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Logo de l'entreprise de spiritueux Pernod Ricard (illustration)
Crédit : ERIC PIERMONT / AFP
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Un cocktail inédit de Pastis et de whisky. Voici ce que prépare notre champion national de l’alcool, l’entreprise familiale Pernod Ricard, en association avec le groupe américain Brown-Forman, qui envisagent de fusionner.
Ce dernier possède notamment le whisky Jack Daniel's, et sa valeur est estimée à une dizaine de milliards d’euros. C'est un petit peu moins que le Français aux 200 marques différentes.
L’idée serait de regrouper les deux entreprises pour constituer un ensemble détenu à parité entre les deux familles, chacune étant sur une rive de l’Atlantique. Si ces deux acteurs se rapprochent, c'est tout simplement car le monde de l’alcool ne va pas bien. Après l’euphorie post-Covid, où les ventes et les prix ont explosé, les distributeurs dégrisent.
La consommation décroit de façon structurelle. Aux États-Unis, seulement 54% des Américains boivent de l’alcool, le chiffre le plus bas jamais enregistré, selon une étude de l'institut Gallup en août 2025. Cette diminution s'ajoute à la plus large diffusion des médicaments anti-obésité, qui a coupé l’appétit et la soif de nombreux consommateurs, et la concurrence du cannabis dans les États où il est autorisé.
Même si les Européens restent les plus gros buveurs au monde, avec un peu plus de 9 litres d'alcool pur par an et par personne, la consommation sur le Vieux Continent baisse également, en particulier chez les jeunes.
De plus, les tarifs douaniers pénalisent les ventes de Pernod Ricard aux États-Unis. La Chine, marché important pour le cognac Martell qui appartient à Pernod-Ricard, a aussi multiplié les restrictions. La crise du Golfe touche aussi les ventes du Français.
Pernod Ricard et Brown-Forman peuvent affronter cette dure période plus facilement à deux. C’est toujours la raison d’être d’une fusion : on regroupe les services communs pour faire des économies, à la fois en personnel, en immobilier et dans les achats communs. La fusion est l’un des moyens les plus efficaces de faire baisser les coûts face à un marché qui diminue et où l’on ne peut pas augmenter ses prix.
Il reste à attendre les déclarations des deux familles pour savoir qui contrôlera ce nouvel ensemble. On se dirige vers une "fusion entre égaux" : un système qui ne fonctionne jamais, car dans une entreprise, il faut un seul patron.
La fusion reste une opération difficile à réaliser. Elle déstabilise les deux entreprises, en particulier celle qui est rachetée. Pour réussir à fusionner, il faut que l’une des cultures l’emporte sur l’autre. L'ensemble doit aussi n'avoir qu'un seul chef, avec un actionnaire dominant. Les divergences sur la stratégie et les hommes apparaissent toujours après l’euphorie.
Espérons que le groupe dirigé par le petit-fils du fondateur Paul Ricard saura éviter ces travers qui ont déjà coûté à la France le contrôle du verrier Essilor - désormais italien après une fusion entre égaux supposée - ou le cimentier Lafarge, passé sous contrôle suisse.
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