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Jean-François Loiseau et Michel-Edouard Leclerc sur RTL, le 2 novembre 2026.
Crédit : RTL
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Distributeurs et industriels étaient invités lundi 2 novembre à Bercy en amont de leurs négociations tarifaires annuelles, mais les grandes enseignes de supermarchés ont mis leur menace de boycott à exécution, donnant le ton des futures tractations censées déterminer les prix en rayon. Ce comité de préparation a démarré comme prévu à 15 heures sous l'égide des ministres du Commerce, Serge Papin, et de l'Agriculture, Annie Genevard, en l'absence de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente les principales enseignes (E. Leclerc, Carrefour, Intermarché).
Celle-ci avait réclamé au préalable la reconnaissance "par tous" de "deux exigences fondamentales" : "la transparence" sur les coûts de la matière première agricole et un traitement différencié pour les PME. En vain, a-t-elle assuré à l'AFP. Lidl, qui ne fait pas partie de la FCD, a également décliné l'invitation, dénonçant "l'opacité des marges des industriels" selon l'AFP.
"On veut sortir de ces réunions qui sont un théâtre et des postures où on ne prend aucune décision", avait expliqué lundi matin Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD, sur Radio Classique. Cette réunion organisée au ministère de l'Économie, initialement prévue le 28 octobre, doit poser les bases des négociations commerciales qui ont lieu chaque année, du 1er décembre au 1er mars, entre supermarchés et fournisseurs.
Réputées brutales, ces discussions déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des distributeurs) et sont régulièrement accusées de mettre sous pression la rétribution des agriculteurs. Or les distributeurs réclament notamment que les industriels "affichent dans leurs conditions générales de vente la part de chaque matière première agricole, ou leur part globale" utilisée dans leurs produits, pour justifier les demandes de hausses de prix et garantir leur reversement aux agriculteurs.
"Si la distribution veut parler de transparence, qu'elle commence à venir aux réunions prévues à cet effet sous l'autorité de l'État", répond l'Association nationale des industriels alimentaires (Ania) auprès de l'AFP. Les justificatifs, "nous les donnons", a assuré sur RTL son président, Jean-François Loiseau. Mais comme "la matière première agricole n'est pas payée correctement" par les distributeurs, comme le réclame la loi, "ce sont nos entreprises qui devront faire la variable d'ajustement".
Les industriels n'ont pas obtenu les hausses réclamées lors des précédentes négociations, ni les "ajustements techniques" nécessités depuis par l'envol des prix des carburants et de l'énergie avec la guerre au Moyen-Orient, a-t-il ajouté.
"Ce que nous demandons, c'est que nous respections la loi et qu'on paye le prix de la matière première agricole aux agriculteurs… On fait crever nos entreprises. L'alimentaire est pris en otage", a-t-il encore affirmé à notre micro.
"Une négociation, c'est ce que devraient aussi faire les industriels quand ils achètent leurs bouteilles de lait en plastique : plus on négocie en amont, moins le consommateur a à payer. On est concurrents entre nous. Mais nous, on veut privilégier nos consommateurs. Nous voulons un traitement différencié : les petites entreprises on a pas de problème, mais les multinationales doivent lisser leurs hausses. On va leur demander des efforts", a répondu toujours sur RTL Michel-Édouard Leclerc, PDG du groupe Leclerc, prédisant "une inflation à 4%" dans les mois à venir.
Fin octobre, les agro-industriels (Ania, Ilec, Culture Viande, La Coopération agricole et les industries avicoles) avaient fustigé le boycott des distributeurs, estimant qu'ils évitaient de "rendre compte de leurs propres pratiques". Dans un communiqué distinct, Pact'Alim, qui représente les PME et ETI de l'agro-industrie, appelle à "ne pas reproduire", lors des négociations, "les déséquilibres" des dernières années.
Alors que le cru 2026-2027 s'annonce particulièrement tendu, et l'inflation inéluctable, le gouvernement avait dit en octobre vouloir réunir les parties prenantes en amont pour un "pacte de responsabilité". Les "directives" concerneront "l'ensemble des acteurs", a expliqué dimanche le cabinet de Serge Papin, "ça sera la recherche d'un équilibre entre le pouvoir d'achat des Français et une inflation importée qui pénalise nos agriculteurs et nos PME".
Le cabinet estime par ailleurs que les revendications de la FCD sont déjà prises en compte dans la loi d'urgence agricole, avec notamment une date butoir des négociations avancée pour les PME par rapport au reste des industriels. Les multinationales qui fournissent la grande distribution - Coca-Cola, Danone, L'Oréal, etc - dégagent des marges nettes "près de quatre fois plus élevées" que la moyenne de l'industrie agroalimentaire française, selon une étude réalisée par le cabinet Asterès pour la FCD, publiée lundi.
Elles concentrent "les trois quarts" des négociations commerciales, "donc l'effort peut être fait là", a souligné Judith Jiguet. Mais pour l'Ania, cette étude "hors sujet" ne "reflète en rien la réalité des entreprises qui produisent en France". De son côté, la FNSEA, le syndicat agricole dominant, appelle dans un communiqué les "acteurs de la chaîne alimentaire" à la "responsabilité", invoquant "la gravité de la situation économique que traversent les exploitations agricoles françaises".
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