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70.000 agents potentiellement exposés : l'incroyable fuite de données qui embarrasse les services de renseignements marocains

La récente fuite de données diffusée sur Telegram expose les noms de 70.000 agents présumés des services de sécurité marocains et met Rabat dans une position très délicate. Le pouvoir marocain conteste l’authenticité complète du fichier, mais cette affaire révèle une faille majeure sur fond de tensions régionales.

Abdellatif Hammouchi, directeur général des services secrets marocains (DGST), se promène lors d'une visite à la COP22, à Marrakech, le 8 novembre 2016.

Crédit : FADEL SENNA / AFP

Les services de renseignement et de sécurité marocains à découvert

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Georges Malbrunot - édité par Eléonore Aparicio

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Des pirates informatiques ont exposé au grand jour les noms de 70.000 agents présumés des services de sécurité et de renseignement marocains. Cette incroyable fuite prend en quelque sorte le Maroc à son propre piège. Le royaume qui avait espionné le téléphone d’Emmanuel Macron via son système Pegasus livré par Israël, est à présent lui-même exposé à une faille de sécurité béante. 

Une fuite d’une ampleur exceptionnelle, diffusée lundi sur la messagerie Telegram par un groupe se présentant sous le nom de Jabaroot. Les données publiées comprennent notamment des noms, des dates de naissance, des matricules administratifs et les années de recrutement de personnes, affiliées aux deux grandes structures du renseignement marocain sous l’autorité d’un homme tout-puissant, Abdellatif Hammouchi.

Des listes potentiellement sensibles

Rien ne permet d’affirmer que ces 70.000 personnes sont autant d’espions marocains. Mais ces listes seraient au moins partiellement authentiques, même si elles dateraient d’avant 2020. Rabat a démenti, mais les conséquences sont dévastatrices. Certains noms pourraient correspondre à d’anciens dossiers de contre-espionnage hors des frontières marocaines. 

D’autres pourraient être reliés à des diplomates, à des hommes d’affaires ou à des agents d’influence. Au-delà de la véracité complète ou non du fichier, l’humiliation est réelle pour des services qui cultivent traditionnellement l’opacité.

Plusieurs pistes sur l’origine du piratage

Plusieurs hypothèses circulent sur les auteurs de ce piratage. La première mène vers des hackers algériens, ou soutenus par l’Algérie. Les relations entre Alger et Rabat sont marquées par un conflit larvé depuis des années, notamment autour du Sahara occidental, mais aussi par la question du rapprochement entre le Maroc et Israël, très mal perçu par le pouvoir algérien.

La seconde piste est celle d’anciens agents marocains qui, depuis l’étranger, chercheraient à se venger. Pour Rabat, il s’agit d’apprentis sorciers qui ont diffusé des données volées ou falsifiées avec des erreurs. Une manière de minimiser la portée de la fuite et d’éviter qu’elle ne soit perçue comme une faille capable d’ébranler l’État.

Le précédent de Ceuta en toile de fond

Le contexte donne à cette affaire une portée politique supplémentaire. Un mois après l’arrivée de dizaines de milliers de migrants marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta, les auteurs de la fuite chercheraient à démontrer que cette vague migratoire a été orchestrée par les services marocains pour faire pression sur Madrid.

Les pirates présentent même cette divulgation comme un cadeau fait à l’Espagne et à l’Europe. Une enquête judiciaire a été ouverte pour retracer l’origine exacte du fichier partagé sur Telegram et identifier d’éventuelles complicités internes ou externes. Le Maroc devrait vraisemblablement bénéficier d’aides extérieures, notamment d’Israël et d’autres pays, pour tenter de remonter la piste. L’affaire n’est donc pas terminée. 

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