3 min de lecture Syrie

Andréa Bescond sur RTL : "Chère Hevrin Khalaf, ce monde ne vous méritait pas"

BILLET - Après le violent assassinat de Hervin Khalaf, membre du Conseil démocratique syrien, Andréa Bescond dénonce l'absence de réaction de nos politiques face à la montée des violences contre les femmes et les kurdes.

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Andréa Bescond sur RTL : "Chère Hevrin Khalaf, ce monde ne vous méritait pas" Crédit Image : Ina FASSBENDER / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Andréa Bescond édité par Louis Rigaudière

Gandhi, Jean Jaurès, Yitzhak Rabin, Benazir Bhutto, Martin Luther King, Harvey Milk, Marielle Franco... J’essaye de m’imprégner de ces gens qui ont contribué à changer le monde et qui, aussi, sont morts assassinés car ils oeuvraient en faveur de la paix, du partage et de la tolérance.

Hevrin Khalaf. Hevrin Khalaf était kurde, elle avait trente-cinq ans, elle était membre du Conseil démocratique syrien et œuvrait pour l’avenir de son pays. C’était une femme qui prônait le rapprochement pacifique entre les arabes et les kurdes.

Démocratie. Avenir. Rapprochement. Paix. Femme. Cible idéale. Le 8 octobre 2019, il y a trois semaines , la France, à l’ONU, condamne l’attaque lancée dans le Nord de la Syrie par l’armée turque du président Erdogan, je cite: "La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont en train de finaliser une déclaration commune qui sera extrêmement claire sur le fait que nous condamnons très fortement et très fermement ce qui est rapporté".

Guet-apens meurtrier

Impressionnant ! Quatre jours et 200 morts plus tard. Le 12 octobre en Syrie, un guet-apens meurtrier contre Hevrin Khalaf, démocrate syrienne par une milice islamiste ou des rebelles pro-turques ou des mercenaires soutenus par la Turquie, c’est vague. Un assassinat violent d’après la presse.

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Mais là aussi, c’est plutôt vague. Puis, au fil de la semaine, les langues se délient. Violée, traînée, écorchée, lapidée, brûlée, tabassée, brisée, morte, ils lui ont encore tiré dans le dos. Sa maman, qui est allée reconnaître son corps a déclaré d’Hévrin Khalaf qu’on ne voyait plus que son menton, que ses cheveux avaient disparu, une poupée de chiffon désarticulée dans des bouts de tissu, elle était méconnaissable.

Mais ça, nous l’aurons oublié demain. Le même jour, quand même, la France suspend les exportations de certains matériels de guerre pour la Turquie. Étant donné que les industriels français ont vendu pour 594 millions d’euros d’armement à la Turquie depuis 2009, il y a de la marge mais au niveau de l’inconscient collectif, ça apparaît comme un geste fort, et, petite parenthèse : Le marché d’armes avec la Turquie est toujours moins fructueux qu’avec l’Arabie Saoudite pour laquelle, il n’est encore pas question de geler les ventes, malgré l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Où en est l'enquête sur le phosphore blanc ?

Mais ça, nous l’aurons oublié demain. Plus de dix jours après le début du conflit. Le 17 octobre 2019, l’ONU ouvre une enquête visant à déterminer si la Turquie a utilisé du phosphore blanc à l’encontre des civils. Des dizaines de personnes brûlées accourent à l’hôpital. Mohammed Hamid, jeune kurde de treize ans, grièvement brûlé, est transféré en
France pour y être soigné.

C’est bien, on fait notre B.A. Les autres blessés, la peau calcinée, sont hospitalisés en Syrie. Erdogan dément ces accusations. Étonnant. Mais où en est cette enquête ? On sait pas. Dix jours après, on l’a déjà oublié. Le 27 octobre 2019. Plus de trois semaines après le début du conflit. Erdogan se réjouit de la mort du chef de l’État islamique, Al-Baghdadi et déclare être convaincu qu’une "lutte résolue contre le terrorisme, dans un esprit d’alliance,
apportera la paix à toute l’humanité".

Alors soit ce monsieur est amnésique ou schizophrène ou alors totalement psychopathe parce que ce sont des jihadistes proches de Daesh que l’armée turque emploie comme supplétifs dans ses opérations contre les kurdes. Ceux-là même, auteurs de l’innommable assassinat d’Hevrin Khalaf, démocrate kurde. Crime salué par deux journaux nationalistes turcs qui déclaraient dès le lendemain qu’Hévrin Khalaf avait été mise hors d’état de nuire.

Chère Hervin Khalaf, reposez enfin en paix

Mais le chef de Daesh est mort alors aujourd’hui, on s’en fiche ! Tout est oublié ! Même si 800 proches de jihadistes se sont évadés après les assauts turcs mais chut ! Ça faut pas dire !
Aujourd’hui, c’est au tour de Ciçek Kobanê, combattante kurde pour la paix d’être enlevée par les milices islamistes de l’armée d’Erdogan. Elle s’y trouve là, actuellement et on n’ose imaginer ce qu’elle subit.

On ne compte plus les tortures et les féminicides perpétués contre les kurdes par l’État Turc, hypocrite et sanguinaire. Mais tout va bien, nos chefs d’États s’expriment à grands coups de tweets ! Et puis pour les kurdes, désolé, tant pis, en Turquie, on a quand même plus de 450 entreprises françaises, ça vaut bien cette inertie. Quant au copinage d’Erdogan avec les islamistes fondamentaux et puis faut pas le vexer sinon il va ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés installés en Turquie.

Chère Hevrin Khalaf, vous seriez bien triste aujourd’hui de voir encore votre peuple affamé et traumatisé, tenter de passer les frontières. Reposez enfin en paix, merci de ce que vous avez essayé de faire, ce monde ne vous méritait pas.

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