c'est la portée et la puissance de l'explosion. Une petite quantité suffit à faire des dégâts importants. Cette poudre constituée de cristaux blancs, qu'un détonateur simple suffit à faire exploser, dans une déflagration produit un terrible dégagement de gaz brûlantsLes images de l'intérieur dévasté de l'aéroport de Bruxelles en sont la parfaite illustration. 

Et si le résultat paraît plus impressionnant en Belgique qu'au Bataclan ou aux abord du Stade de France, c'est que les quantités n'étaient pas les mêmes, selon un spécialiste du déminage interrogé par Le Parisien : "Au regard des dégâts engendrés à Zaventem, on peut clairement penser que les terroristes, qui en maîtrisent parfaitement la confection, n'ont pas eu recours à de petites ceintures ou gilets d'explosifs. À Paris et à Saint-Denis, ces ceintures contenaient entre 1,2 et 1,5 kg de TATP, un mélange détonant artisanal. Les terroristes de Bruxelles ont très bien pu encore se servir de TATP mais en quantité beaucoup plus importante".

TATP : l'explosif des attentats-suicides
TATP : l'explosif des attentats-suicides Crédit : Paul DEFOSSEUX, Tamara HOHA / AFP

Dans un rapport publié en février, l'ONG Conflict Armament Research a mis à jour, après une enquête de vingt mois, un réseau de 51 sociétés, basées dans vingt pays, dont la Turquie, la Russie mais aussi la Belgique et les États-Unis, ayant fourni à l'EI les composants nécessaires à la fabrication semi-industrielle d'explosifs artisanaux.  

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