3 min de lecture Confinement

Le confinement a-t-il modifié votre consommation de tabac et d'alcool ?

HABITUDES CONFINÉES (2/3) - Les deux mois de confinement ont favorisé l'apparition de certaines habitudes. Fumer davantage ou complètement arrêter, boire plus régulièrement... Autant de (bons ou mauvais) réflexes à garder ou contrôler une fois déconfiné.

Un verre de vin rouge (illustration)
Un verre de vin rouge (illustration) Crédit : Donireewalker
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Au tout début j’ai beaucoup plus fumé." Dès les premiers jours de confinement, Bertrand raconte à RTL.fr qu'il a senti l'impact de l'isolation sur sa consommation de tabac. "D'habitude, je travaille au troisième étage d'un immeuble, explique-t-il depuis son appartement parisien où il télétravaille. Je ne fumais jamais en journée parce qu'il fallait que je descende à chaque fois." Confiné seul, il s'est mis à fumer sur son balcon, multipliant sa consommation de cigarettes presque par deux. "J'en étais à six ou sept par jour et quatre-cinq en soirée". 

Un comportement lié selon lui à l'incertitude et à l'atmosphère angoissante de cette isolation imposée pour lutter contre la propagation du coronavirus. Invité de RTL le 26 mars dernier, Michel Reynaud, président du Fonds action addictions, confirmait d'ailleurs ce risque d'intensification de la consommation de tabac avec le confinement. "Lorsqu'on est dépendant, le cerveau est programmé pour trouver une solution aux émotions compliquées, cette solution c'est le produit en question", expliquait l'addictologue. Aujourd'hui, plus serein, Bertrand est parvenu à réduire et ne fume plus que "trois-quatre cigarettes en soirée".

Une femme fume une cigarette (illustration)
Une femme fume une cigarette (illustration) Crédit : LODI FRANCK/SIPA

Plus radicale, Claire qui fumait une quinzaine de cigarettes par jour avant le confinement, a décidé de complètement arrêter. Une habitude rendue possible par des conditions de confinement propices à la diminution du stress : Claire est confinée dans la maison de ses parents en région parisienne. "Je ressens beaucoup moins le besoin de fumer, je me suis vraiment rendue compte que cette addiction est hyper psychologique", explique-t-elle. Elle s'est aussi mise à courir, ce qui lui a permis de retrouver du souffle et de la motiver à tenir. "Avant, jamais je n'aurais pu courir aussi longtemps que je le fais aujourd'hui", se réjouit-elle.

Ce mode de vie plus sain n'a pas empêchée Claire de voire émerger une autre habitude : celle de boire "cinq jours par semaine vers 18-19h". "Je m'ouvre une bière et je téléphone à des amis", explique-t-elle. Une habitude qui s'est installée comme un repère dans ses journées de jeune diplômée en recherche d'emploi. "Je bois quand même beaucoup moins, dit-elle, mais c'est devenu une habitude".

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Pareil pour William, âgé de 25 ans. Pendant le confinement, il a continué de travailler dans son magasin de cigarettes électroniques mais à des horaires plus légers. Un temps libre qu'il comble en cuisinant davantage, mais aussi en jouant aux jeux vidéos plus longtemps qu'auparavant... un verre à la main. "Ça permet de garder un contact social, et c'est vrai que de plus en plus souvent je me retrouve à me servir un, deux, trois verres de whisky ou de rhum pendant la soirée sans faire gaffe. C'est devenu systématique alors qu'avant c'était assez aléatoire", résume-t-il. Conscient de son comportement risqué, il pense pouvoir tout de même se contrôler. "J'ai déjà eu certains comportements addictifs par le passé et je reste serein, dit-il. À la limite je m'inquiète plus pour la prise de poids !"

Et après ?

Que votre consommation de tabac ou d'alcool ait baissé ou augmenté, l'important pour la suite est de se demander pourquoi, insiste Catherine Simon, psychiatre-addictologue au CHRU de Brest. Il s'agit d'abord de vous questionner sur vos émotions : dans quel état psychologique vous trouvez-vous quand vous buvez (ou pas) ou que vous fumez (ou pas) ? 

Ensuite, "il faut s'interroger sur la place occupée par ces produits dans votre vie sociale", explique Catherine Simon. Ces deux étapes permettent d'identifier les facteurs internes et externes susceptibles de favoriser votre consommation. Ils sont d'autant plus importants, si celle-ci a été ritualisée, comme le fait de boire un verre d'alcool chaque soir. "Est-ce que c’est pour se poser, ou pour calmer l’anxiété ?" interroge Catherine Simon.

Parfois, avoir été occupé par des activités (sportives par exemple) a permis pendant le confinement d'échapper au stress et de se détendre sans recours aux substances addictives. Dès lors, il s'agit d'identifier ces activités alternatives pour éventuellement les prolonger. En prévision du déconfinement, Catherine Simon préconise ainsi "de prendre le temps, et d'anticiper comment dans cette reprise d’activité il est possible de s'accorder aussi du temps pour soi". Sans oublier de penser à "l'impact économique" lorsqu'on consomme moins de tabac et d'alcool. "Ce n'est pas négligeable." 

Dans tous les cas, si vous vous inquiétez de votre consommation d'alcool, de tabac ou de toute autre substance addictive, Catherine Simon recommande de vous rendre dans un Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) dont la liste est disponible sur le site de Santé-Publique France.

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