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Pourboires défiscalisés : une idée "mauvaise" et "choquante", pour Lenglet

ÉDITO - Les pourboires versés en carte bancaire seront bientôt sans charges sociales et sans impôt, une idée "choquante" pour François Lenglet.

Un serveur (illustration).
Un serveur (illustration).
Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Défiscalisation des pourboires : une idée "choquante", pour François Lenglet
03:43
Défiscalisation des pourboires : une idée "choquante", pour François Lenglet
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François Lenglet - édité par William Vuillez

Lundi, le président de la République, en visite au salon de la restauration à Lyon, a annoncé que désormais, les pourboires versés en carte bancaire seront sans charges sociales et sans impôt. Autrement dit, ce sera un complément de rémunération défiscalisé. L’idée est de répondre à deux problèmes. Un, il y a de moins en moins de pourboire, car l’argent liquide disparaît, en particulier chez les jeunes, qui utilisent largement les paiements électroniques. Avec cette formule, ils pourront arrondir leurs additions pour récompenser un bon service. 

Deux, il manque une bonne centaine de milliers de personnes dans la restauration, l’augmentation de la rémunération, en plus défiscalisée, est un moyen de rendre ces métiers plus attractifs. Autrement dit, de lutter contre les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur. Mais cette idée n’est pas seulement mauvaise, elle est choquante. D’abord parce que ce n’est pas au client de prendre en charge l’augmentation des salaires, c’est à l’employeur, quitte à le répercuter sur ses prix. 

La gestion des salaires et des carrières, souvent déficiente dans la restauration - pas partout, certes – explique la pénurie de main-d’œuvre et c’est au secteur professionnel de s’organiser. Avec une telle opération, ils s’en trouvent déchargés, en plus, avec une bonification fiscale qui revient, de facto, à faire subventionner tout ça par la collectivité, c’est-à-dire le contribuable. 

Des éléments similaires dans le passé

Pourquoi alors fiscaliser les avantages en nature dont certains salariés disposent, les repas, une voiture... La restauration nous a déjà fait le coup. Durant le quinquennat Sarkozy, en 2009, après un lobbying intense de la restauration, on a abaissé le taux de TVA de 19,5% à 5,5%. Coût : 2,6 milliards, avec l’objectif, et même l’engagement, de baisser les prix et de créer des emplois. 

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En 2015, la Cour des Comptes a publié un rapport assassin sur le bilan de la mesure, qui a en réalité servi largement à améliorer les marges des restaurateurs, là encore en sollicitant le contribuable. Le peu d’emploi créé a ainsi coûté au budget de l’État quelque 200.000 euros par tête. Depuis, le taux de TVA est remonté à 10%. Et il n’y a pas besoin de remonter si loin. 

"Une rupture d’égalité invraisemblable"

En 2020, pendant les confinements, qui a pris en charge les revenus du secteur restauration, dans des proportions sans précédent, au point que même les restaurateurs confessaient que cette fois-ci, l’État avait bien fait les choses ? Le contribuable. La prochaine fois que vous prendrez un boudin aux pommes au restaurant, il faut se rappeler que vous allez le payer trois fois : une fois au bar, une fois sur votre feuille d’impôt, et une fois dans la dette publique. En bonne logique, c’est au client qu’il faudrait verser un pourboire ! 
 
Bon, au moins ça permettra aux serveurs de voir leurs revenus grimper, soit. Mais au prix d’une rupture d’égalité invraisemblable. Parce que les pourboires payés par carte pour un chauffeur de taxi ou de VTC restent eux, imposables. Et quid des employés des autres secteurs en tension : le nettoyage, l’aide à domicile, collés au smic toute leur vie, sans pourboire ? Une nouvelle fois, c’est celui qui braille le plus fort, en période électorale, qui remporte le morceau. 

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