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Europe : un retour à la discipline fiscale est-il nécessaire ?

ÉDITO - Dans le "Financial Times", une tribune signée Wolfgang Schauble estime que "pour préserver la stabilité sociale de l’Europe, il faut revenir à la discipline budgétaire". Est-ce une mise en garde ?

Le siège de la Banque centrale européenne (BCE), à Francfort, le 5 septembre 2013.
Le siège de la Banque centrale européenne (BCE), à Francfort, le 5 septembre 2013.
Crédit : AFP / DANIEL ROLAND
Europe : un retour à la discipline fiscale est-il nécessaire ?
04:10
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François Lenglet

Une petite bombe a été lancée dans le Financial Times. Une tribune publiée ce jeudi 3 juin au matin, dans le quotidien des affaires britanniques, signée Wolfgang Schauble

Ce dernier, 78 ans et fils de tisserand, c’est tout simplement la statue du commandeur en Allemagne. Un personnage immensément respecté, président du Bundestag, le parlement allemand, qui a été ministre des Finances. Proche de la Chancelière Merkel, il est aussi handicapé, en fauteuil, à la suite de l’attaque d’un déséquilibré en 1990. C’est l’incarnation de la rigueur budgétaire, du respect pour les obligations financières. Et c’est aussi un Européen de la première heure. Et voilà qu’il publie un papier intitulé : "Pour préserver la stabilité sociale de l’Europe, il faut revenir à la discipline budgétaire".

C’est le contraire du "quoi qu’il en coûte". Schauble explique que l’endettement était justifié pour contrer la crise et relancer l’économie des pays européens. Mais il prévient : si nous laissons filer encore la dette, comme continue à le faire délibérément la France, nous mettrons en péril nos sociétés. Il s’appuie sur Keynes, l’économiste britannique de l’entre-deux-guerres, qui citait lui-même Lénine en disant : "Le plus sûr moyen de détruire les pays capitalistes, c’est de corrompre la monnaie".

La monnaie, c’est l’épargne, c’est la valeur du travail, c’est la hiérarchie sociale, c’est l’ordre social. Si l’inflation gagnait à cause de l’accumulation des dettes, elle détruirait le pouvoir d’achat, spolierait l’épargnant et alimenterait les frustrations. Le risque est encore modeste, mais il pointe. L’inflation est au-dessus de 4% aux États-Unis, à 2% dans la zone euro, et ce n’est peut-être que le début.

L'Amérique des années 1790 en modèle

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Schauble propose une révolution. Il veut prendre modèle sur ce qu’a fait l’Amérique, dans les années 1790, au moment de la création des États-Unis. Les différents états concernés étaient endettés. Au moment de la création d’un budget commun, fédéral, ils ont signé un pacte, sous l’égide de Hamilton, le premier secrétaire au Trésor du président fondateur George Washington. Leur dette était récupérée et mise dans un fonds d’amortissement garanti par la collectivité de tous les états. En contrepartie de cet allégement, les états fédérés renonçaient à leur souveraineté budgétaire, en s’interdisant le déficit. C’est ainsi qu’est née la première puissance du monde, avec son modèle fédéral.

Les états européens, quant à eux, s’interdiraient-ils alors le déficit ? Oui, en contrepartie de la récupération de leur dette nationale, qui serait remboursée progressivement par la communauté de la zone euro. Ce serait un pas de géant dans l’intégration, qui, il faut le dire, n’est pas très vraisemblable à l’heure du retour des nations. Mais sous cette proposition, affleure une menace qui va faire trembler dans les capitales européennes : l’Allemagne n’est plus prête à cautionner l’endettement sans limite de ses partenaires, celui de la France en particulier. L’heure de la remise en ordre des finances publiques a sonné. 

L'Allemagne peut-elle imposer une remise en ordre ?

Indirectement, l'Allemagne peut imposer cela. La crédibilité de l’euro, c’est Berlin. Point final. Si jamais apparaissaient des divergences profondes et durables sur la politique économique entre l’Allemagne et les autres, les marchés financiers commenceraient à spéculer, en faisant monter nos taux d’intérêt jusqu’à un niveau insupportable, comme en 2011-2012. L’Allemagne a le pouvoir de déclencher une tempête financière avec quelques mots pour manifester son désaccord. C’est pour cela que la tribune de Schauble n’est pas anodine. C’est un premier avertissement.  

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