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Confinement : le-commerce nuit-il vraiment à l'emploi ?

ÉDITO - L'ancien secrétaire d'État au numérique, Mounir Mahjoubi, a affirmé qu'un emploi dans le e-commerce détruisait 2,2 emplois dans le commerce physique. Un constat totalement erroné.

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Le e-commerce nuit-il vraiment à l'emploi ? Crédit Image : Philippe HUGUEN / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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François Lenglet édité par Nicolas Barreiro

La fermeture des magasins non essentiels profite au commerce en ligne. Selon un rapport qui émane de Mounir Mahjoubi, l'ancien secrétaire d'État au numérique, il détruirait même des emplois. Ce rapport donne un chiffre simple et repris d'innombrables fois dans les déclarations publiques : un emploi créé chez Amazon, le géant du commerce en ligne, détruirait 2,2 emplois dans le commerce physique, à cause de l'effet de substitution qu'il exerce. C'est un chiffre simple, mais complètement saugrenu. Il est basé sur un raisonnement tout à fait erroné.
 
Mounir Mahjoubi constate qu'un employé d'Amazon fait 2,2 fois plus de chiffre d'affaires, en vente, qu'un employé du commerce traditionnel. Il en déduit que si tout le business d'Amazon passait dans le commerce des bons vieux magasins, on aurait 2,2 fois plus d'employés qu'avec le e-commerce. Et donc que le commerce en ligne, pour chaque emploi créé, en détruit un peu plus de deux fois plus dans les magasins. L'erreur est double.

D'abord, dans son décompte, il ne prend pas en compte les emplois de la livraison. Par définition, le commerce physique n'a pas besoin de livreur, c'est le client qui se déplace. Ça n'est pas le cas avec le e-commerce. Il devrait donc ajouter ces emplois, et encore ceux les emplois de l'emballage en carton, très consommé par le e-commerce. Mais surtout, il ignore l'effet de la productivité.

L'exemple de la diligence

C'est absurde d'imaginer que le chiffre d'affaires du e-commerce se transformerait mécaniquement en chiffre d'affaires dans les commerces physiques. Il y a des tas d'achats que nous ne ferions pas, faute de temps, d'occasion, de disponibilité. Et aussi souvent parce que les prix sont plus chers dans les magasins, non sans raison. 

Autrement dit, le commerce en ligne a développé les ventes, exactement comme la voiture a développé les transports par rapport à la diligence. On pourrait d'ailleurs faire exactement le même raisonnement avec la diligence justement, en disant que si l'on en revenait à ce mode de transport, les emplois seraient beaucoup plus nombreux, avec les cochers, les palefreniers pour soigner les chevaux… Sauf que si c'était le cas, nous nous déplacerions beaucoup moins, parce que ça ne serait pas pratique et plus cher. Du coup, les emplois ne seraient pas créés. 

C'est l'illusion classique des technophobes que de mesurer l'impact sur l'emploi sans prendre en compte cet effet productivité, qui est le fondement de la croissance économique depuis la machine à vapeur.

Des propos inattendus de Mounir Mahjoubi

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C'est d'autant plus curieux venant de lui qu'il a été le promoteur du numérique en France ! C'est comme si un boucher devenait végétarien. Pour autant, Amazon n'est pas exempte de reproches. Sur le plan fiscal par exemple, l'entreprise ne paye pas les mêmes impôts que ses concurrents, parce qu'elle profite de la réglementation fiscale européenne pour aller loger ses ventes, de façon fictive, dans les pays qui taxent le moins. 

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