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Prime Macron : une usine à gaz bien française, alambiquée et difficile à justifier

ÉDITO - Cette prime, alambiquée, difficile à justifier, à l’utilité problématique, n’a guère qu’une raison d’être, politique. Il s’agit d’attendrir l’électeur à la veille d’une échéance présidentielle.

Emmanuel Macron, le 19 février 2021
Emmanuel Macron, le 19 février 2021
Crédit : BENOIT TESSIER / POOL / AFP
Prime Macron : une usine à gaz bien française, alambiquée et difficile à justifier
03:20
Prime Macron : une usine à gaz bien française, alambiquée et difficile à justifier
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François Lenglet

La prime Macron, c’est la possibilité ouverte à toutes les entreprises de verser à leurs salariés jusqu’à 1.000 euros de complément de revenu, en franchise de charges sociales et d’impôts. Et cela peut aller jusqu’à 2.000 euros. 

Mais, et c’est là que cela se gâte, seulement pour ceux qu’on appelle les travailleurs de deuxième ligne, et seulement si leur entreprise a conclu un accord d’intéressement, ou seulement si elle a prévu des accords de revalorisation des carrières. Et seulement pour 17 métiers réputés indispensables à la vie quotidienne, caissières, employés des transports, aides à domicile, dûment répertoriés dans un savant rapport paru vendredi. 

Ce sont ceux qui ont été contraints de travailler pendant le confinement. Mais il y a une chose qui m’échappe. Figurent par exemple dans cette liste les agriculteurs, alors que leur risque de contamination au travail ne paraît pas dément. 

On y met les caissières, alors qu’un téléconseiller chargé de réparer les indispensables lignes internet n’est pas éligible. Et pourquoi oublier le salarié en télétravail, chez lui dans 30 mètres carrés, avec un ou deux enfants, qui se défonce pour que sa mission soit effectuée ? C’est absurde.

Pourquoi cette prime ?

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Il s’agit, nous dit l’exécutif, de favoriser le pouvoir d’achat. C’est à tomber sur les fesses. Nous sortons de la récession la plus profonde depuis 1876 en temps de paix, pendant laquelle l’économie s’est effondrée alors que le pouvoir d’achat n’a pas bougé d’un cil, grâce à l’intervention massive de l’état. 

Le contribuable a déversé des centaines de milliards d’euros, empruntés, pour préserver les salaires et les revenus des indépendants. Et on nous parle maintenant d’augmentation de salaire ? De surcroît défiscalisée, alors que le déficit de l'État n’a jamais été aussi profond qu’en ce moment ? 

Qu’on n’augmente pas les impôts pour ne pas pénaliser la reprise éventuelle, soit. Mais qu’on les baisse alors que la dette s’emballe, honnêtement, cela touche au délire.

Quel est le risque ?

Certes, il ne s’agit que d’une option, rien n’est obligatoire pour les entreprises. Mais le seul fait que ce dispositif soit annoncé par le Premier ministre crée une attente. Qui si elle n’est pas satisfaite, créera de la frustration. Un ressentiment qui n’est en rien justifié, dans une période de crise comme aujourd’hui.

Il n'est même pas sûr que cette mesure va permettre de soutenir la consommation. Ce n’est même pas sûr. Il est probable que le montant de cette prime finira sur les comptes d’épargne, conforter encore le matelas de 120 milliards d’euros que les Français conservent par précaution. Plus le gouvernement s’endette pour redistribuer aux ménages, plus les Français épargnent et stérilisent cet argent en refusant de le réinvestir. 

On arrive à une situation absurde : la dette de l’État et l’épargne des Français progressent au même rythme, l’une alimentant l’autre, alors que l’activité reste faiblarde, parce que les Français ont peur de l’épidémie et de ses conséquences sur leur emploi. 

Cette prime, alambiquée, difficile à justifier, à l’utilité problématique, n’a guère qu’une raison d’être, politique. Il s’agit d’attendrir l’électeur à la veille d’une échéance présidentielle, en profitant de l’incroyable déresponsabilisation planétaire en matière de finances publiques.  

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