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Unédic : vers une dépense de 3 milliards d'euros supplémentaires d'ici mai au titre des allocations chômage

INFO RTL - Après la hausse historique du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi hier, les nuages s’amoncellent sur le front du chômage. D'après des documents que nous nous sommes procurés, l'Unédic prévoit près de 3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires d'allocations d'ici au mois de mai.

Pôle emploi (illustration du chômage)
Pôle emploi (illustration du chômage) Crédit : PASCAL GUYOT / AFP
Anais Bouissou
Anaïs Bouissou édité par Félix Roudaut

Les chiffres d’inscription à Pôle emploi sont en hausse ? Vous n’avez encore rien vu, indique en substance le document de travail confidentiel et évolutif qui sera présenté en bureau de l’Unédic ce mardi 28 avril 2020 dans l'après-midi et que RTL a pu consulter. Les dépenses du mois de mars pour les nouvelles entrées indemnisées au chômage y sont présentées comme encore non significatives, car les hausses d’inscriptions sont surtout concentrées sur la fin du mois, avec peu d’impact donc, sur de nouvelles indemnisations à verser.

En revanche, les dépenses vont fortement augmenter au mois d’avril (+50 millions d’euros) et surtout en mai (+100 millions d’euros). À l’heure actuelle, les nouveaux entrants sont surtout victimes de contrats non renouvelés ou non signés. Mais le document explique que "la forte hausse des inscriptions de mars liée à l’arrêt net de l’activité d’un grand nombre de personnes ne se reproduira pas forcément chaque mois. Au cours des prochains mois, Pôle emploi pourrait cependant voir s’inscrire de nouveaux chômeurs à la suite cette fois de rupture de contrats de plus longue durée comme des CDI." Le risque envisagé à moyen terme n'est donc plus celui de CDD non renouvelés, mais bel et bien un risque de licenciements économiques, notamment.

Des allocataires plus longtemps au chômage

À ces inscriptions en hausse, non budgétées jusqu'alors par l’Unédic, s’ajoute le principal poste des dépenses supplémentaires : celles liées aux allocataires déjà inscrits à Pôle emploi, qui auraient eu une petite activité en temps normal. Ces allocataires-là, ne pouvant plus travailler à cause de la crise sanitaire, vont mécaniquement voir leurs allocations augmenter en compensation.

Estimation des effets à court terme de la crise du Covid-19 pour l'Assurance chômage
Estimation des effets à court terme de la crise du Covid-19 pour l'Assurance chômage Crédit : Unédic

Le document de travail de l’Unédic indique ainsi : "sous l’hypothèse qu’en avril la quasi-totalité des contrats les plus courts des allocataires n’ont pas lieu et que les contrats plus longs sont moins nombreux qu’à l’habitude, on estime que les dépenses supplémentaires pourraient s’élever jusqu’à 620 millions d’euros au titre d’avril, et se prolonger à l’identique au titre de mai".

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Troisième effet de la crise, les demandeurs d’emploi inscrits vont être moins nombreux à retrouver rapidement du travail. Ils vont donc rester plus longtemps que prévu au chômage. Or si les allocataires restent indemnisés jusqu’à la fin du mois de mai, sans activité entre temps, le surplus d’allocations versées sera de 130 millions d’euros en avril et jusqu’à 280 millions d’euros en mai.

Si on ajoute des dépenses liées à l’indemnisation des intermittents, celles liées au prolongement des versements pour les allocataires dont les droits auraient dû prendre fin et les dépenses engendrées par le report de plusieurs parties de la réforme de l’Assurance chômage, le coût total des dépenses supplémentaires d’allocations devrait aller croissant de mois en mois. 510 millions d’euros en mars, puis près de 1,1 milliard au titre du mois d’avril et enfin près de 1,4 milliard en mai.

Des dépenses en plus, des recettes en moins et des décalages de trésorerie

Et ce n’est pas tout ! A ces dépenses supplémentaires d’allocation, il faut encore ajouter le financement de la très protectrice activité partielle. Ces dépenses supplémentaires sont estimées à 7,8 milliards d’euros pour les mois de mars (1,6 milliard), avril (3,1 milliards) et mai (3,1 milliards d’euros). 

Mais entre les dépenses prises en charges par l’Unédic (1/3 du coût total de l’activité partielle) et les moindres recettes des pertes de cotisations sociales, "le surcoût net total de l’activité partielle pour l’Unédic [est estimé] à 1 milliard d’euros par semaine". Le coût total de l’activité partielle pour l’assurance chômage serait donc, entre les dépenses en plus et les moindres recettes, à 12,8 milliards d’euros en trois mois, de mars à mai.

Une facture qui risque encore de s’alourdir car elle ne prend pas en compte l’annonce récente du transfert à partir du 1er mai prochain des indemnités journalières d’assurance maladie vers l’activité partielle des personnes en arrêt de travail pour garder leurs enfants, considérées vulnérables ou s’occupant d’un proche vulnérable. Dans le domaine de l’activité partielle, l’Unédic souligne un poids important tant en termes de dépenses que de moindres revenus.

Les moindres recettes liées à la moindre activité des entreprises pèseront aussi fortement sur les comptes, ainsi que les décalages de trésoreries liées aux reports de charges prévues pour les entreprises. Des reports de charges, voire dans certains cas, des annulations de charges qui vont fragiliser toujours plus les comptes de l’Unédic.

Quel avenir pour l’Unédic ?

En interne, les inquiétudes sont grandes. La semaine dernière, le ministre de l’Action et des Comptes publics évoquait une dette "sans doute autour de 47 milliards d’euros en juin" en commission des Affaires sociales du Sénat. C’est 10 milliards de dette en plus qu’en début d’année a-t-il précisé, et pour plusieurs administrateurs de l’Unédic, le déficit pourrait encore se creuser.

La solution envisagée pour tenir le choc de recettes qui diminuent "dans des proportions jamais observées dans l’histoire de l’Assurance chômage" est un refinancement massif sur les marchés financiers. Augmenter les plafonds d’emprunt, demander une garantie d’État supplémentaire, ces solutions déjà abordées lors du précédent bureau ne sont pas sans risques pour l’Unédic. La note interne explique qu’à "relativement court terme, dès la sortie de l’urgence sanitaire, se poseront les questions de l’efficacité des mesures d’urgence et de la soutenabilité de moyen terme des modèles de protection actionnés". 

"Il faut tenir le choc"

Un connaisseur du régime explique : "il faut tenir le choc. Car derrière ces dépenses il y a des demandeurs d’emploi, des salariés et des entreprises. C’est le rôle de l’Unédic, d’être un stabilisateur économique et social. C’est aussi pour cela que l’Assurance chômage est traditionnellement quatre fois plus impactée dans ses finances par une crise que d’autres branches de la sécurité sociale".

Les partenaires sociaux attendent également d’en savoir plus sur la volonté affichée par le ministère du Travail d’une "réflexion avec les partenaires sociaux pour adapter rapidement nos règles d’assurance chômage à cette situation exceptionnelle". LREM semble également entamer un virage, avec la demande, non plus d’un durcissement des règles, comme le prévoyait la réforme de l’Assurance chômage, mais plutôt "de donner accès à l’Assurance chômage et de prolonger les droits de ceux qui arrivent à échéance". Dans un communiqué, le parti présidentiel ajoute que "force est de constater que d’autres mesures vont être nécessaires pour protéger celles et ceux qui se retrouvent et se retrouveront sans emploi du fait de la crise".

Comment financer de telles mesures, nécessaires mais coûteuses ? Quelle serait la place de l’état dans ce processus ? Quelles marges de manœuvre pour l’Unédic ? Autant de questions sans réponses à ce stade. Mais les organisations syndicales, CFDT, FO et CGT notamment, continuent de demander l’abrogation pure et simple, et non le report de la réforme qui devait durcir les droits des demandeurs d’emploi. Pour Force Ouvrière, le numéro 1 Yves Veyrier demande le retour aux règles d'avant : "Il faut le retour à la convention 2017 de l'Unédic". Et si la CGT a rappelé récemment qu’il est "parfaitement possible de sortir par le haut de cette crise mais cela suppose de rompre avec les politiques qui ont été menées depuis des années" ; la CFDT demande "une concertation sur l’emploi dans toutes ses dimensions".

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