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Suppression de l'ENA : en quoi les grandes écoles sont-elles inégalitaires ?

ÉDITO - Le président veut réformer l’ENA notamment parce qu’elle est inégalitaire dans son accès. Mais cette critique vaut pour toutes les grandes écoles.

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Après l'annonce de la suppression de l'ENA: en quoi les grandes écoles sont-elles inégalitaires ? Crédit Image : PATRICK HERTZOG / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Sarah Belien

En 2016, on comptait 234 grandes écoles en France, selon l’Institut des Politiques publiques, qui a publié tout récemment une étude sur leurs étudiants. Les écoles d’ingénieurs représentent 44% des effectifs, le commerce, 46, les instituts d’études politiques et normale supérieure le reste. Cette année-là, les jeunes de catégorie sociale favorisée, dont les parents sont profs, cadres ou professions libérales, occupaient 64% des places, alors qu’ils ne comptaient que pour 24% de leur génération. À l’autre extrémité, les enfants de foyers défavorisés, ouvriers ou chômeurs par exemple, 34% de leur génération, c’était 9% seulement des étudiants de grandes écoles.

On retrouve cette incroyable disproportion dans la répartition géographique, avec une surreprésentation des franciliens. Et dans la part relative des deux sexes,  les garçons étant majoritaires. Les filles ne sont plus nombreuses que dans les écoles moins bien classées. Plus une école est réputée et sélective, plus la part d’hommes y est élevée.

Ce ne sont pas seulement les résultats scolaires qui jouent, selon l’IPP. La meilleure preuve, c’est que les filles ont de meilleurs résultats que les garçons jusqu’au bac. Elles devraient être majoritaires partout ! On voit bien que d’autres déterminants puissants sont à l’œuvre. Les représentations sociales, les attentes des familles, les codes sociaux, l’aisance à l’oral, la connaissance du système scolaire, en particulier pour les enfants d’enseignants.

Des inégalités plus fortes depuis la guerre

Depuis le début des années 2000, nous dit l’IPP, les inégalités n’ont quasiment pas changé, malgré les tentatives des établissements d’élite pour diversifier leur recrutement. Depuis la guerre, c’est vrai que le changement est réel. Probablement parce que la société elle-même est devenue plus inégalitaire, avec moins de mobilité sociale que durant les années de croissance des trente glorieuses. Et puis on oublie un autre facteur, c’est la guerre, qui avait profondément renouvelé les élites françaises.

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C’est la thèse intéressante d’un historien, Walter Scheidel, qui estime que seuls les événements violents ont le pouvoir d’infléchir la progression des inégalités qui se produit toujours dans les périodes de calme et de paix. Ces événements violents, ce sont les révolutions, les catastrophes naturelles et les guerres, et même les épidémies, dit-il. Tout ce qui perturbe l’ordre social et ses principaux bénéficiaires, les élites.

L'ENA a été créée dans l'après-guerre

Imaginer qu'une guerre puisse rétablir les inégalités est dur à envisager à cause des souffrances considérables qu’un conflit armé provoque. Mais c’est vrai qu’une guerre détruit du capital physique, des immeubles, donc des richesses, elle amenuise donc les fortunes. Et elle détruit du capital social, les relations, les connexions, qui sont un facteur déterminant de la réussite des individus.

En un mot, la guerre nivelle les conditions sociales. Et à l’inverse, elle offre des opportunités à ceux qui appartiennent aux classes défavorisées, au combat par exemple. Regardez les solidarités qui sont nées de la Résistance, elles ignoraient les frontières sociales de l’avant-guerre. Lorsque l’on crée l’ENA, en 1945, c’est dans cette société profondément renouvelée par la catastrophe de la seconde guerre mondiale. 

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