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Agriculture : comprendre la crise du secteur en 4 points

ÉCLAIRAGE - Trois secteurs de l'agriculture sont en crise. Les éleveurs sont entre 22.000 et 25.000 à être "au bord du dépôt de bilan", selon Stéphane Le Foll. Entre manifestations et réunions, que se passe-t-il dans le secteur de l'agriculture française ?

Les agriculteurs ont multiplié les manifestations, dans toute la France.
Les agriculteurs ont multiplié les manifestations, dans toute la France.
Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
Marie-Pierre Haddad

Selon le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, entre 22.000 et 25.000 exploitations "sont cet été au bord du dépôt de bilan". Un nombre qui représente près de 10% des agriculteurs français. La particularité de cette crise est qu'elle touche les filières bovine, porcine et laitière.

Alors que le porte-parole du gouvernement appelle à "traiter l'urgence", le Sénat a organisé jeudi 16 juillet, une conférence agricole afin d'étudier les mesures à prendre pour résoudre cette crise et surtout envisager l'avenir à moyen et long terme. Lors de cette réunion, Stéphane Le Foll était entouré d'une grande partie des acteurs des filières concernées, ainsi que des distributeurs et des transformateurs.

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Le président de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, Xavier Beulin, raconte le quotidien des agriculteurs qui sont "pris à la gorge" et avance un chiffre terrible, à l'antenne de RTL : un suicide d'agriculteur par jour. "C'est plus qu'un mal-être, les gens n'en peuvent plus", déclare-t-il. Plusieurs manifestations ont été organisées dans le Tarn, la Drôme et l'Ille-et-VilaineComment l'agriculture française est-elle arrivée à cette crise ?

1. Le retrait des quotas laitiers

La crise dans le secteur du lait est "une crise mondiale, explique Stéphane Le Foll, liée au marché du beurre, de la poudre de lait, à la fin des quotas et à la contraction de grands marchés". Et pour cause, le 1er avril dernier, la Commission européenne a mis fin au système des quotas laitiers. Leur présence permettait une répartition de la production entre les 28 pays membres de l'Union européenne.

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"Pour la première fois depuis trente-et-un ans, les éleveurs européens vont découvrir les avantages et les risques de la liberté d’entreprendre. Avec la fin des quotas qui répartissaient la production de lait entre les pays membres - ce qui permettait de réguler les prix -, on leur retire un solide filet de protection", expliquait l'éditorialiste Christian Menanteau.

Cette décision a eu pour principale conséquence d'entraîner une fluctuation des prix et une forte hausse de la concurrence. Selon des statistiques publiées par le ministère de l'Agriculture, le prix du lait standard est évalué à 303 euros/1.000 litres en mai 2015, "en retrait de 41 euros/1.000 litres par rapport à mai 2014, soit une baisse de 12%, mais reste stable par rapport au mois d'avril 2015".

2. La limitation de la promotion sur la viande porcine

En ce qui concerne le porc, "il est nécessaire de valoriser la viande française et de contractualiser les accords commerciaux entre éleveurs, abatteurs et transformateurs", annonce Stéphane Le Foll dans les colonnes du Parisien. Le 12 juin dernier, le gouvernement avait promis cinq millions d'euros d'aides supplémentaires.

Cette aide avait pour but de compenser un arrêté publié dans le Journal Officiel afin de limiter la promotion sur la viande de porc fraîche à deux mois par an, en janvier et septembre. "En Bretagne, plus de 200 élevages seraient aujourd'hui au bord du dépôt de bilan. La filière porcine est dans une impasse. En quinze ans, la balance commerciale du secteur a basculé pour apparaître aujourd'hui déficitaire (-366 millions d'euros en 2014) et 10% des élevages ont disparu. Le nombre de porcs a lui aussi flanché, passant de 25 millions de bêtes en 2008 à 22 millions cette année. Face à la pression montante des producteurs, l'action gouvernementale était indispensable après les souvenirs récents des douloureuses batailles chez Gad (Finistère) ou AIM (Manche)", rappelle Le Figaro.

3. Un changement de comportement chez les consommateurs ?

Pour la crise de la filière du bœuf, le ministre de l'Agriculture se contente d'expliquer que "le problème" est "plus national" et que "la consommation évolue". Le 13 juillet, des éleveurs de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs s'en sont pris à trois supermarchés d'Aurillac dans le but de manifester leur désarroi face à des prix du lait et de la viande, jugés trop faibles. "Il faut que l'État remette son nez dans les prix (...) sinon il n'y aura plus de paysans, les éleveurs sont à cran", expliquait Patrick Bénézit, président de la branche locale de la FNSEA. Selon lui, le kilo de viande de bœuf coûte 4,5 euros et n'est acheté à l'éleveur que 3,80 euros. Pour le lait, les coûts de production s'élèvent à 360 euros les 1.000 litres en moyenne pour un prix de vente inférieur (300 euros).

En un an, "les prix payés aux producteurs ont baissé de 20%, explique Dominique Barrau, le secrétaire général de la FNSEA, au Figaro, avant d'ajouter, or, cette baisse est aujourd'hui le nerf de la guerre engagée entre les différentes composantes du secteur bovin français. Le revenu moyen des producteurs aurait alors chuté à 10.000 euros annuels en moyenne, soit un peu moins de 1.000 euros par mois".

4. Réorganiser l'offre française

Afin de palier à cette crise, Stéphane Le Foll tente de calmer le jeu en rappelant que la situation progresse : "Sur le porc, on est passé de 1,20 euro à 1,38 euro le kilo". Même constat sur le bœuf où 7 centimes ont été gagnés. Mais le ministre de l'Agriculture reconnaît qu'il "faut continuer" : "Entre l'abatteur, la découpe et la salaison, les maillons sont multiples. Tout le monde doit jouer le jeu. Sur le long terme, il faut réorganiser l'offre française en valorisant le logo Viande de France, qui permet au consommateur d'être sûr de l'origine du produit".

Cependant, Stéphane Le Foll précise que les marges de manœuvres légales afin de réguler la situation sont assez limitées. "Je n'ai aucun moyen de sanctionner une entreprise qui n'applique pas un accord", déclarait-il sur l'antenne de RTL.

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